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PRISE D’OTAGES A SEVARE : IBK n’est pas au bout de ses ennuis

 

Suite à l’attaque terroriste perpétrée à Sévaré, du 7 au 8 août 2015, par un groupe dont le nombre exact et les motivations réelles ne sont pas encore connus, nous avons contacté l’une de nos connaissances sur place dont le domicile est situé à quelques jets de pierre de l’hôtel attaqué, pour en savoir davantage sur les circonstances de l’attaque et le dernier bilan des victimes qui n’a cessé d’évoluer depuis l’annonce de la fin des opérations. C’est peu de dire que c’est un interlocuteur meurtri et encore sous le choc que nous sommes parvenus à joindre après moult tentatives, son portable ayant été mis en « mode hors ligne » pendant toute la durée de l’intervention des forces armées maliennes (FAMA) afin d’éviter, dit-il, qu’un djihadiste en herbe intercepte la conversation et remonte ses prises de position jusqu’au sommet de ces cellules dormantes du djihadisme qui foisonnent dans cette cinquième région du Mali considérée comme la plus sécurisée, du moins la plus militarisée du pays. Cette inquiétude de notre interlocuteur illustre à souhait la psychose qui est en train de s’emparer de l’ensemble du « Maliba », depuis que des zones, naguère hors de portée de tir des terroristes comme le centre et l’extrême sud du pays, ont elles aussi eu leur part de victimes. Le centre de gravité de la violence et de la terreur semble s’être déplacé du Nord vers le Sud, essentiellement à cause de l’opération Serval qui a contraint les islamistes qui avaient conquis sans panache le septentrion malien, à se fondre dans la nature, mais aussi de la signature de l’accord de paix d’Alger qui a permis de mettre en sourdine les velléités autonomistes et guerrières des groupes rebelles touaregs. Se sentant donc de plus en plus à l’étroit dans le Nord qui leur a servi de porte d’entrée au Mali, les terroristes s’attaquent désormais aux autres régions du pays, avec un double objectif : celui de desserrer l’étau autour d’eux, et celui de démontrer à ceux qui en doutaient encore qu’ils peuvent frapper partout au Mali, y compris le cœur de la ville garnison de Sévaré où sont stationnées les forces françaises, celles de la Minusma  et une bonne partie des FAMA en guerre contre le chaos sécuritaire dans les régions septentrionales du pays.  C’est, en tout cas, le message que les auteurs des récentes attaques enregistrées à Sévaré et dans la région de Ségou, la deuxième ville du pays, précisément sur la route Nampala-Diabaly, qui ont fait au total plus d’une quinzaine de morts, veulent envoyer prioritairement à « Kankélétigui », Ibrahim Boubacar Kéita pour ne pas le nommer. Des informations qui restent encore à vérifier faisaient également état d’une attaque à l’arme lourde de la brigade territoriale de Gendarmerie de Baguinéda, située à une quarantaine de kilomètres de la capitale Bamako, le 8 août dernier.

Un mauvais arrangement vaut mieux qu’une bonne guerre

On est bien loin de l’idée qu’on se faisait de ces terroristes, celle de pauvres hères disposant d’armes légères dont ils ne savent même pas si elles percutent. Nous sommes là bien obligés de nous rendre à l’évidence, les terroristes qui agissent aujourd’hui au Mali font non seulement preuve de professionnalisme et de dextérité dans le maniement des armes de tout calibre et d’engins explosifs, mais aussi prennent de plus en plus de risques en opérant sous le nez et la barbichette des militaires maliens et de la MINUSMA. L’hôtel  le «Byblos » qu’ils ont frappé en plein jour dans la ville de Sévaré, est quasiment contigu au camp de l’armée de l’air malienne, et c’est ce qui a peut-être amené certains observateurs à affirmer que c’est après avoir échoué dans leur tentative de prendre le contrôle du camp militaire, qu’ils se sont rabattus sur l’hôtel dont ils devaient sans doute avoir une bonne connaissance des hôtes.  En raison de sa situation géographique, le Byblos est en effet un endroit a priori sécurisé, et donc fréquenté par des expatriés qui constituent des cibles privilégiées pour tous les terroristes et autres criminels en quête de publicité et surtout de devises pour continuer à entretenir leurs funestes desseins et à multiplier les actions d’éclat.

