PRESIDENTIELLE AUX COMORES : Un scrutin sans suspense

PRESIDENTIELLE AUX COMORES  : Un scrutin sans suspense

 

Hier, dimanche 24 mars, plus de 300 000 électeurs de l’archipel des Comores, ont été appelés aux urnes pour le premier tour de la présidentielle. 13 candidats dont le chef de l’Etat sortant, Azali Assoumani, sont dans les starting-blocks. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Comoriens et les Comoriennes ne se sont pas bousculés devant les bureaux de vote pour accomplir leur devoir civique. D’abord, de manière générale, les électeurs, désabusés par les acteurs politiques toutes obédiences confondues, ont cessé de croire à la magie du bulletin de vote pour changer leur quotidien. C’est du moins ce que ce jeune homme de 34 ans a laissé entendre en ces termes : « Les politiciens, du pouvoir ou de l’opposition, sont tous des menteurs. Donc, je préfère aller au champ ou me reposer ». Ce ressentiment vis-à-vis de l’ensemble de la classe politique, n’est pas propre à l’archipel des Comores.

Les Comores viennent d’organiser un scrutin sans suspense

En effet, de plus en plus, le phénomène peut être observé dans bien des pays africains. Et cela est préjudiciable à la démocratie. La deuxième raison qui pourrait expliquer un éventuel faible taux de participation, est liée au fait que plusieurs personnes s’inquiètent du risque de manipulation des résultats. Et à plusieurs niveaux, ce tripatouillage peut s’opérer, notamment après la journée d’hier. Et la commission électorale chargée du décompte des voix ou encore la Cour suprême qui proclame les résultats finaux, sont particulièrement pointées du doigt pour leur manque de neutralité. De ce point de vue, un électeur y est allé de sa colère en disant ceci : « Cette journée ne sert à rien car on sait qu’il y aura des magouilles ». Et il ne croit pas si bien dire. En effet, dans la région du Nioumakelé, par exemple, des urnes ont été vues déjà remplies, dès 4h du matin. Et l’on peut accorder du crédit à ces informations puisque les autorités ont mis un point d’honneur à ce que les organisateurs de la société civile ne puissent pas participer à l’observation du scrutin. Et cela est la preuve, parmi tant d’autres, que le président sortant a des choses à cacher. Bref, pour appeler le chat par son nom, l’on peut retenir que les Comores viennent d’organiser un scrutin sans suspense. En effet, Azali Assoumani en sortira largement victorieux. Et les scores de type soviétique sont l’apanage des dictateurs. Et sans euphémisme ni autres formes pour enrober la réalité pour qu’elle irrite moins l’intéressé, il faut avoir le courage de dire que Azali Assoumani en est un. En tout cas, son cheminement politique ne permet pas de dire qu’il est démocrate dans l’âme. En effet, ancien officier, il accède au pouvoir et devient chef de l’Etat lors d’un coup d’Etat. C’était le 30 avril 1999. En 2002, le putschiste troque le treillis contre la veste et se présente à la présidentielle. Avec 75% des voix, il met fin au débat dès le 1er tour. Dans la foulée, il fait modifier la Constitution en son volet qui stipule que le chef de l’Etat doit être issu d’une île différente de celle de son prédécesseur. Pire encore, il tripatouille la loi fondamentale de l’archipel pour s’accrocher à son trône jusqu’en 2029.  Et pour être complet sur les basses œuvres anti-démocratiques de l’homme, les Comores fonctionnent pratiquement sous son magistère, sans opposant d’envergure, pour la simple raison que Azali Assoumani est allergique à toute forme de contradiction.

La France évite de mettre les pieds dans le plat

Avec un tel parcours, on ne peut pas promouvoir la démocratie. C’est pourquoi il ne faut pas s’attendre à ce que la présidentielle d’hier accouche d’une alternance démocratique. De ce point de vue, l’on peut donner raison à tous ceux qui croient que les élections, dans les pays dirigés par les pouvoiristes ou autres dictateurs ou encore dictateurs éclairés, ne servent à rien. L’on peut également faire le constat que les putschistes qui, de manière opportuniste, ont troqué le treillis contre la veste, ont très rarement tiré la démocratie vers le haut. En tout cas, Azali Assoumani n’a pas un profil politique qui veuille qu’on lui donne le bon Dieu sans confession. Mais l’on peut, d’ores et déjà, imaginer quelle serait la réaction de l’Occident et plus particulièrement celle de l’ancienne puissance coloniale, c’est-à-dire la France, au cas où Azali Assoumani se succèdait à lui-même à cause de la fraude. Il n’est pas permis un seul instant d’en douter. La France prendrait acte de sa victoire. En tout cas, elle ne poserait aucun acte susceptible de le fâcher. Car, ce qui intéresse l’Hexagone dans ce pays de l’Océan indien, c’est beaucoup plus sa position géostratégique alléchante que la qualité de sa démocratie. Et puis, il ne faut pas oublier la délicate question de Mayotte, du nom de cette île comorienne que la France a bien voulu annexer. Il ne faut pas non plus oublier que nos « ancêtres les Gaulois » ont pendant longtemps été au cœur de bien des tragédies dans l’archipel et cela, via le tristement célèbre Bob Denard. Tout cela fait qu’aujourd’hui, la France évite de mettre les pieds dans le plat à chaque fois qu’un président comorien tord le cou à la démocratie. Et Azali Assoumani l’a compris au point qu’il ne se fixe aucune limite en matière de dérives.

« Le Pays »

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