Header

PROCES DE LA TENTATIVE D’ATTAQUE DE LA MACA : Un incident   a perturbé le fil des auditions

PROCES DE LA TENTATIVE D’ATTAQUE DE LA MACA : Un incident   a perturbé le fil des auditions

 

Le procès du caporal Madi Ouédraogo et autres soldats inculpés pour association de malfaiteurs et détention illégale d’armes à feu et de munitions de guerre  se poursuit  au Tribunal militaire de Ouagadougou avec l’audition des accusés.  Hier, 9 janvier,  8 accusés, en l’occurrence 7 soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et un civil, se sont présentés à la barre pour faire des aveux  sur les  chefs d’accusation retenus à leur encontre.

L’un des faits majeurs qui aura marqué le procès des accusés dans la matinée du 9 janvier est l’audition du sergent-chef  Ali Sanou. Ce soldat de l’ex-RSP fait partie, faut-il le rappeler, des cerveaux de l’attaque du dépôt d’armes de Yimdi à l’Ouest de Ouagadougou, le 22 janvier 2016. Selon le parquet, il est aussi impliqué dans le coup « foiré » du caporal Madi Ouédraogo. C’est ce qui explique sa comparution devant le juge pour association de malfaiteurs, selon le parquet.  Et en cette matinée du 3e  jour des auditions, le sergent-chef Ali Sanou a été le dernier accusé à faire ses aveux après l’audition de Soumaila Diessongo, du caporal Bapandi Ouoba, de Ibrahim Sanou, Patrice Coulibaly et Ollo Stanislas Poda. Le moins que l’on puisse dire, c’est que devant la Cour,  le sergent-chef  Ali Sanou n’a pas été avare en paroles.  Appelé à se défendre sur les faits à lui reprochés, l’accusé a reconnu faire partie de ceux qui ont attaqué la poudrière de Yimdi. Mais pour ce qui est du coup de Madi Ouédraogo, il dit n’être pas au courant. « Si c’est l’attaque de la poudrière de Yimdi, je me reconnais dans ce dossier. Mais pour le caporal Madi Ouédraogo, je ne m’y reconnais pas », a soutenu l’accusé. Comme pour justifier son acte, l’accusé dit avoir perdu la somme de 1 600 000  F CFA au Conseil de l’entente.  « Je n’ai participé à aucune mission onusienne. C’est avec une banque de la place que j’ai contracté un prêt. J’avais mes 1 600 000  F CFA au Conseil de l’entente. Cet argent a disparu sans qu’on ne me dise clairement les choses (...). Je galérais (...).   Je mangeais attiéké 100 F CFA pour dormir »,  se rappelle-t-il.   Mais est-ce cela qui  a amené l’accusé à s’en prendre aux institutions de son pays ? Difficile de répondre par la négative au regard des aveux qu’il a faits devant la Cour. « Dans les jours à venir, je vais parler (...). Le peuple veut connaître la vérité, il la saura (...). Aucun Burkinabè ne peut être l’ennemi de son pays », a-t-il lancé à la Cour, avant d’expliquer les conditions dans lesquelles lui et ses compagnons ont été arrêtés à Pô. «    Dieu merci, car j’aurais dû perdre la vie lors de mon arrestation à Pô. C’est grâce à Dieu et à mes ancêtres que je suis devant vous ce matin», a-t-il fait savoir, avant de s’incliner en mémoire d’un de ses compagnons tués lors des altercations avec les Forces de défense et de sécurité. Qu’à cela ne tienne, la défense a relevé que « ce serait déloyal de vouloir associer à ce procès les dossiers du coup d’Etat et de l’attaque de Yimdi », a-t-elle dit. Et le commissaire du gouvernement, Alioun Zanré, de préciser qu’il ne s’agit pas d’un amalgame de dossiers. « C’est l’accusé lui-même qui fait des aveux. Sinon, il y a des pièces instruites à charge contre sa personne», a laissé entendre M. Zanré. C’est dans cette ambiance que le tribunal a suspendu le procès pour l’après-midi.

