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PROBABLE TRANSFEREMENT DE BECHIR A LA HAYE

La CPI aura-t-elle enfin son trophée de guerre ?

Le 11 avril 2019, Omar El Béchir, sous la pression de la rue soutenue par l’armée, a quitté le pouvoir. Depuis lors, l’histoire semble s’accélérer contre lui. En effet, alors qu’il est en train de purger une peine d’emprisonnement dans son pays pour s’être rendu coupable de détournements de deniers publics, la probabilité est forte aujourd’hui que l’on assiste, dans les prochains jours ou mois, à son transfèrement à La Haye. C’est, du moins, le décryptage que l’on peut faire à travers les mots prononcés par Mohamed Hassan Altaishi, au terme de l’accord en négociation avec les mouvements rebelles. Ce dernier, dans ce cadre, a, en effet, annoncé ceci : « Les responsables des crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis au Darfour, pourront être livrés à la Cour pénale ». Certes, le nom de l’ancien dictateur n’a pas été cité par le négociateur mais si l’on procède par raisonnement syllogistique, l’on peut aboutir à la conclusion que Béchir est concerné.

Si ce transfèrement venait à être effectif, ce serait une très grande victoire pour la CPI et pour les droits humains

Reprenons donc le raisonnement. Le négociateur est parti du postulat suivant : « Nous nous sommes mis d’accord sur le transfert de toute personne qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale ». Or, Omar El Béchir fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Logiquement donc, Béchir sera transféré. En plus de ce raisonnement logique qui permet de croire à un transfèrement de l’ancien maître du Soudan à La Haye, il faut ajouter que cette hypothèse avait été souvent envisagée comme faisant partie des sujets à négocier entre les autorités de Transition soudanaise et les mouvements rebelles du Soudan. Il faut apporter la précision que ces derniers étaient vent debout depuis longtemps pour exiger que l’ancien dictateur soit remis à la CPI. Le dernier élément qui rend possible son transfèrement est lié à ceci : les autorités de la Transition ont besoin de l’appui de la communauté internationale pour relancer l’économie du pays. Cette dernière pourrait poser comme préalable pour délier les cordons de la bourse, le transfèrement de Béchir. Entre donc le choix de sauver le pays du marasme économique et celui de sauver Omar El Béchir, les autorités de Transition pourraient facilement opter pour le choix de sauver le pays. C’est pourquoi, à la question de savoir si la CPI aura enfin son trophée de guerre, l’on a de raisons sérieuses de répondre par l’affirmative. Et si ce transfèrement venait à être effectif, ce serait une très grande victoire pour la CPI et pour les droits humains. En effet, depuis 2009, date à laquelle la CPI avait émis son premier mandat d’arrêt contre Béchir, ce dernier n’a eu de cesse de traiter l’institution de tous les noms d’oiseau. L’injure suprême est qu’il se considérait blanc comme neige face aux graves charges qui pèsent contre lui et percevait de ce fait la CPI comme un instrument politique destiné à sévir uniquement contre les dirigeants africains. Le comble est que des Africains et pas des moindres, ont repris à leur compte la perception de la CPI par le dictateur. En tout cas, les populations du Darfour applaudiront à tout rompre un transfèrement d’Omar El Béchir à La Haye.

Le sort de Béchir peut être celui de tous les dictateurs encore en activité

En effet, depuis 2003, date à laquelle lui et ses Janjawids ont commencé à sévir au Darfour, toutes les limites de l’horreur ont été franchies. Le Soudan nouveau ne peut passer cela par pertes et profits. Et les autorités de la Transition entreront dans l’histoire par la grande porte au cas où elles livreraient effectivement le précieux colis à la CPI. En réalité, le cas d’Omar El Béchir a une connotation hautement pédagogique. Car, voilà un homme qui a régenté pendant trois décennies, le Soudan, qui a cru pendant son long règne qu’il était indéboulonnable et que, de ce fait, il n’aurait jamais à répondre devant la justice des hommes. C’est ce même homme, lâché par ceux qui l’ont aidé à asseoir sa satrapie, et vomi par le peuple, qui se retrouve en prison au Soudan en attendant un probable transfèrement à La Haye. Ce sort peut être celui de tous les dictateurs encore en activité. Et tous ceux qui pensent que son transfèrement est peu probable parce que certains de ses anciens frères d’armes qui l’ont aidé à perpétrer le génocide au Darfour, sont toujours aux affaires, peuvent être surpris. En effet, Le Général Hemetti, l’actuel n°2 du Conseil souverain, qui est soupçonné d’avoir pris une part active au génocide au Darfour à la tête de ses Janjawids, est susceptible d’aider au transfèrement de son ancien mentor pour deux raisons. La première est que, contrairement à Béchir, lui n’a pas été inculpé par la CPI. L’autre raison est qu’il peut travailler à faire en sorte que les civils à qui les militaires vont transférer le pouvoir après la Transition, prennent des mesures pour lui garantir une retraite paisible, loin des déboires judiciaires. Joseph Kabila est l’illustration de ce genre d’arrangements.

Le Pays

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