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PRESIDENCE DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DE LA RCI : Soro joue et gagne

PRESIDENCE DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DE LA RCI : Soro joue et gagne

L’élection du président de l’Assemblée nationale ivoirienne qui s’est déroulée hier, a vu la victoire sans panache et sans surprise du candidat à sa propre succession, Guillaume Kigbafori Soro. Ce dernier n’a, en effet, laissé aucune chance à son challenger du jour, Méambly Evariste, qui s’est empressé de le féliciter. C’est un homme qui revient de loin, qui donnera, dans les heures à venir, son premier coup de maillet sous la 3è République, car beaucoup avaient trop tôt mis fin à sa courte carrière politique à cause de ses démêlées judiciaires en France et au Burkina Faso voisin. Le truculent homme fort de l’ex-rébellion, s’est tiré d’affaire grâce aux micmacs politico-juridiques, mais à l’intérieur même de la Côte d’Ivoire et de sa famille politique. Ces casseroles  ont renforcé la thèse dominante selon laquelle il n’est pas à un coup tordu près. Si on ajoute à ses ennuis judiciaires, les rivalités entre lui et certains ténors de son parti politique (le RDR de Alassane Ouattara), on comprend aisément ceux qui lui ont prédit une descente aux enfers à mesure que l’on s’achemine vers la prochaine présidentielle à l’horizon 2020. L’adoption d’une nouvelle Constitution en octobre dernier a, pour ainsi dire, quelque peu douché les espoirs de Guillaume Soro de succéder au président actuel de la République, le rôle de vice-président ou de président en herbe comme disent certains, étant promis à une autre personnalité, en l’occurrence Daniel Kablan Duncan du PDCI/RDA, si ce n’est déjà acté au moment au vous lisez ces lignes. Guillaume Soro, en homme politique futé, a préféré prendre des dispositions pour ne pas se laisser conter fleurette. D’abord, en mouillant le maillot pendant la campagne pour les législatives dans sa circonscription électorale de Ferkessédougou où il a été plébiscité à 98% des voix. Ensuite, en courtisant ses camarades de la coalition du RHDP et même ses adversaires de l’opposition parlementaire, pour s’assurer  que le perchoir de l’Assemblée nationale ne lui échappera pas. Pari gagné pour l’ex-Premier ministre et leader de la rébellion des années 2000, et l’honneur est sauf, même si l’ambition de départ était de déposer ses pénates au Palais de Cocody quand Alassane Ouattara aurait fait valoir ses droits à la retraite. En tout état de cause, cette réélection de Guillaume Soro à la tête du Parlement ivoirien, pourrait apaiser le front politico-social en ébullition depuis plusieurs mois car, quoi qu’on dise, il a des soutiens et des partisans dans les différentes administrations dont le sort est intimement lié au sien.

Si le lien incestueux entre Soro et des éléments incontrôlés de l’armée est avéré, il y a de quoi s’inquiéter lorsque l’heure de vérité sonnera en 2020

Certains ont même vu, dans la sortie bruyante de la soldatesque, en fin de semaine dernière, l’ombre de celui qui était, il y a quelques années encore, leur leader politique. Il aurait, en effet, instrumentalisé les militaires du rang  par l’entremise de certains ex-com’zones, afin de faire du grabuge à quelques heures du début de la mise en place des institutions de la 3è République, dans le seul but de rappeler à ceux qui l’auraient oublié, que la branche militaire de l’ex-rébellion est toujours en embuscade, prête à faire feu de tout bois si leur ancien leader est malmené sur le plan politique. Si ce lien incestueux entre la deuxième personnalité de l’Etat et des éléments incontrôlés ou incontrôlables de l’armée est avéré, il y a de quoi s’inquiéter lorsque l’heure de vérité sonnera en 2020, c’est-à-dire lorsque Guillaume Soro sera écarté de la course à la présidentielle au nom du pacte qui lie le RDR au PDCI/RDA, et selon lequel c’est le parti de l’Eléphant qui désignera le candidat de la coalition à la magistrature suprême. Certes, cette échéance fatidique est encore loin, et comme nous sommes en politique, beaucoup d’eau pourrait, entre-temps, couler sous les ponts. Mais on pourrait se livrer, d’ores et déjà, à toutes sortes de conjectures : la coalition du RHDP pourrait voler en éclats, ouvrant la voie à de possibles alliances contre-nature et du coup, toutes les cartes seraient rebattues, au grand bonheur de ceux dont les ambitions présidentielles ont été contrariées par la nouvelle Constitution. En attendant de savoir si ce scénario imaginaire mais fort possible se réalisera, on peut se féliciter du retour du calme dans les rues et les casernes de nombreuses villes ivoiriennes, et de la mise en place progressive des nouvelles institutions, à commencer par l’élection du président de l’Assemblée nationale, la démission du gouvernement de Daniel Kablan Duncan et la nomination très prochaine des membres du nouveau gouvernement.

Hamadou GADIAGA

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