PR AUGUSTIN LOADA A PROPOS DE LA GOUVERNANCE ROCH : «  Franchement, je m’attendais à mieux»  

PR AUGUSTIN LOADA A PROPOS DE LA GOUVERNANCE ROCH : «  Franchement, je m’attendais à mieux»   

Agrégé de droit public et de science politique, enseignant  à l’université Ouaga 2, il a été  
ministre de la Fonction publique de novembre 2014 à décembre 2015, période qui correspond  à  celle de la transition politique au Burkina, après la chute du régime  de Blaise Compaoré en octobre 2014. Mais avant, il  a été l’un des acteurs influents  de la Société civile burkinabè, qui sont  montés au créneau pour dénoncer les limites du régime déchu en 2014, notamment au sein du CGD.  Le Pr  Augustin Loada, puisque c’est de lui qu’il s’agit,  est l’invité de  notre rubrique hebdomadaire « Mardi politique ». La liberté provisoire du Général Djibrill Bassolé, la situation actuelle du pays, son inscription au barreau burkinabè sont,  entre autres, les sujets sur lesquels il a bien voulu donner son point de vue dans nos colonnes. Lisez plutôt !

Le Pays : Depuis la fin de la Transition,  vous devenez de plus en plus aphone. Que se passe-t-il ?

 

Pr  Augustin Loada : Disons que depuis la fin de la Transition, j’ai choisi de  prendre du recul pour réfléchir, tirer des leçons de mon expérience personnelle, mais aussi  de l’expérience que le pays a vécue.  Je pense aussi que c’est lié à  mes activités qui se déploient de plus en plus sur le plan international et régional.  J’ai été souvent en mission pour les Nations unies et  pour le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP).  Ce qui m’a conduit dans  le Pacifique, plus précisément en Nouvelle- Calédonie, mais aussi dans beaucoup de pays d’Afrique.   Quand je suis au Burkina, je prends part aux  activités du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD),  mais  aussi de  l’Institut pour la gouvernance et le développement (IGD). Je participe également aux activités auxquelles je suis convié par ceux avec qui je partage une certaine vision et des valeurs.

 Sous la Transition, vous disiez  que la fonction de ministre vous avait  rendu un peu plus  pauvre parce que  vous n’arriviez pas à mener vos activités habituelles. Les choses sont-elles  revenues  à la normale ?

 

 Je pense que c’était anecdotique. Le plus important, pour moi, était d’apporter ma contribution au processus de transition qui était en cours dans notre pays.  Je pense que j’ai fait ce que j’ai pu,  malgré tout ce que nous avons vu par la suite.  Il y a une stratégie délibérée de dénigrement de ce qui s’est fait sous la Transition, qui a produit des conséquences non seulement pour notre pays, mais aussi,  je dirais, pour ceux  qui, délibérément, ont voulu dénigrer  le travail qui a été fait.  Je pense  que la plus grande erreur qui a été commise sur le plan politique, c’est d’avoir donné l’impression  qu’il n’est pas possible, dans ce pays,  de se battre pour  des principes et des valeurs.   Le message qui a été donné après la Transition, était que   tous ceux qui étaient impliqués  dans ce processus n’étaient que des voleurs, des corrompus qui se battaient pour leurs propres intérêts. Je crois que  cela a eu des effets dévastateurs sur l’opinion burkinabè et on en paye encore le prix. Si vous dites aux gens qu’il n’est pas possible de se battre pour des valeurs, ne vous étonnez pas que plus personne ne veuille se battre pour vous. Cela vaut non seulement pour les  partis  politiques,  mais aussi pour les organisations de la Société civile.  Ce message, pour moi, était une des grandes erreurs politiques.

 D’aucuns disent que vous n’avez pas laissé bonne impression lors de votre passage au gouvernement. Ils vont jusqu’à dire que vous  n’avez rien fait et qu’entre la théorie et la pratique, il y a un fossé. Que leur répondez –vous ?

 

