Droit dans les yeux

PASSE D’ARMES ENTRE L’OPPOSITION ET LA MAJORITE AUTOUR DES AUTEURS PRESUMES DES ATTAQUES TERRORISTES  

Le moment n’est pas opportun

Il se passe aujourd’hui un affrontement verbal, vif et animé, entre la majorité et l’opposition autour de l’identité de ceux qui ont inscrit  pratiquement le Burkina à l’article de la mort, via les attaques terroristes. Pour les tenants du pouvoir, il ne fait pas l’ombre d’un doute que ceux qui se cachent derrière ces attaques terroristes, sont tapis dans les rangs de l’opposition et plus particulièrement  au sein de ceux qui ont perdu le pouvoir. En effet, lors d’une émission sur une chaîne de télé et de radio de la place, diffusée le samedi 16 novembre dernier, Simon Compaoré qui en était l’invité, a affirmé, la main sur le cœur, connaître l’identité de ceux qui attaquent le pays, leur profil et leurs lieux de résidence. Dans le même registre, un autre cacique du pouvoir, Clément Sawadogo, invite Eddie Komboïgo à s’adresser à Djibrill Bassolé s’il veut connaître ceux qui attaquent le Burkina. Ces deux personnalités savent certainement de quoi elles parlent, puisque non seulement elles sont des dinosaures du parti au pouvoir, mais aussi elles ont toutes les deux géré les questions sécuritaires du Burkina en tant que ministre de la Sécurité. Ces allusions et insinuations ont fait bondir l’opposition. Pour le CFOP, en effet, ce « disque est désormais rayé, aucun Burkinabè ne croit encore à ces accusations sans preuve ».  Et l’opposition d’ajouter, par la voix de son porte-parole du moment, Eddie Komboïgo, ceci : « Puisque le MPP est au pouvoir et que ses plus hautes autorités connaissent où sont les terroristes mais les laissent massacrer les Burkinabè, nous sommes tentés de nous demander si ce parti n’est pas complice des ennemis de la Nation ». De ce fait, le CFOP souhaite que Simon Compaoré soit entendu par la Justice pour rétention de preuves.

Les déclarations péremptoires sont contre-productives pour éradiquer le fléau

 

Dans le fonctionnement normal de la démocratie, les passes d’armes entre la majorité et l’opposition sont des actes qui ne choquent personne. D’ailleurs, l’on peut dire que la démocratie se nourrit des débats contradictoires entre l’opposition et la majorité, via l’Assemblée nationale et dans les médias. Mais dans le cas d’espèce, il s’agit d’un sujet dont le traitement par les hommes politiques en particulier et les citoyens en général, doit se faire avec lucidité et responsabilité pour faire face au péril, au risque de porter atteinte à la nécessaire cohésion nationale déjà fragile. De ce point de vue, l’on peut inviter la majorité et l’opposition à éviter de faire dans la provocation et d’exploiter à des fins bassement politiciennes, la question du terrorisme dans le pays. La majorité gagnerait, pour autant qu’elle connaisse les noms des terroristes, « leurs profils » ainsi que « leur domicile», à procéder à leur arrestation. Au cas où ils se planqueraient à l’extérieur, elle peut, par le truchement de la Justice, lancer un mandat d’arrêt contre eux. Et l’on ne voit pas un seul pays sur cette planète qui prendrait le risque de ne pas coopérer si les preuves sont accablantes.   Les Burkinabè ont commencé par se lasser voire s’irriter à force d’entendre toujours la même rengaine : « Nous connaissons ceux qui nous attaquent ». De ce point de vue, l’opposition est dans son bon droit de demander que soient entendus par la Justice, tous ceux qui mettent en musique cette chanson. Aujourd’hui, on a besoin d’avancer sur la question du terrorisme. Et les déclarations péremptoires et sans aucun fondement sur l’identité des présumés terroristes, sont contre-productives pour éradiquer le fléau. D’ailleurs, tout ce que les terroristes souhaitent, c’est de diviser les forces politiques et la Nation pour se donner plus de chances de fragiliser le Burkina. En tout cas , ce genre de passes d’armes, dans le contexte qui est le nôtre, n’est pas opportun et cela d’autant plus que nous venons de sortir d’un dialogue politique dont l’une des recommandations phares était justement que les  partis politiques évitent de se lancer  des piques.

Sidzabda

 

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