Pr CHARLEMAGNE OUEDRAOGO, GYNECOLOGUE OBSTETRICIEN : « La femme excisée est celle qui a subi une injustice culturelle »

Pr CHARLEMAGNE OUEDRAOGO,  GYNECOLOGUE OBSTETRICIEN   :  « La femme excisée est celle qui a subi une injustice culturelle »

 Il est professeur titulaire de gynécologie obstétrique à l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo, directeur des services médicaux techniques au district sanitaire de Bogodogo et  chef de service des gynécologies obstétriques et médecine de la reproduction. Dans une interview qu’il nous a accordée le 15 juin 2018, Charlemagne Ouédraogo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous parle des différentes réparations du, clitoris. Lisez !

 

Quels sont les problèmes auxquels les femmes sont confrontées à propos du clitoris ?

 

Des femmes sont confrontées à des pathologies liées au clitoris comme les kystes, les tumeurs du clitoris, les infections du clitoris et de l’hypertrophie clitoridienne, c’est-à-dire un clitoris qui est hyper géant. Le plus fréquent se constate chez   les femmes qui ont des séquelles d’excision.

 

Recevez-vous des patientes qui ont ce genre de problème et quelles sont leurs préoccupations ?

 

C’est un phénomène régulier, car à chaque consultation, nous recevons des femmes qui ont des problèmes de séquelles d’excision et qui viennent solliciter une réparation chirurgicale et des conseils en rapport avec les problèmes qu’elles rencontrent du fait des mutilations génitales.

 

Qu’est-ce qui est fait à votre niveau pour soulager les femmes ?

 

D’abord, nous interrogeons la patiente et nous échangeons avec elle sur les préoccupations y relatives, et nous faisons l’examen physique pour connaître le type de lésion dont il s’agit.  Si c’est du domaine de l’excision, nous la typons  en fonction de son degré en essayant de voir si la séquelle perturbe la vie sexuelle de la femme et nous nous assurons que ces séquelles ne causeront pas de problème à l’accouchement afin de proposer un  type de réparation tout en discutant.

 

Cela n’est-il pas onéreux et quelles sont les structures de santé capables de dispenser ces soins ?

 

La réparation seule, au tarif de l’hôpital subventionné par l’Etat, coûte environ 10 000 F CFA, mais en dehors de cela, il y a des produits que le médecin prescrits à la femme.

 

En quoi consiste la réparation du clitoris ?

                                                                                                             

La chirurgie plastique reconstructrice du clitoris est une technique simple qui vise à restaurer une anatomie normale et un organe innervé et fonctionnel. Les complications sont mineures et la reconstruction semblait bien répondre à la demande des patientes. Il s’agit d’une chirurgie de réparation et non celle esthétique.

Quelles sont les catégories de femmes auxquelles la chirurgie réparatrice est destinée ?

 

Il n’y a pas de catégorie définie. Nous recevons les femmes de tout âge, surtout celles en pleine activité génitale. Il y a des femmes qui viennent d’autres pays pour la réparation, notamment du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Sénégal, de la Guinée et de l’Ethiopie.

 

Quels sont les cas de séquelles qui sont concernés par les chirurgies réparatrices?

 

Il y a de simples réparations de séquelles dues à une infibulation, c’est-à-dire que l’orifice est presque fermé et il lui est difficile d’avoir des rapports sexuels. Dans ce cas, on fait une réparation simple, sans reconstruction du clitoris. Toutes sortes d’excisions peuvent être réparées, sans reconstruction du clitoris. Le clitoris se reconstruit à la demande de la patiente, car il y a une raison qui motive la femme à   demander la réparation du clitoris.

Qu’est-ce qui vous motive à faire des réparations du clitoris ?

 

Des travaux d’étude ont été faits sur  l’évaluation de la réparation et il ressort que beaucoup de femmes ont eu satisfaction par rapport à la raison qui les amenait à solliciter la reconstruction du clitoris, et c’est ce qui nous encourage à continuer.

 

Quelles sont les raisons qui amènent les femmes à faire recours aux réparations ?

 

Il y a essentiellement celles d’identité, la femme qui est complètement frustrée parce qu’elle ne ressemble pas aux autres femmes en matière de satisfaction sexuelle à cause de l’excision. La 2e raison est qu’il y a des femmes qui viennent pour des raisons sexuelles, car à leur niveau, les séquelles d’excision ont créé des cicatrices kéroïdiennes dystrophiques au point que la simulation du clitoris ne se  fait pas bien pour améliorer la sexualité  de la femme. Donc, elles viennent demander la reconstruction de leur clitoris qui leur permettra de l’avoir à bout de doigt et de pouvoir l’utiliser à bon escient sur le plan sexuel. La 3e raison, ce sont les douleurs, car il y a des femmes qui, au cours des rapports, ressentent des douleurs dues à l’excision qui a laissé des séquelles au niveau de la région clitoridienne et occasionne des douleurs à chaque fois qu’elles ont des rapports sexuels. Nous accédons à la reconstruction chez ces femmes, en vue de mettre à nu un clitoris et débarrasser les tissus dystrophiques et les particules laissés par l’arme de l’excision.