Je voudrais d’abord  leur envoyer mes bénédictions parce que lorsque les gens disent du bien de vous, méfiez- vous !  C’est comme cela qu’on traite toujours les faux prophètes.   Quand on dit trop du bien de quelqu’un,  c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas.  Si vous voulez,  je peux vous rappeler ce que j’ai fait sous la Transition, plus particulièrement au ministère de la Fonction publique.   Je crois savoir qu’il y a effectivement une stratégie de dénigrement.  Je peux également confirmer  qu’entre la théorie et la pratique, il y a un fossé.  Il  y a ce que vous voulez, mais il y a aussi ce que vous pouvez.  J’ai plein d’anecdotes  qui montrent qu’entre la  théorie et la pratique, il y a vraiment un fossé.  Un homme politique doit pouvoir faire face  aux contraintes. Je vous donne un exemple. Quand je suis arrivé au ministère de la Fonction publique, j’ai eu, entre autres dossiers, celui d’un fonctionnaire qui a détourné de l’argent.  J’ai tout fait pour sanctionner cet agent. Malheureusement,  je n’ai pas pu le faire jusqu’à ce que je parte. Malgré toutes les initiatives que j’ai prises, je n’ai pas pu le sanctionner.  Je peux donc confirmer qu’entre la théorie et la pratique,  il y a un fossé. Mais de là  à dire que rien n’a été fait, c’est faire injure au travail qui a été fait sous notre direction.  Je peux vous rappeler qu’il y a eu, par exemple, le vote de la  loi sur le statut de la Fonction publique. C’était  une revendication des travailleurs   à laquelle  on ne pouvait ne pas donner suite.  Quoi qu’on dise, l’instauration de la journée continue ainsi que l’adoption de la loi sur l’assurance maladie universelle, ont été quand même faites au moment où nous étions aux affaires. Il y a bien d’autres décisions que j’ai prises pour dénouer des situations  d’injustice  sur lesquelles je ne vais pas m’étendre, parce que  ça concerne des agents particuliers. Je pense  qu’une des choses dont je peux être fier, c’est  justement d’avoir contribué à   résoudre ces problèmes d’injustice.

 Le régime en place donne l’impression de détricoter certaines décisions  prises sous  la Transition : Journée continue, le PSUT…, pour ne citer que celles-là. Quelque part, êtes-vous animé par un sentiment de déception ?

Je suis étonné que le ministre en charge de l’Education revienne sur la journée continue, parce que l’on ne semble pas avoir  fait attention au décret qui l’institue. L’une des exceptions  était justement l’éducation.  Je ne comprends  donc pas où se trouve le problème. Je ne veux pas entrer dans l’évaluation  de ce que  la Transition a fait, mais je laisse l’opinion  juger. Je retiens,   en  gros, que le  message est que sous la Transition, le gouvernement n’a rien fait de bon.  Maintenant, la Transition est finie  il y a de cela  plus de deux ans et j’espère qu’on voit  mieux.  Certes, la Transition n’était pas parfaite. Mais de là à dire qu’elle n’a rien fait de bon, c’est quant même étonnant. Alors, on espère que ceux qui sont là, feront mieux. S’ils arrivent à faire mieux, ce sera tant mieux.

Le barreau burkinabè  avait posé des préalables en ce qui concerne votre inscription ainsi celle de vos pairs professeurs, à l’ordre des avocats. Où en est-on avec ce dossier ?

Il n’y a pas eu de préalables. Si vous regardez dans le règlement  de l’UEMOA,  une exception a été faite concernant les professeurs agrégés en droit, qui pouvaient accéder à la fonction.  Est-ce que le Pr  Augustin Loada, le Professeur Abdoulaye Soma et  le professeur   Seni Ouédraogo remplissaient les conditions pour être inscrits ? Oui !  Ils ont donc  été inscrits. Maintenant, pour exercer la profession, le barreau nous exige de démissionner de l’université, avec la possibilité d’y rester comme vacataires.  C’est cette interprétation que nous sommes en train de contester devant la Cour d’appel, parce qu’on ne peut pas autoriser les professeurs à s’inscrire au barreau et leur dire après de démissionner avant de pouvoir exercer le métier d’avocat. Je crois qu’il  fallait  le préciser avant.  Dire qu’on ne peut pas être professeur à  l’université et être avocat au Burkina alors que cela est possible au Bénin ou en France, ce n’est pas notre interprétation du règlement. C’est pour cela que   nous la contestons. Je pense tout simplement, que certains  ne veulent pas voir les professeurs dans le barreau.

D’aucuns disent que l’entente n’est pas cordiale entre vous et le Pr Abdouylaye  Soma.  Certains disent que cela se ressent dans vos prises  de position antagoniques. Comment réagissez-vous à cela ?

Le Pr Soma a été mon étudiant. Il n’y a aucun problème entre lui et moi.  Nous ne sommes pas toujours d’accord  sur certains  points, mais c’est tout à  fait normal. Chacun assume ses positions. Donc il n’y pas de problème d’animosité  entre le Pr Soma et moi.  Sur certaines prises de position, je ne suis pas d’accord avec lui et je suppose inversement, mais on se respecte.

 La commission constitutionnelle a remis son rapport d’avant  projet  de Constitution au président du Faso. Depuis lors, on ne sent pas les choses bouger. Comment expliquez- vous cela ?