Mais qui sont les auteurs de cette action sans précédent de prise d’otages  à l’hôtel le Byblos de Sévaré ? Quel était leur nombre ? Quelles étaient leurs motivations ? Si la réponse à cette dernière question semble être le kidnapping d’expatriés pour contraindre les autorités de Bamako ou celles des pays des otages à satisfaire leurs revendications, même les plus maximalistes, l’identité et le nombre des assaillants n’étaient pas encore formellement bien connus au moment où nous tracions ces lignes, tant les groupes d’obédience djihadiste se sont multipliés par scissiparité ou par affinité dans ce pays. Toutefois, en fin d’après-midi, l’attaque aurait été revendiquée par le groupe le plus actif dans cette partie du Mali, en l’occurrence le Mouvement peul pour la libération du Macina, dirigé par le très volubile prêcheur, Hamadou Koufa. On se rappelle en effet que c’est ce dernier qui a organisé l’attaque djihadiste de la ville de Kona en début janvier 2013, avec la bénédiction de son ami et disciple Iyad Ag Ghali, précipitant ainsi l’intervention de la France et de ses avions de chasse, le 11 janvier 2013, pour stopper la colonne des islamistes qui menaçaient de fondre sur Mopti. Mais il ne serait pas non plus étonnant que cette attaque ait été perpétrée par le mouvement Ansar Dine de Iyad Ag Ghali lui-même, pour faire savoir aux autorités de Bamako et à la communauté internationale qu’il  n’y aura pas de paix définitive au Mali, tant que leur chef Iyad Ag Ghali continue à être diabolisé et ostracisé. Certes, il n’est pas de bon ton de négocier avec un terroriste de la trempe de Iyad qui s’est mis en  marge de la République plus d’une fois. Mais si c’est le prix à payer pour ramener la paix et la quiétude dans l’ensemble du Mali, pourquoi pas ? Sommes-nous tentés de nous interroger. Après tout, les sécessionnistes du MNLA ne paradent-ils pas aujourd’hui à Bamako, logés et nourris aux frais du contribuable de ce Mali qu’ils considéraient, il n’y a pas longtemps encore, comme un Etat ennemi ? Si ceux qui ont ouvert la boîte de Pandore aujourd’hui au Mali, acceptent de mettre fin à leur lutte armée pour s’inscrire dans la logique de la paix, pourquoi Iyad, qui doit être certainement terré dans une grotte quelque part dans le désert libyen,  n’accepterait-il pas de rentrer dans les rangs, pour peu qu’on lui accorde des garanties de sécurité ? Un mauvais arrangement vaut mieux qu’une bonne guerre, pour paraphraser une vieille formule. Les réalités du terrain nous ont démontré que tant que les acteurs les plus influents de la crise malienne, qu’ils soient islamistes, narcotrafiquants ou indépendantistes, ne seront pas impliqués dans la recherche de la paix, il y aura toujours une sorte de maillon manquant dans le processus de pacification du territoire malien. Et les récentes attaques de Sévaré, de Nampala, de Misséni dans le sud, de Gourma Rharous dans le nord et sur l’axe Goundam-Tombouctou, qui avait coûté la vie à six Casques bleus burkinabè et celle survenue hier dimanche 9 août à Gabéri, toujours dans la région de Tombouctou, et qui aurait fait une dizaine de victimes, sont l’illustration de la fragilité et de la précarité de la situation sécuritaire du Mali.

Hamadou Gadiaga

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