PROCES DE NASSER ZEFZAFI : L’avenir du Rif se joue-t-il dans le prétoire ?  

PROCES DE NASSER ZEFZAFI : L’avenir du Rif se joue-t-il dans le prétoire ?   

Nasser Zefzafi. Voilà un nom qui rime avec Rif, du nom de cette région berbérophone du Nord-Est du Maroc qui crie son délaissement, mais aussi avec contestation. Ce, en référence au mouvement de contestation « Al Hirak » dont il est le leader, et qui mobilise depuis plusieurs semaines les ressortissants de cette région dans la rue, à l’effet de mettre la pression sur les autorités pour avoir plus d’égards pour leur région qui se présente comme l’une des plus défavorisées du pays.  Et le mouvement, parti de Al Hoceina, a fait boule de neige au point d’atteindre d’autres villes comme Tanger, Casablanca et même la capitale Rabat où une manifestation de  solidarité a réuni, le 11 juin dernier, une impressionnante foule de sympathisants descendus dans les rues, suite à l’arrestation par les autorités, du noyau dur de la contestation dont Nasser Zefzafi. Malgré tout, les manifestations n’ont pas faibli et c’est logiquement que leur écho est parvenu jusqu’au palais royal où le roi Mohammed VI a tapé du poing sur la table et a pris des mesures énergiques visant à l’accélération des chantiers dans la région, tançant au passage les ministres directement concernés dont certains se sont vus privés de vacances. Après cette colère royale et les mesures « correctives » qui ont été prises, certains observateurs s’attendaient à un élargissement sans autre forme de procès, des prisonniers, dans un souci de décrispation et d’apaisement. Mais les choses ne semblent pas aussi simples. Et depuis le 10 juillet dernier,  Nasser Zefzafi répond de lourdes accusations devant la justice de son pays pour, entre autres, « atteinte à la sécurité de l’Etat, tentative d’homicide volontaire, troubles à l’ordre public ». En plus, la justice marocaine le soupçonne  de connexions avec l’étranger dont il aurait reçu un financement d’environ 300 euros. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cas Zefzafi est loin d’être une affaire banale. Ce, au regard de la cause qu’il défend, de l’ampleur de son mouvement et surtout de ses répercussions à travers le monde. Toute chose qui a pour effet de braquer les projecteurs sur le royaume chérifien et sa Justice dont beaucoup se demandent comment elle va traiter l’affaire.

La justice marocaine marche sur des œufs

Car, derrière le mouvement « Al Hirak », il n’y a pas que les revendications de traitement égalitaire en termes de bénéfice de programmes sociaux, d’éducation et d’investissements, mais aussi ces velléités séparatistes dont Rabat a toujours soupçonné les Rifains de nourrir, et qu’elle ne voit naturellement pas d’un bon œil. C’est pourquoi l’on peut se demander si avec le procès de Nasser Zefzafi, l’avenir du Rif se joue dans le prétoire. Car, quelle qu’en soit l’issue, cela ne saurait laisser indifférent et pourrait être interprété comme une volonté ou non du pouvoir central, d’accéder aux revendications des populations de cette région dont Nasser Zefzafi est devenu par la force des choses, le symbole et la figure emblématique. C’est pourquoi l’on est porté à croire que la justice marocaine marche sur des œufs. Car, de la décision qu’elle prendra en dernier ressort, pourrait dépendre l’évolution de la situation dans le Rif. Et c’est peu dire que sur la question, elle est très attendue. En tout état de cause, pour autant que la cause défendue par Nasser Zefzafi soit fondée et que la justice marocaine n’ait pas d’autres griefs contre lui, Mohammed VI serait bien inspiré de se montrer bon… roi envers son sujet ; ce qui pourrait lui valoir la pleine reconnaissance des siens. Car, avec ce procès de Nasser Zefzafi, c’est tout le Rif voire le royaume chérifien qui retient son souffle. A quoi cela va-t-il aboutir ?

Outélé KEITA

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