Il faut voir ceux  qui ont dirigé la commission pour savoir où est-ce qu’on en est. Je crois savoir que le  projet est prêt. Est-ce  qu’il a été  officiellement remis au chef de l’Etat et quelle suite sera donnée ? Je ne sais pas non plus.  Je pense qu’au stade où on en est, le travail est terminé au niveau de la commission.

 A ce rythme, pensez-vous qu’on aura une nouvelle Constitution avant la prochaine élection ?

 

 C’est le président du Faso qui peut répondre à cette question.

 Il y en a qui estiment que le passage à une Ve république n’est pas nécessaire au Burkina. Qu’en pensez- vous ?

 

Ça été mon point de vue.  Je pense que la justification essentielle  de ce passage,  est d’ordre symbolique.  Ceux qui ont voulu cette Constitution, c’était pour marquer la rupture avec le passé de  la IVe république qu’on a plus ou moins identifiée au  régime Compaoré.  Aujourd’hui, est- ce qu’il y a une rupture entre l’ordre ancien et l’ordre actuel ?

 Que pensez-vous de la liberté provisoire accordée à Djibrill Bassolé ?

 

Je ne suis pas contre la libération de Djibrill Bassolé.  Je ne suis  pas non plus contre la libération du Général Diendéré.  Je suis même  favorable à   ce qu’on libère ceux qui sont dans les tombes depuis 2014 et  2015.  Je suis favorable à   ce qu’on donne la liberté  à tous ceux qui vivent dans ce pays, y compris tous ceux qui sont couchés au cimetière   de Gounghin.

 Cette liberté provisoire a provoqué des remous au sein de la société civile. Doit- on donner raison à ceux qui disent que cela va à l’encontre de l’indépendance de la Justice ?

 De toute  façon, selon le Code de procédure civile, en son article 386,  la justice est rendue au nom du peuple burkinabè. Dans le projet de Constitution dont vous venez de faire cas, il est aussi  écrit,   noir sur blanc,  que la justice  est rendue au nom  du peuple. Si le peuple n’est pas content de sa justice, il  va  s’exprimer. On ne peut pas l’empêcher de s’exprimer. Est-ce qu’il a de bonnes raisons de s’exprimer ou pas ?  Je laisse  à  chacun le soin de juger.  Mais on ne peut pas empêcher le peuple de s’exprimer si la justice qui est rendue en son nom,  n’est pas une justice qui lui convient.

Le gouvernement burkinabè vient d’organiser un forum  national sur la sécurité. Etait-il opportun selon vous ?

 

 L’opportunité, ce sont les autorités politiques qui en jugent.  Est-ce que ça va résoudre le phénomène d’insécurité au Burkina ?  On attend de voir.  Ce n’est pas la première fois qu’on organise des rencontres au Burkina. La partie la plus importante, c’est la suite qui y sera réservée.  Je  ne veux pas condamner  a priori toutes les initiatives qui sont  développées pour trouver des solutions  à  des problématiques qui sont  réelles  dans ce pays,  mais on attend de voir  concrètement sur le terrain.

Selon vous,  quelle stratégie faudrait-il adopter face aux attaques terroristes récurrentes au Burkina ?

 Je pense que la situation est extrêmement complexe. Il n’y a pas de solution miracle.  C’est vrai que  la tentation c’est d’accentuer la réponse militaire. Notre appareil sécuritaire a connu des défaillances  liées aussi aux secousses  que le pays a connues.  Il y  a effectivement lieu de renforcer  la réponse militaire. Mais tous les analystes en conviennent, cela ne peut pas être la seule solution. Il y a des réponses qu’il faut  apporter structurellement, pour s’attaquer aux racines du mal. Je  voudrais vous renvoyer au récent  rapport de International crisis group qui montre que la réponse ne peut pas être seulement une réponse coercitive.  Il faut aussi prendre en compte des dynamiques  locales qui doivent être développées, notamment dans la partie Nord du pays pour répondre aux problèmes qui sont posés sur le terrain et qui nourrissent l’extrémisme violent.  Je pense notamment  à une réponse de l’Etat en termes de qualité de  services  rendus  aux populations et d’opportunités offertes  aux jeunes afin qu’ils arrêtent de s’enrôler dans les groupes criminels.

Depuis l’insurrection populaire, la question de la réconciliation nationale se pose avec acuité. Selon vous, quel est le mécanisme idéal pour y parvenir ?