A la  reprise de l’audience

Dès la reprise de l’audience, à 13h 47, l’un des conseils des accusés, Antoinette Boussim, prend  la parole pour faire cas d’un incident qui serait survenu pendant la suspension. Depuis le début du procès, a-t-elle dit, les avocats et les accusés ont fait cas de différentes « pressions » et « intimidations » que certains prévenus ont subies lors des interrogatoires préliminaires. Certains prévenus, selon elle, ont été « forcés » pour qu’ils signent les procès-verbaux. Des intimidations qui, selon l’avocat, continuent même pendant le procès et ce, malgré le fait que des avocats ont été commis pour défendre les accusés. « Un greffier d’un juge d’instruction est venu menacer les clients pendant la suspension de l’audience et leur dire qu’ils allaient périr en prison », a-t-elle révélé. « Un avocat, ce n’est pas une goyave », a-t-elle donc poursuivi avant d’indiquer qu’il n’était pas question que les intimidations se poursuivent alors que les prévenus ont tous des avocats. « Si cela continue, nous allons prendre nos responsabilités », a prévenu Antoinette Boussim. Il était 13h 50 et pendant deux minutes, le silence régnait dans la salle. Lorsque le président du tribunal a repris la parole, c’était pour suspendre le procès de nouveau. « Nous allons régler cet incident hors prétoire avant de revenir », a-t-il dit. Il était 14h 14mn, à la reprise, quand le président du tribunal a annoncé que l’incident était « réglé ». Place donc aux auditions. Le premier à se présenter à la barre était le soldat de 1re classe, Boureima Zouré, poursuivi pour association de malfaiteurs. A la question du président du tribunal de savoir s’il reconnaissait les faits, il répondra : « Je ne reconnais pas les faits », avant de commencer sa narration. Selon lui, il était en Côte d’Ivoire au moment des faits. Le 11 décembre 2015, il s’est rendu dans la ville de Ouangolodougou, toujours en Côte d’Ivoire, afin d’y rencontrer sa femme et voir ses enfants. Là-bas, a-t-il poursuivi, il a certes rencontré certains de ses anciens camarades de l’ex-RSP dont le sieur Poda, mais ils n’ont pas fait cas d’un quelconque « complot ». En effet, à la question du commissaire du gouvernement de savoir si ses camarades lui avaient parlé d’une manœuvre, il répondra : « Négatif ». D’ailleurs, selon Boureima Zouré, le sieur Poda y était pour voir son nouveau-né. Appelé à la barre, ce dernier a confirmé cela tout en précisant qu’il a fait le déplacement de Ouangolodougou deux fois. La 1re fois, il avait accompagné son oncle qui avait son fils malade. La 2nde  fois, c’était en effet pour rencontrer sa femme et voir son nouveau-né. Son conseil, Me Banworo Hadou, lui, a tenu à souligner que son client est resté constant dans ses déclarations. « Mon client est allé à Ouagolodougou et il y a rencontré ses collègues. Mais, de là à en faire un comploteur… », a-t-il dit.

Encore, un autre « Wait and see »

Mais avant de quitter la barre, le soldat de 1re classe a tenu à dire ceci : « Moi Zouré, je suis un commando plein. J’ai eu à défendre des autorités de ce pays. Aujourd’hui, j’ai 4 dossiers. L’affaire de l’insurrection, l’affaire du coup d’Etat, l’affaire de l’attaque de Yimdi et l’affaire Ouédraogo Madi. Mais, je n’en dirai pas plus, j’attends le procès concernant l’attaque de Yimdi... Merci ». Que doit-on comprendre par cette sortie du soldat Zouré ? Encore un autre « Wait and see ». Après cette audition, ce fut au tour d’un civil, Sibiri Guira, conducteur de taxi-moto, de passer à la barre. Il est poursuivi pour détention illégale d’armes et de munitions. A la barre, il a fallu un traducteur car l’accusé ne pouvait pas s’exprimer en français. A sa prise de parole, il a indiqué qu’il ne reconnaissait pas les faits de détention d’armes qui lui sont reprochés. En substance, il a raconté que « le sieur Ladji m’a appelé un soir autour de 18h pour me dire qu’il avait besoin de moi. Quand je m’y suis rendu, il m’a donné du matériel contenu dans un sac à transporter jusque chez moi. Ladji est mon beau-frère et j’habite dans l’une de ses cours. Il m’a donc demandé que lorsque j’arriverais, de mettre le sac dans le trou qui se trouvait dans le couloir de la cour et de le recouvrir. C’est ce que j’ai fait. Un autre soir on me rappelle encore, cette fois-ci, dans un camp. Arrivé sur les lieux, on m’a demandé d’y passer la nuit. Le lendemain, on m’a dit d’aller montrer le matériel que le sieur Ladji m’a confié. On est donc allé à la maison, j’ai pris le sac et lorsqu’on l’a ouvert, j’ai pu constater qu’il contenait deux armes (une petite et une grosse) et des munitions ». C’est alors que le commissaire du gouvernement lui demanda s’il avait pris connaissance du contenu du sac avant de l’enterrer. « Non », a-t-il répondu. « Ne saviez-vous pas que le sac contenait des armes ? », a insisté le parquet. « Je ne peux pas savoir, je ne suis pas militaire », a-t-il répondu. Pour le commissaire du gouvernement, cela n’était pas possible à partir du moment où la forme des armes et la disposition des munitions dans le sac en question laissaient entrevoir clairement, même pour un profane, qu’il s’agissait bel et bien d’armes. Mais l’accusé reste sur sa position et insiste qu’il ne pouvait pas savoir que le sac contenait des armes. Lorsque son avocat prit la parole, il demanda d’abord à son client s’il savait lire. L’interprète repris la question en Mooré et le client répondit : « Ayo », c’est-à-dire «  Non ». « Est-ce que vous comprenez français ? », a poursuivi l’avocat. « Ayo », répondit le client avant même que l’interprète ne lui traduise la question de l’avocat. Rires donc dans la salle. Mais qu’à cela ne tienne, selon l’avocat, lors des auditions préliminaires, il n’y avait pas d’interprète à la gendarmerie. Mais malgré cela, son client a signé le procès-verbal. Une donne qu’il a demandé au président du tribunal de prendre en compte. Cet acte a mis fin aux auditions du jour et la reprise est prévue pour ce mardi, 10 janvier, à 8h 30 mn.

