POLITIQUE DU LOGEMENT AU BURKINA : Il y a beaucoup à redire

POLITIQUE DU LOGEMENT AU BURKINA :  Il y a beaucoup à redire

 

L’une des questions existentielles que se posent bien des Burkinabè est celle-ci : comment faire pour avoir un chez-soi ? A la faveur de la Révolution d’août, le régime de Thomas Sankara avait tenté d’apporter une solution à cette problématique majeure. Cela avait consisté à procéder à un lotissement de grande envergure de sorte à permettre au citoyen lambda de se procurer un terrain d’habitation et à moindre coût. Ainsi, avec la modique somme de 100 000 F CFA, on pouvait se rendre propriétaire d’une parcelle. A cela, il faut ajouter la politique tous azimuts de construction des cités. Bien des fonctionnaires moyens propriétaires de villas dans ces cités, le doivent à cette politique volontariste. Ne pas le reconnaître aujourd’hui serait manquer d’honnêteté. Et puis brusquement, les choses se gâtèrent. En effet, depuis que le Burkina a tourné la page de la Révolution, les différents régimes qui se sont succédé à la tête du pays, ont œuvré à ce que le logement soit inaccessible au commun des Burkinabè. D’abord, ils ont mis en place une politique de marchandisation à ciel ouvert de la terre. Résultat, pour être propriétaire d’un lopin de terre à usage d’habitation, il faut débourser des millions de francs CFA. Aujourd’hui, la parcelle d’habitation se négocie dans les zones périphériques de Ouagadougou, par exemple, autour de quinze millions de F CFA. Et si à force de sacrifices, un citoyen arrive à s’en procurer une, il est loin d’être au bout de ses peines. Et pour cause, le Burkina Faso est certainement le pays de la sous-région où les coûts des matériaux de construction sont les plus prohibitifs. Faites un tour en Côte-d’Ivoire, au Bénin ou au Togo et vous verrez la différence.

On peut prendre le risque de suspecter une collusion entre les promoteurs immobiliers et le gouvernement

Pendant que le prix du sac de ciment se négocie à plus de 5 500 F CFA au Burkina, avec beaucoup moins que cela, on peut s’en procurer chez nos voisins. Et que dire du prix de la tonne de sable ! Ça ne coûte pratiquement pas grand-chose ailleurs. Et pourtant, le Burkina Faso a aussi des cimenteries. Aujourd’hui, on ne connaît même plus leur nombre tant elles foisonnent. La même tempérance est observée ailleurs en ce qui concerne le prix de la parcelle et des autres agrégats en matière de construction. Chez nous, les choses se passent autrement. En tout cas, l’on peut avoir l’impression que l’Etat fait tout pour compliquer la tâche aux Burkinabè qui aspirent légitimement à se construire un toit. Les taxes sont passées par là. Et malheur au citoyen moyen qui se voit obligé de passer par les banques pour réaliser son rêve ! L’implacable TVA et les intérêts non moins implacables des institutions prêteuses d’argent, entreront en action pour, excusez-moi pour l’emploi du terme, le « terminer ». Le caractère inhumain de cette politique saute aux yeux. La politique de logements sociaux que l’Etat offre actuellement comme alternative, permet de dire que l’antidote est pire que le poison. En effet, les promoteurs privés chargés de conduire cette politique, sont les seuls à tirer les marrons du feu. Ceux qui sont les perdants, demeurent les usagers. En effet, la construction des maisons qu’ils proposent, est loin d’être de qualité. A cela, il faut ajouter que ces infrastructures sont situées dans des zones qui sont inaccessibles tout au long de l’année. Dans un pays normal, ce sont des choses que l’on ne peut pas envisager. Et chez nous, l’on peut prendre le risque de suspecter une collusion entre les promoteurs immobiliers et le gouvernement. Autrement, il est difficile de comprendre les dérives de bien des promoteurs. Ce qui ne souffre d’aucun doute, c’est que le gouvernement, par manque de vision, a tout fait pour livrer en pâture les Burkinabè, en quête de logement, aux acteurs du privé. Et pour sûr, certains de ces derniers sont loin d’être de bons samaritains.

Sidzabda

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