 Je pense que cette  question est vieille. Depuis les années 2000, la question de la réconciliation est dans l’agenda politique. Il y a des balises  qui ont été posées par le Collège de sages.  Il y a aussi des balises qui ont été posées par la Commission nationale de réconciliation  et des réformes sous la Transition. Pour moi, on a  beau tourner, on ne pourra pas faire  l’économie de la justice  en particulier et même de la vérité sur ces problèmes qui ont hypothéqué le vivre-ensemble dans notre pays.  Pour moi, pour la réconciliation, on ne peut pas faire l’économie de la justice et tout le monde le sait.

 

 Que pensez-vous de la gestion du pouvoir par Roch Marc Christian Kaboré ?

 Franchement, je m’attendais  à mieux.  Surtout  quand j’entends  dire qu’on n’a rien fait sous la Transition.  Est-ce que vous avez déjà rencontré un Burkinabè qui est heureux de la situation qui prévaut dans ce pays ?   C’est vrai qu’on s’attendait à  une situation difficile. Un opérateur économique me disait que sous la Transition, on n’avait fait qu’éteindre le feu.  Et que c’est maintenant que la vraie transition commence.  Le Burkina  est en recomposition.  Je  ne doute pas de la complexité de la situation.  Je ne veux pas méconnaître les efforts  qui sont faits, mais franchement,  ils ne sont pas à  la hauteur des défis.   Je ne sais pas si vous avez déjà rencontré quelqu’un qui est satisfait de la situation.   Regardons les choses en face.  Je suis   triste pour mon pays et cela, parce que  je pense que  le Burkina Faso mérite mieux.  Evidemment, le président, à lui seul, ne peut pas apporter une réponse à  toutes ces problématiques. Mon expérience me permet de dire qu’il ne suffit pas de vouloir, et que les choses sont beaucoup plus compliquées.

 Au cours du dernier dialogue démocratique organisé par le CDG, vous avez laissé entendre que l’histoire de la Transition doit être écrite pour situer les gens sur ce qui s’est  réellement passé. Que vouliez- vous dire ?

 Peut-être que je  ne me suis pas bien fait comprendre. Je ne sais pas si j’ai des choses   à dire  par rapport à cette période. Mais je dis qu’il faut laisser l’histoire juger. Je ne sais pas pourquoi les gens ramènent toujours la question de la Transition. La Transition est finie. A présent, regardons devant.  Quelle est la problématique qui se pose dans notre pays ?   Est-ce que les réponses apportées pour résoudre ces problématiques, sont adéquates ? Sinon, qu’est- ce qu’il faut faire ?  Je crois  qu’à un certain moment donné, il faut qu’on arrête de se plaindre pour que chacun puisse apporter sa contribution.  On sait que les  choses sont très complexes et que chacun doit jouer sa  partition. Evidemment,  le pouvoir politique qui est  le chef d’orchestre, doit impulser l’élan. Le Burkina, actuellement,  c’est plutôt le troupeau sans pasteur.

 Votre mot de fin ?

 

 J’ai envie de dire que  quoi qu’on dise, le Burkina est toujours en recomposition.  C’est vrai que derrière les façades, il y a des dynamiques qui sont mises en œuvre, mais mon curseur est toujours bloqué sur la question du changement.  Nous nous sommes battus pour que le pays soit dans une situation meilleure. Il faut qu’on garde cette boussole.  Il faut que les acteurs politiques et  de la société civile restent convaincus que le seul combat qu’il faut mener, est celui de la transformation, du changement des pratiques et de représentation  du  pouvoir parce que j’ai l’impression que non seulement  les acteurs ne changent pas,  mais leur  façon de faire la politique ne change pas non plus.  Regardez ce qui se passe au niveau de l’UPC.  On pensait que ces pratiques étaient révolues, mais on se rend compte que nous ne faisons que reproduire les mêmes  schémas.  Qu’on soit de la majorité présidentielle ou de l’opposition, je sais que le changement n’est pas une chose à présent  facile, mais si on garde le cap, la vision, progressivement on peut y arriver.  Mais  cela suppose un minimum de volonté  politique. Je trouve qu’elle n’est pas suffisamment affirmée dans  notre pays.  Aussi bien de la part des partis politiques que de la part des acteurs de la société civile et même des médias.  Quand je pense au rôle que les médias ont joué sous la Transition et en regardant les choses aujourd’hui, je trouve que, quelque part,  chacun doit se remettre en cause.

 Interview réalisée par Issa SIGUIRE

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1 Commentaire

  1. Le nain.

    LOADA tu t’es enrichi sous la transition y compris en terrain qu’en véhicule 4×4 que tu as restitué. Mais lenmal’est Fait. Tous les Diaspo ivoirien ont démontré qu’ils n’avaient aucun attachement à l’intérêt général. Des bandes de voyous dont LOADA lui-même. Loada tu es égoïste point barre tu as échoué dans ton Ministère de la fonction publique…. et même le CGD…

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