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PROCES DU COUP D’ETAT MANQUE : Bassolé préfère une indemnisation des victimes à un procès des putschistes

Le Général Djibrill Bassolé  était à la barre, hier 8 janvier 2019, pour sa 6e comparution devant la barre d’audience du Tribunal militaire.   Il lui est reproché d’avoir commis   des actes contraires à la loi pendant le coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015 et jours suivants. L’accusé et ses avocats continuent de rejeter en bloc les écoutes téléphoniques entre lui et le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro,  au moment des faits.

 

L’interrogatoire du Général de Gendarmerie Djibrill Bassolé, se poursuit dans la salle d’audience du Tribunal militaire délocalisée pour l’occasion à la salle des Banquets de Ouaga 2000. Le 8 janvier 2019, l’ancien patron de la diplomatie burkinabè jusqu’en octobre 2014 et ses avocats ont essayé de trouver les faiblesses des preuves à lui opposées. Après les argumentaires de Me Barry et de son confrère Me Dieudonné Bonkoungou, ce fut au tour du parquet militaire de prendre la parole pour ses questions et observations.  Pour le ministère public, le motif du recours formulé par le Général Djibrill Bassolé et ses avocats devant la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), est différent de celui présenté à l’audience du jour. A l’en croire, le motif de   la requête formulée auprès de cette juridiction supra nationale est fondé sur le fait que les écoutes téléphoniques ont été recueillies en violation du droit à la vie privée de l’accusé alors que devant la barre, ils soutiennent que ce sont des bandes truquées, manipulées pour accuser un adversaire politique. «La balle qui vient de l’adversaire n’a pas de hors-jeu », a dit le parquet en faisant allusion à la pièce que la défense du Général venait de mettre à la disposition des parties au procès.  Lors de sa  prise de  parole ce matin, a poursuivi le parquet, le Général a dit que s’il était de la hiérarchie militaire, il avait des solutions à la crise.

« Je me suis impliqué personnellement pour éviter un affrontement entre le RSP et le reste de l’armée »

 

Parmi les points déclinés, il a dit, pas de poursuites judiciaires.  Pour un officier de gendarmerie, une personnalité de ce pays, qui aspire à de hautes fonctions, c’est un peu troublant, a relevé le ministère public. Et de poser la question suivante :  je voudrais savoir ce qu’il allait faire pour   rendre justice aux victimes ? « Pour ce qui est des droits des victimes, l’Etat a les moyens de le faire.  Beaucoup d’argent avait été proposé au Burkina Faso pour indemniser les victimes et leurs  familles », a répondu l’accusé avant de justifier son refus de répondre aux questions de certains avocats de la partie civile la veille. « Je trouve que ce n’est pas utile pour ma défense. (…) J’ai été témoin du bras de fer entre Yacouba Isaac Zida et le Général Honoré Traoré au lendemain de l’insurrection populaire d’octobre 2014 pour le contrôle du pouvoir d’Etat. Cette crise a failli mettre en opposition les autres corps de l’armée et les soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Je me suis impliqué personnellement pour éviter un affrontement entre le RSP et le reste de l’armée. », a révélé Djibrill Bassolé.  Selon ses dires, il lui  a fallu plusieurs heures pour  convaincre  le Général Honoré Traoré  de   laisser le pouvoir à Yacouba Isaac Zida afin d’éviter un bain de sang entre frères d’armes.  Pour lui, la crise au RSP sous la Transition, trouve son origine dans celle de  2011. Une crise au cours de laquelle des soldats du RSP ont tiré une lance-roquette sur le domicile du Général Diendéré.  Et tout  cela est   consciemment ou inconsciemment,  de la responsabilité de ceux qui ont géré le pays, y compris lui-même, selon les explications de l’ancien ministre des Affaires étrangères burkinabè. « C’est notre Etat qui s’est mis entre les mains du RSP. C’est l’Etat qui s’est mis dans cette situation d’inconfort, de vulnérabilité vis-à-vis du RSP », a-t-il estimé.Pour répondre à votre question, se justifie le mis en cause, si j’étais de la hiérarchie militaire, cette crise n’allait  jamais être réglée par un procès. A l’entendre, toutes les classes, tous les grades de l’armée sont concernés par le procès en cours. « Le procès lui-même dure un an, mais la procédure dure depuis 4 ans. Je suis dans un trou mais j’ai des échos de ce qui se passe dehors (allusion faite aux attaques terroristes) ; mais je sais que  les soldats ne sont pas concentrés. La nature de l’ennemi n’est pas hors de portée de notre armée.   Je ne veux pas prôner l’impunité mais entre deux maux, il faut choisir le moindre», ajoute-t-il.

