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PROCES DE BLAISE COMPAORE ET SON DERNIER GOUVERNEMENT : Vers la fin de l’impunité au Burkina ?

PROCES DE BLAISE COMPAORE ET SON DERNIER GOUVERNEMENT : Vers la fin de l’impunité au Burkina ?

Le 27 avril 2017, s’est ouvert devant la Haute cour de justice du Burkina, le procès des membres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré, alors conduit par l’ex-Premier ministre Luc Adolphe Tiao, pour leur implication présumée dans la répression de l’insurrection d’octobre 2014 qui a entraîné, entre autres, la mort d’au moins sept manifestants. Mais aussitôt ouvert, le procès avait été renvoyé au 4 mai prochain, sur requête du Barreau qui effectuait sa rentrée solennelle le même jour, sous la présidence du chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré.
Mais en attendant que les choses sérieuses commencent, l’on peut s’interroger sur la portée pédagogique d’un tel procès. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que ce procès est en lui-même inédit. Ce d’autant que depuis la création de la Haute cour de justice en 1995, c’est la première fois que des dignitaires de si haut rang, au-delà de leur nombre, sont appelés à comparaître.

L’ouverture de ce procès est déjà en elle-même un acte fort

En effet, durant tout le long règne de l’enfant terrible de Ziniaré, même pas le plus petit des ministres n’a eu à répondre de quoi que ce soit devant la justice. Mais Dieu seul sait si des dossiers, il y en avait, qui auraient pu permettre à cette institution de justifier son importance et son utilité dans un pays qui se disait résolument engagé sur la voie de la bonne gouvernance, mais où les affaires de corruption, de népotisme et de gabegie au plus haut sommet de l’Etat, défrayaient la chronique et étaient dénoncées à longueur de journées. Tant et si bien que l’on est porté à croire que cette institution n’existait que de nom et pour la forme, qui plus est, qu’ elle était plus destinée à donner le change aux bailleurs de fonds qu’elle n’était un véritable instrument de régulation de la bonne gouvernance. C’est pourquoi, sans entrer dans le fond, l’on peut dire que l’ouverture de ce procès est déjà en elle-même un acte fort qui devrait marquer une rupture avec le passé. Car, ce n’est pas tous les jours que l’on voit des ministres, fussent-ils anciens, de la République répondre devant la justice. Surtout pour des faits liés à leur fonction. C’est ce qui justifie sans doute la grande foule de curieux accourus le jeudi dernier au tribunal, pour être témoins de ce procès hors du commun. En tout cas, cela pourrait rassurer les populations, de voir que tous les citoyens sont désormais logés à la même enseigne en matière de justice. Cela dit, il est difficile d’enlever le côté politique à un tel procès, puisque la composition de la Cour elle-même répond à des critères particuliers. Mais il ne faudrait pas s’y accrocher outre mesure, puisque cette juridiction a été créée sous Blaise Compaoré lui-même, si fait qu’on ne peut pas soupçonner les autorités actuelles de l’avoir mise en place à dessein. Et si l’on a besoin de connaître la vérité, il faut bien passer par la case justice. S’achemine-t-on donc vers la fin de l’impunité au Burkina? Il faut l’espérer. Car, après la tenue de ce procès, tous les hauts responsables de l’Etat, à quelque niveau de responsabilité qu’ils se situent, doivent se le tenir pour dit : nul n’est au-dessus de la loi. Et si des ex-ministres ont pu être jugés, il n’y a pas de raisons que ceux qui seront désormais épinglés, ne soient pas traînés devant les tribunaux. Au-delà, l’on espère que ceux qui seront désormais appelés à des postes de responsabilités, éviteront de lier leur sort à celui d’un homme, fût-il le chef de l’Etat. Sous d’autres cieux, quand on n’est pas en phase avec le président, on rend sa démission et on se barre. On l’a vu, par exemple en France, avec les ministres Christiane Taubira et Emmanuel Macron, qui ont eu le courage de rendre le tablier au président François Hollande, à cause de divergences de vues sur certaines questions. Peut-être que l’on en arrivera à une telle situation sous nos tropiques. Il faudrait même le souhaiter, dans le but d’assainir un tant soit peu le milieu de la politique où à côté des gens bien, grouillent bien des saprophytes dont la conviction par rapport à leurs idées se mesure à l’aune de leur servilité au grand sachem.

L’on attend de voir si les prévenus auront tous la même ligne de défense

Oui, le chef n’a pas toujours raison et il faut que ses proches collaborateurs aient quelquefois le courage de le lui dire, en tant que serviteurs de l’Etat et non d’un homme. C’est pourquoi ce procès peut avoir une grande portée pédagogique, pour peu que l’on en tire les enseignements nécessaires. A l’interne, l’on peut être porté à croire que les ministres réfléchiront désormais par deux fois avant de s’engager derrière certaines décisions. Mais pour le reste du continent, ce qui se passe au Burkina Faso pourrait pousser les satrapes à s’accrocher davantage à leur fauteuil, parce qu’ils savent ce qui les attend s’ils quittent le pouvoir. Blaise Compaoré jugé, qui l’eût cru ? Et pourtant, c’est la pure réalité, même si c’est sans surprise que l’homme par qui tout le malheur est arrivé, ne sera pas présent dans le box des accusés. A l’opposé de son ex-Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, dont il faut saluer le courage pour être rentré de son exil afin de répondre devant la justice de son pays. Six ministres dont celui de la Défense, l’exilé de Cocody, sont aux abonnés absents et seront jugés par contumace. Mais comme le dit le proverbe, « quand le tonnerre gronde, chacun protège sa tête ». L’on attend donc de voir si les prévenus auront tous la même ligne de défense ou si certains tenteront de se démarquer. En attendant le grand déballage, les Burkinabè sont curieux de connaître les tenants et les aboutissants de cette histoire, pour pouvoir situer les responsabilités. Maintenant, il appartient à la Haute cour de justice de jouer sa partition et de faire de la réussite de ce procès un exemple. Car nul besoin de dire qu’elle joue sa crédibilité. En tout cas, de la réussite de ce procès, dépend celle du processus de réconciliation que l’on appelle de tous nos vœux.

« Le Pays »

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