PROCES DE NONGUEZANGA KABORE : Le SYNTSHA en grève le 31 janvier prochain

PROCES DE NONGUEZANGA KABORE : Le SYNTSHA en grève le 31 janvier prochain

Dans la lettre ouverte ci-dessous adressée au président du Faso, le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) annonce une grève de 24 heures, le 31 janvier prochain, et ce, afin de protester contre le procès d’un de ses militants, en l’occurrence Nonguézanga Kaboré, poursuivi pour « non assistance à personne en danger et homicide involontaire ». Lisez plutôt !     

Excellence Monsieur le président,

Le 31 janvier 2018, notre camarade Kaboré Nonguézanga est convoqué par le procureur près le Tribunal de grande instance de Ouahigouya, pour être jugé «comme prévenu de non assistance à  personne en danger et d'homicide involontaire ».

En rappel, le SYNTSHA, pour défendre sa plateforme revendicative, avait lancé un mot d'ordre de grève de boycott des gardes et permanences du 12 au 22 décembre 2012. Le camarade Kaboré Nonguézanga en service au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Séguénéga à l'époque, avait observé cette grève. Pendant qu'il était en grève, il est accusé de manière pour le moins rocambolesque d'être responsable du décès, le 17 décembre 2012, d'une malade reçue au CMA pendant ce temps par des agents briseurs de grève. A l'évidence, des intentions inavouées se cachent derrière cette fausse accusation. C'est pourquoi elle a engendré pratiquement un sentiment de révolte généralisée qui s'est traduit par une lutte vigoureuse et courageuse en fin 2012 et en début 2013, des travailleurs de la santé humaine et animale pour exiger le respect du droit de grève conformément à la loi 101 45/60/AN du 25 juillet 1960. Malgré cette condamnation sans précédent, et persistant dans leur haine anti-travailleur et anti-syndicale, le camarade fut révoqué par les autorités de la IVe République (en Conseil des ministres le 6 mars 2013). Mais contrairement à leurs calculs, cette sanction injuste suscita une mobilisation massive à la hauteur des exigences des agents de santé humaine et animale, qui arrachèrent avec  le soutien de l'Unité d'action syndicale (UAS) la prise de l'arrêté n°2013-0172/MFPTSS/SG/DGFP/DSA portant annulation de révocation le 19 avril 2013 mettant fin à la lutte et au «dossier».

A notre grande surprise, le camarade a été convoqué le 13 décembre 2017 pour un procès qui a été reporté au 31 janvier 2018 pour les mêmes motifs qui avaient servi à la prise de la décision de révocation annulée en 2013.

Excellence Monsieur le président,

Au regard des faits précédemment évoqués, pour nous, il ne s'agit ni plus ni moins que d'un procès pour fait de grève, d'un procès contre le SYNTSHA. La participation à un mot d'ordre de  grève ne saurait être assimilée à un délit. Ce procès participe donc de façon manifeste à l'acharnement de votre pouvoir contre notre syndicat, dans le but évident de démobiliser les travailleurs de la santé humaine et animale.

Cette atteinte grave aux libertés démocratiques et syndicales intervient dans un contexte lourd de menaces indicibles contre les travailleurs, et leurs organisations de lutte et de velléités de les opposer aux autres composantes de notre peuple. Elle vient corroborer les remises en cause programmées des acquis des travailleurs, comme en témoigne le manque de volonté réelle du gouvernement d'appliquer le protocole d'accord gouvernement-SYNTSHA du 13 mars 2017. En effet, en dépit de nos multiples interpellations, le rapport du comité de suivi de la mise en œuvre dudit protocole en date du 6 décembre 2017, confirme que l'une des principales causes de lenteurs et de blocages est imputable au ministère en charge de la Fonction publique. Les fortes attentes des travailleurs d'amélioration de leurs conditions de vie et de travail, partant l’amélioration de la qualité des soins, s'éloignent de plus en plus avec une telle gestion de leurs justes préoccupations. Il en découle que votre gouvernement ne respecte pas la parole donnée, en réalité. Pour lui, les accords sont signés avec les syndicats pour gagner du temps et sont immédiatement foulés au pied afin de les discréditer.

C'est à cette fin encore qu'il faut lier les brimades, frustrations, exclusions diverses, affectations arbitraires, bref la répression multiforme dont sont victimes nos militants en raison de leur appartenance syndicale dans certaines formations sanitaires de notre pays.

C'est également dans le but de nuire aux syndicats en les étouffant financièrement, que le gouvernement a introduit des tracasseries qui remettent en cause le consensus dans la mise en œuvre des fiches de prélèvement des cotisations syndicales (check off) remplies par nos militants au titre de l’année 2017 et déposées respectivement le 3 juillet 2017 au ministère de la Santé et le 7 juillet 2017 auprès du ministère des Ressources animales et halieutiques sans suite à ce jour.

Bref, nous assistons en direct à ce qui peut être considéré comme l’exécution d'un plan de liquidation des acquis des travailleurs, notamment leurs droits démocratiques et sociaux.

Comme vous l’aurez constaté vous-même, c’est la gouvernance de votre régime, votre gouvernance donc faite notamment de mépris, d’actes et de propos haineux à leur encontre, qui contraint les travailleurs honnêtes à la lutte pour s’assurer une existence digne.

En conséquence, le SYNTSHA dénonce et condamne :

- le procès du 31 janvier 2018 pour fait de grève contre notre camarade et partant contre notre syndicat comme une atteinte grave au droit de grève ;

- la remise en cause du protocole d’accord du 13 mars 2017 qui confirme qu’avec ce gouvernement qui ne respecte pas sa parole, le dialogue social est stérile sans action de lutte ferme ;

 - l’absence totale de gouvernance vertueuse du pays.

Il vous informe par le présent préavis que les travailleurs de la santé humaine et animale, à l’appel du SYNTSHA, observeront une grève d’avertissement de 24 heures le mercredi 31 janvier 2018 de 00 heures à 24 heures 00 sur toute l’étendue du territoire national pour exiger :

- l’arrêt des tracasseries diverses contre les travailleurs de la santé humaine et animale, notamment pour leur appartenance syndicale ;

- le respect du libre exercice des libertés démocratiques et syndicales, le droit de grève en particulier ;

- le respect du protocole d’accord gouvernement – SYNTSHA du 13 mars 2017.

Le SYNTSHA appelle les travailleurs de la santé humaine et animale à se mobiliser avec vigilance pour faire de cette grève un succès afin de déjouer ce complot ourdi pour les museler par la liquidation de leur syndicat.

Si à l’issue de cet arrêt de travail des solutions satisfaisantes n’étaient pas trouvées, le SYNTSHA se réserve le droit d’engager d’autres actions de lutte pour faire aboutir ses justes revendications. Il tiendra le gouvernement pour responsable de la détérioration du climat social dans le secteur de la santé et de l’élevage, s’il persistait dans son attitude actuelle de mépris et de dilatoire à l’égard des travailleurs de la santé humaine et animale.

Veuillez agréer, Excellence monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.

Pissyamba OUEDRAOGO

Secrétaire général national  

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