 

Interpréter en disant que la reconstruction amène les filles à être frivoles, je dirai que c’est un débat des personnes qui font injustement la promotion de l’excision

 

A quoi répondent ces réparations et qu’est-ce que cela peut apporter de nouveau à une patiente?

 

Comme dit plus haut, la chirurgie plastique  est une technique simple qui vise à restaurer une anatomie normale et un organe innervé et fonctionnel.  Les réparations du vagin se font chez  une femme qui a accouché et se rend compte que son vagin est devenu large ; sur le plan sexuel, la sensation au niveau des rapports sexuels n’est plus la même. A cela s’ajoute l’incontinence urinaire des femmes qui, après les différents accouchements, ont des difficultés urinaires. A ce niveau, dès que la femme tousse ou rit, et même prend une charge importante, les urines fuient ; donc, nous faisons une chirurgie plastique pour ces dernières. Il y a aussi l’amplification du point G pour améliorer l’orgasme des femmes ; et toutes les autres anomalies qui provoquent des malformations liées au clitoris, sont aussi réparées.

Quels risques cette pratique peut-elle engendrer chez la femme ?

 

Les risques sont ceux liés à toutes les chirurgies. Du reste, ce sont des risques anesthésiques que toute femme qui voudrait subir une intervention, va courir. Mais sur le plan local, la réparation n’est pas une intervention qui saigne ; donc, le risque d’hémorragie n’existe pratiquement pas.

 

D’aucuns pensent que réparer le clitoris d’une femme, c’est l’amener à s’adonner à des pratiques malsaines. Quelles réponses leur donnez-vous  ?

 

Ceux qui pensent cela sont ceux-là même qui font la promotion de l’excision. La femme excisée est celle qui a subi une injustice culturelle et qui l’a amenée, sans sa volonté ni son accord, à enlever son clitoris et ses petites lèvres, et au fur et à mesure qu’elle grandit, elle se rend compte de cette injustice et découvre qu’il y a une opportunité pour remettre cet organe en bonne place, quoi de plus normal que d’aller vers ces solutions. Mais, interpréter en disant que la reconstruction amène les filles à être frivoles, je dirai que c’est un débat des personnes qui font injustement la promotion de l’excision qui est condamnée par la loi et toutes les sociétés au Burkina. Nous disons à ces personnes que les femmes ont le droit de réclamer la réparation.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez à propos des pesanteurs sociales ?

 

L’une des difficultés, c’est la réticence des conjoints ; pendant que la femme en a besoin, son partenaire, lui, est parfois hésitant. Il y a, malgré le fait que la réparation ne soit pas très chère,  des femmes qui ont des difficultés pour supporter le coût de la réparation qui est d’ailleurs subventionné par l’Etat. A ces difficultés s’ajoute la mise au repos de la patiente, car il y a un arrêt de travail d’une dizaine de jours pour les patientes qui travaillent. Parce qu’après la réparation, la patiente est suivie de manière régulière jusqu’à la cicatrisation qui est de deux mois. L’une des difficultés aussi est l’abstinence sexuelle que la femme doit observer pendant deux mois. Donc, pour une femme qui vit en couple, il est nécessaire et obligatoire que tous ces détails soient connus par le couple avant la chirurgie. D’où notre rôle de discuter avec le couple avant de faire la chirurgie.

 

Dans quels centres de santé se font ces réparations clitoridiennes ?

 

Il n’y a pas de centre habilité à faire la réparation ; tous les hôpitaux de référence qui disposent de gynécologues formés en la matière, peuvent offrir le service.

 

Des campagnes de réparation du clitoris sont initiées au Burkina. Comment ces campagnes sont-elles menées ? Pensez-vous qu’elles peuvent contribuer à réduire le nombre de cas ?

 

Bien sûr. Chaque année, au mois de mars, nous faisons une campagne de chirurgie intime et nous opérons environ 8 femmes par jour pendant deux semaines. D’année en année, la demande augmente parce que les femmes sont de plus en plus informées et acceptent de venir en consultation.

 

Autres commentaires à faire ?

 

Je saisis l’opportunité pour dire aux femmes d’avoir recours aux hôpitaux pour une quelconque anomalie, car elles y trouveront toujours des solutions à leurs problèmes de santé. Par exemple, le dépistage des lésions précancéreuses du col et leur prise en charge sont gratuits. Malheureusement, peu de femmes viennent dans ce district pour faire leur dépistage de façon spontanée. Il est recommandé à toute femme de consulter un gynécologue obstétricien une fois par an, même en l’absence de tout problème, car, c’est la meilleure manière de prévenir un certain nombre de maladies.

 

Propos recueillis et retranscrits par Valérie TIANHOUN

 

 

 

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