Mamouda TANKOANO et Adama SIGUE

ENCADRE 1 : Deux des trois soldats cités dans l’affaire et qui ne sont pas présents parmi les accusés seront entendus

A la fin des auditions, le président du tribunal a demandé à l’audience si quelqu’un savait dans quel corps officiait le sieur Ido, l’un des soldats cités dans l’affaire. Il a donc reçu comme information que ce dernier est en mission au Mali. Toute chose qui rend impossible son audition. Mais pour les cas de Ouattara Abou et Eric Kini, le président du tribunal a indiqué qu’ils seront entendus, le 10 janvier 2016, après les différentes auditions.

ENCADRE 2 : Quid de l’incident provoqué par le greffier ?

Nous avons tendu notre micro à Me Antoinette Boussim, avocate commise d'office auprès de Diessongo Soumaïla, à l’issue de l’audience. Celle-là même qui avait fait cas de l’incident est revenue en détails sur la question.

Dès la reprise de l’audience, ce soir, vous avez fait cas d’un incident. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet incident ?

Vous aurez remarqué qu’à midi, le président du tribunal a ordonné une suspension de l’audience. Juste après la suspension, il y a un avocat qui a interpellé mon client comme quoi, il aurait dit que le procès-verbal passé devant le juge d’instruction a été falsifié. Il l’a menacé et lui a même dit qu’il allait s’engager personnellement à ce que mon client reste en prison. Lorsque les autres détenus ont voulu réagir, il a dit que cela valait également pour eux. Depuis le début de ce procès, nous avons dit que nos clients ont fait l’objet d’intimidations et de menaces devant le juge d’instruction et devant l’officier de police judiciaire. Chose que le commissaire du gouvernement a toujours réfutée. Mais, l’incident qui s’est produit lors de la pause, est une preuve que tout ce que l’on a dit depuis le début, est une réalité. Car, même dans la salle d’audience et en dépit du fait que nos clients ont des avocats, ils continuent d’être menacés. On pouvait menacer nos clients lorsqu’ils n’avaient pas d’avocats. Mais maintenant qu’ils ont des avocats, nous ne pouvons pas accepter que nos clients continuent d’être l’objet de menaces. C’est pourquoi nous avons soulevé le problème devant le président pour que de tels agissements cessent.

A la reprise, le président du tribunal a dit que l’incident a été «réglé ». Que doit-on entendre par là ?

L’auteur de ces dires que je ne vais pas citer, a été interpellé. Il a reconnu les faits mais, il a indiqué que cela s’est passé sur un ton d’amusement. Mais, pour nous, ce procès n’est pas de l’amusement. Sinon, on s’est entendu, il a reconnu les faits et a souligné que c’était sur un ton de plaisanterie. Je crois que le président du tribunal a fait son boulot, il l’a rappelé à l’ordre et je pense qu’il va rendre compte au directeur de la Justice militaire.

ENCADRE 3 : Le présumé cerveau des accusés, le caporal Madi Ouédraogo, pourrait être entendu aujourd’hui

Ce 10 janvier pourrait être un  jour déterminant dans le procès de la tentative d’attaque de la MACA. En effet, le présumé cerveau des accusés, le caporal Madi Ouédraogo qui, jusque-là, n’a pas encore fait d’aveux à la Cour,  pourrait être entendu. Toute chose qui est déterminante dans le procès car, dans tous les récits des accusés, il a été nommément cité.  « C’est Madi qui m’a appelé », « Je suis allé chez Madi », « J’ai dit à Madi... », pouvait-on entendre entre autres dans les récits des accusés.

ENCADRE 4 : La Police judiciaire n’a jamais détenu quelqu’un pendant 72 heures sans lui donner à manger, selon le commissaire du gouvernement, Alioun Zanré

Lors des auditions des accusés les 6 et 7 janvier derniers, certains ont dit avoir passé 72 heures à la gendarmerie sans manger. Une révélation qui avait fait froid dans le dos de plus d’un. Le Parquet avait noté qu’il allait vérifier cette révélation auprès de la Police judiciaire. En effet, à  la reprise des auditions le 9 janvier dernier, le commissaire du gouvernement, Alioun Zanré, a tenu à donner les précisions suivantes : « La Police judiciaire n’a jamais détenu quelqu’un pendant 72 heures sans lui donner à manger. Je l’ai vérifié ».

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+