POLEMIQUE AUTOUR DU CODE ELECTORAL AU  BURKINA

POLEMIQUE AUTOUR DU CODE ELECTORAL AU   BURKINA

  Il faut savoir raison garder

Au Burkina, l’actualité politique est marquée par la révision du Code électoral, dans la perspective de la présidentielle de 2020 qui doit voir la matérialisation du vote des Burkinabè de l’extérieur. Mais avant même l’adoption du texte, le débat sur les contours de ce vote de la diaspora, faisait déjà rage. Après son adoption, loin de retomber, la polémique enfle au point que l’on a quelque peu le sentiment que des deux côtés, l’on n’est pas loin de tirer les couteaux pour s’étriper autour d’un texte qui devait, pourtant, être fédérateur. C’est pourquoi il faut savoir raison garder et jouer balle à terre. Autrement, on croirait, à s’y méprendre, que le vote des Burkinabè de l’extérieur est beaucoup plus vital pour les acteurs politiques que pour les concernés eux-mêmes. Car, depuis tout le temps que des élections sont organisées au Burkina, on n’a jamais entendu qu’un Burkinabè de l’extérieur est mort parce qu’il n’a pas pu voter.

Le peuple burkinabè ne saurait être l’otage de sa classe politique

Dans la même logique, même si, par extraordinaire, nos compatriotes de l’extérieur ne votaient pas en 2020, il est certain qu’ils n’en mourraient pas. Par contre, que ce soit du côté du pouvoir ou de l’opposition, on a le sentiment que ce vote des Burkinabè de l’extérieur, en 2020, est une question de vie ou de mort pour certains acteurs politiques. Si fait que chacun, manifestement, cherche à tirer la couverture à soi, et à pouvoir tirer les marrons du feu. C’est ce petit jeu de politique politicienne auquel certains semblent  s’adonner, qui est indécent. Car, on a malheureusement l’impression que bien plus que l’intérêt du peuple, il y a des raisons inavouées et inavouables qui guident les hommes politiques des deux camps, pouvoir et opposition. Mais le peuple burkinabè ne saurait être l’otage de sa classe politique. Parce que, toutes proportions gardées, c’est au nom de ce même et seul peuple, qu’ils prétendent tous agir. Il est donc impératif de mettre balle à terre et de chercher des solutions plutôt que de chercher à aller à un bras de fer qui ne pourrait qu’exacerber les tensions.

Tout le monde est unanime à saluer le vote des Burkinabè de l’extérieur, qui a de fortes chances d’être enfin une réalité en 2020. C’est dans ce sens que la Représentation nationale a légiféré en session extraordinaire, le 30 juillet dernier, sur le Code électoral, pour, entre autres,  encadrer ce vote de la diaspora. Mais avant l’adoption du texte, l’opposition a claqué la porte de l’hémicycle pour des raisons propres à elle. C’est son droit. Toutefois, on sait que la pomme de discorde se situe essentiellement au niveau des documents de votation. La nouvelle loi ne retient que la carte nationale d’identité burkinabè et le passeport, comme documents officiels de vote pour les Burkinabè, qu’ils soient de l’intérieur ou de l’extérieur. Exit donc la carte consulaire qui était autorisée dans le texte précédent, mais qui n’a jamais pu être testée puisque nos compatriotes de l’extérieur n’ont jamais pu véritablement jouir de ce droit civique par manque de vote organisé à leur intention. Ce sera donc la première fois que ce vote sera expérimenté. Et les Burkinabè devraient

saisir l’opportunité pour en faire un succès. 

Malheureusement, toute la polémique semble tourner autour de ce document de substitution qu’est la carte consulaire et chaque partie ne manque pas d’avancer les arguments qui l’arrangent.

Il est impératif de dépassionner les débats

L’opposition parle d’exclusion d’une large frange de l’électorat pendant que le pouvoir argue, entre autres, d’égalité de traitement de tous les citoyens. Chaque position est certes défendable, mais tout cela ne semble que des arguties qui cachent mal d’autres raisons inavouées dans un camp comme dans l’autre. Quoi qu’il en soit,  à la lumière des débats, on est porté à croire que même sans le dire, cette question du vote des Burkinabè de l’étranger, semble tourner essentiellement autour du vote de la diaspora ivoirienne. Parce que, pour des raisons que seuls les politiciens connaissent certainement, tout le monde pense que c’est de là que viendra une part de la victoire ou de la défaite et chacun semble se battre avec toute son énergie pour arracher ce vote ou l’éviter, c’est selon, comme s’il était écrit quelque part que cette diaspora-là était complètement acquise ou hostile à l’une des parties. Mais, au moins, ces tiraillements ont l’avantage de montrer que, quelque part, il y a problème sur le document qu’est la carte consulaire. Et la sagesse commande de chercher à résoudre la question de façon objective pour ne pas se fourvoyer dans une aventure qui risque de créer plus de problèmes que de solutions. C’est pourquoi il est impératif de dépassionner les débats et d’analyser la situation avec toute la froideur et la lucidité nécessaires pour éviter de créer des tensions inutiles. Il ne s’agit pas de dire qui de Pierre ou Paul a raison, mais  d’éviter tout subjectivisme. Pour nous, la véritable question qui vaille est celle du degré de fiabilité de la carte consulaire, comparativement aux autres documents d’identification demandés, à savoir la CNIB et le passeport burkinabè. Et particulièrement la fiabilité de la carte consulaire délivrée à nos compatriotes résidant en Côte d’Ivoire. Peut-il oui ou non y avoir doute sur la nationalité de ceux qui détiennent  aujourd’hui la carte consulaire burkinabè, en Côte d’Ivoire ?  Autrement dit, si aujourd’hui, l’on admet que la nationalité d’un détenteur d’une CNIB ou d’un passeport burkinabè, ne fait pas l’ombre de doute à 98% voire 100%, peut-on en dire de même pour la carte consulaire ? Rien n’est moins sûr. Faisons donc attention à ne pas faire le jeu des ennemis de notre pays, surtout en ces temps de terrorisme où tout le monde a besoin d’être clairement identifié.

En tout état de cause, si l’on comprend la volonté de l’opposition de permettre au maximum de Burkinabè de l’extérieur de pouvoir prendre part au scrutin, l’on peut aussi comprendre la prudence du gouvernement qui, pour une première,  a besoin de baliser le terrain. Il lui appartient, en revanche, de prendre toutes les mesures nécessaires pour que tous les Burkinabè de la diaspora qui le désirent, et où qu’ils se trouvent,  puissent disposer à temps des documents nécessaires à leur participation au vote. Car 2020, c’est dans deux ans. Et le gouvernement a encore largement le temps pour donner toutes les chances aux Burkinabè de la diaspora, de voter.

 « Le Pays »

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