PRESIDENTIELLE EN RDC

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 Quand l’opposition congolaise se bat contre des moulins à vent

Dans quelque deux mois, les Congolais seront appelés aux urnes pour choisir le successeur de Joseph Kabila. Mais au moment où Emmanuel Shadary, le candidat désigné de l’homme fort de Kinshasa fourbit ses armes, l’opposition, elle, est toujours dans la contestation. C’est ainsi quelle organise ce 26 octobre 2018, une marche pour exprimer une fois de plus son rejet catégorique de la machine à voter, au moment où l’un de ses leaders et pas des moindres, Félix Tshisékédi, n’en fait pas une condition sine qua non de sa participation au scrutin du 23 décembre prochain et que la question de la candidature unique au sein de cette même opposition, n’est pas encore résolue.

Autant dire qu’à quelques semaines de ce rendez-vous crucial, l’opposition congolaise est encore loin d’accorder ses violons. 

Au lieu de se serrer les coudes, l’opposition est en train de montrer des lézardes dangereuses dans ses rangs

Or, il apparaît plus qu’évident que pour se donner des chances de réaliser l’alternance tant attendue, elle n’a pas d’autre choix que d’aller en rangs serrés contre le candidat du parti au pouvoir. Ce d’autant qu’il s’agit d’un scrutin à un seul tour, qui se joue à la majorité simple. Malheureusement, au lieu de se serrer les coudes, l’opposition est en train de montrer des lézardes dangereuses dans ses rangs, qui pourraient être hautement préjudiciables à sa capacité à renverser dans les urnes la galaxie Kabila. En effet, à quelque huit semaines de la tenue du scrutin, l’on se demande quelles chances le combat contre les fameuses machines à voter a-t-il encore de prospérer ? Le combat est certes justifié et les revendications de l’opposition légitimes, mais sont-elles réalistes et surtout réalisables dans le délai des deux mois qui séparent les Congolais de la présidentielle ? Rien n’est moins sûr. Aussi, c’est à se demander si l’opposition congolaise ne se bat pas contre des moulins à vent. Car, on ne voit pas comment Kabila, qui s’est battu pendant tout ce temps pour imposer sa décriée machine à voter et qui est si proche du but, pourrait faire machine-arrière pour faire droit aux revendications d’une opposition qui n’a jusque là pas véritablement réussi à l’ébranler. Et ce ne sont certainement pas quelques manifestations de plus, encore moins des réunions à l’extérieur, qui pourraient venir à bout de sa détermination, au moment où ses adversaires peinent encore à accorder leurs violons et semblent plongés dans un véritable dilemme : aller au scrutin dans les conditions actuelles dont les conséquences prévisibles sont un échec assuré ou s’arc-bouter sur des revendications maximalistes au risque d’aller vers un nouveau glissement du calendrier électoral.  L’un dans l’autre, ce serait comme choisir entre la peste et le choléra car, dans tous les cas de figure, c’est Joseph Kabila qui gagne. Le vin est donc tiré, il faut le boire. C’est pourquoi, après avoir visiblement perdu la bataille de la machine à voter, l’opposition devrait véritablement revoir sa stratégie pour voir, si ce n’est déjà tard,  dans quelle

mesure ne pas aussi perdre la bataille du fichier électoral.

En attendant, c’est la récente désolidarisation de Tshisékédi fils de la lutte de ses camarades, qui laisse beaucoup de militants de l’opposition dans l’incompréhension. 

Kabila peut danser son N’dombolo*

Non pas que ses raisons ne soient pas valables, mais parce qu’à une telle étape de la lutte, il pourrait difficilement convaincre de son innocence. Et l’histoire pourrait lui en vouloir, car, en choisissant de faire bande à part, il pourrait attirer sur lui les soupçons les plus désobligeants, à juste titre d’ailleurs. Or, il n’est jamais bon d’apparaître comme un traître. Une telle posture est potentiellement dangereuse pour lui-même et son parti. C’est à se demander si en se désolidarisant de ses camarades, Félix Tshisékédi ne perd pas au change en décidant unilatéralement d’aller aux élections, même en cas de non retrait de la machine à voter.

En tout état de cause, au moment où l’opposition est face à un choix cornélien et n’a pas fini de résoudre ses contradictions internes, Kabila peut danser son N’dombolo*, car pratiquement déjà assuré d’une victoire certaine qui tend les bras à son poulain. Mais si l’opposition décidait d’un boycott en exigeant la satisfaction préalable de ses revendications, Kabila se trouverait dans une situation bien inconfortable d’avoir à choisir entre aller coûte que coûte aux élections, et aller vers un autre glissement du calendrier électoral qui pourrait être dangereuse pour lui-même, en raison de la lassitude que cela pourrait engendrer, pour tous ceux qui piaffent d’impatience de voir le Congo aller enfin à des élections sans cesse reportées. Et la fortune, elle-même, pourrait se lasser de toujours porter le même sur le dos. C’est sa crédibilité qui serait à ce moment en jeu et cela pourrait bien le conduire vers l’abîme car, rien ne saurait raisonnablement justifier continuellement son maintien au pouvoir.

« Le Pays » 

* N’dombolo : danse populaire à succès des années 90 et 2000, originaire de la RDC

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