C’est surprenant, rétorque le parquet, parce que dans votre intervention, vous dites être légaliste. Y a-t-il une autre façon de régler cette question en dehors de la loi ?

« Même devant une infraction constituée, la loi donne l’opportunité de poursuite ou non si la poursuite peut entraîner de graves troubles à l’ordre public. Sinon, un Général ne fuit pas. Même devant un peloton d’exécution, un Général ne fuit pas », a répondu l’accusé.  Pour les victimes, a-t-il soutenu, il est important de faire en sorte qu’elles ne soient pas frustrées. Si je devais décider, il y a longtemps qu’on leur aurait versé des indemnités depuis l’an 1 de la crise.

« Mon Général, vous venez de dire qu’avec l’argent, on peut rendre justice aux victimes », fait observer le parquet.

«Pensez-vous qu’un blessé qui a encore des balles dans les pieds va préférer l’argent à ce procès ? » « S’il touche 10 millions de F CFA, il sera plus heureux que de venir ici chaque matin pour écouter un procès dans un français qu’il ne comprend peut-être pas », a laissé entendre Djibrill Bassolé.

Issa SIGUIRE

 Les solutions pour résoudre la crise selon le Général Djibrill Bassolé

 

«Si j’étais le CEMGA, j’allais faire les choses de manière propre. Sur la base d’un accord, j’allais éviter la confrontation entre les éléments de notre armée et éviter un procès.  Le procès a un effet dévastateur sur l’armée. La dissolution de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) de cette manière, est une erreur. On pouvait garder les unités au lieu de disperser ses éléments dans d’autres corps. Si je devais décider de l’Unité anti-terroriste du RSP, j’allais la transformer en escadron de gendarmerie qui pourrait aider. L’armée a été fortement ébranlée. C’est comme une équipe de football. Même si les joueurs sont bien formés, ils sont plus efficaces lorsqu’ils jouent en groupe.

 Propos rassemblés par Issa SIGUIRE

 

Me Guy Hervé Kam à propos de la ligne de défense du Général Djibrill Bassolé et ses avocats

 

 « On se rend compte que la défense du Général  Djibrill Bassolé tente par tous les moyens de nous ramener en arrière parce que tout simplement, elle ne veut pas rentrer dans le fond. Elle ne veut pas répondre aux questions de sa responsabilité. Vous l’aurez bien compris, tant le Général Bassolé que ses conseils,  tout en contestant le rapport d’expertise et les écoutes téléphoniques, bâtissent toutes leurs interventions sur les écoutes. Quand les écoutes n’ont pas de valeur, on le dit et on passe à autre chose.  On passe deux  jours à mettre le tribunal à la peine à suivre des  débats totalement insipides pour éviter qu’on discute le fond. Ce qui est bien dans cette affaire, c’est qu’eux-mêmes   ont reconnu   devant  les juridictions burkinabè    et devant la Cour de  justice de la CEDEAO, que leur vie privée a été violée parce que  l’Etat les a écoutés. Eh bien, nous sommes confortés dans le fait qu’il y a bel et bien eu des écoutes, que ce qui a été dit  dans le dossier a  effectivement existé.  Maintenant, la question de savoir si l’Etat burkinabè devait le faire ou pas,  les juges vont trancher.  De toute façon, le juge d’instruction a tranché, la chambre de contrôle a tranché, il restera au tribunal de trancher. Mais dans tous les pays du monde, entre la vie privée et la sécurité publique, c’est la sécurité publique qui l’emporte. »

Me Guy Hervé Kam

 

Propos recueillis et retranscrits par Issa SIGUIRE

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