PROCES DU PUTSCH MANQUE

PROCES DU PUTSCH MANQUE

L’ex-DG de la Police nationale, Lazare Tarpaga,  enfonce Diendéré

L’audition des témoins dans le cadre du procès du putsch manqué de septembre 2015 s’est poursuivie le 8 février dernier au Tribunal militaire de Ouagadougou. Après les  explications du colonel-major Tinguéri sur les péripéties du désarmement, en qualité de témoin, le contrôleur général de police, Lazare Tarpaga, directeur général de la Police nationale au moment des faits, passe à la barre en qualité de témoin. Son témoignage est une vraie charge à l’endroit du Général Diendéré.

Le contrôleur général de police, ancien directeur général de la Police nationale, Lazare Tarpaga est l’un des témoins les plus attendus dans le cadre de ce procès. Interrogé en milieu de matinée du 8 février par le président du Tribunal militaire, Seidou Ouédraogo, sur ce qu’il sait des évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants, le témoin fait un récit des faits en trois temps : ce  qu’il a vu, ce qu’il a entendu et comment il a interagi. C’est d’abord le directeur de cabinet de la présidence du Faso qui lui a envoyé un sms : « Nous avons été pris en otage ». « Par qui ? », demande l’ex-DG de la Police nationale par sms. « Problème avec les militaires…et nous avons été expulsés de la salle du Conseil des ministres ». Vers 17h le 16 septembre, dit-il, c’est la voix du général Diendéré qu’il entend au téléphone, lui demandant s’il était au courant de ce qui est arrivé, avant de lui demander plus tard son soutien et celui de la police. Quand le président d’alors du CND, le Général Diendéré, lui demande d’envoyer des éléments de police au carrefour de la Télévision BF1, à un jet de pierre de la présidence du Faso, pour une « opération de maintien d’ordre », et ensuite à la Place de la Nation pour disperser les manifestants, selon son récit, il indique avoir tenté de joindre au téléphone le Général Zagré, Chef d’état-major général des Armées (CEMGA) d’alors, sans l’avoir. Il appelle le colonel Touandamba, Chef d’état-major général de la gendarmerie (CEMGG) au moment des faits, avant de recontacter le CEMGA le 17 septembre. « Chaque fois que le Général Diendéré m’appelait, je disais « bien reçu, mon Général » et j’ai toujours tenté de rendre compte de ma communication avec lui au CEMGA et au CEMGG », explique Lazare Tarpaga à la barre. Quand il rejoint le CEMGA dans son bureau dans la matinée du 17, celui-ci lui fait le point de la communication et des entretiens des différentes personnalités avec le Général Diendéré, la nuit du 16. Qu’est-ce que le contrôleur de Police a fait, à la demande du président du CND ? Dans son récit, il indique avoir envoyé, en réaction aux demandes itératives du général, des éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) au niveau de l’Unité d’intervention polyvalente de la Police nationale,  et non au carrefour de BF1 et a envoyé des éléments faire des « missions de surveillance » en ville avec pour instruction de traquer casseurs et pilleurs, et non les manifestants, dit-il. Le 17 septembre 2015, il notifie au Général président du CND le manque de moyens pour faire les patrouilles de police. Une façon pour l’ex-DG Tarpaga de la Police nationale de se dérober pour ne pas exécuter les ordres, à l’entendre. Le 18 septembre, il prend part à la rencontre avec le Général et les corps paramilitaires à la présidence du Faso, selon son récit. Le soir du 18, poursuit-il, le colonel-major Kiéré lui demande de « faire face aux mouvements de foule par des sorties ou opérations de maintien d’ordre ». Il fait comprendre à ses éléments : « la mission demeure ». L’ex- DG de la Police nationale, Lazare Tarpaga, confie avoir reçu par les soins du capitaine Dao, la somme de 1 000 000 de F CFA, ensuite du matériel de maintien d’ordre et du carburant, fournis par le RSP.  Le 20 septembre, il se rend à l’aéroport pour l’accueil de la délégation des chefs d’Etat de la CEDEAO par le Général. Le témoin confie n’avoir cependant instruit ni de patrouille, ni de couvre-feu. Pour preuve, à l’entendre, il n’a pas obtempéré aux injonctions du colonel-major Boureima Kiéré qui lui a parlé de couvre-feu et lui a demandé, le soir du 18 septembre, d’envoyer une équipe pour démanteler la  radio dite de « la Résistance ». Pour le parquet militaire, le témoignage du DG de la Police Tarpaga montre que le Général demandait de l’aide pour asseoir le pouvoir du CND avant même les négociations. Une preuve de la planification du putsch par le Général, de l’avis des parquetiers. Lorsque le parquet demande à comprendre pourquoi l’ex- DG de la police n’a pas opposé de refus aux demandes du Général dès le soir du 16 septembre 2015, il fait comprendre que, connaissant l’homme, l’on ne pouvait pas lui opposer frontalement un refus, et dans son éducation, on lui a toujours enseigné la prudence, relate-t-il. Ce qui provoque des éclats de rires dans la salle d’audience.

« Témoignage du DG Tarpaga, prototype du faux témoignage »

Le président du tribunal appelle à la barre les officiers supérieurs, à savoir le colonel- major Kiéré, le capitaine Dao et le Général Diendéré. Commence une confrontation entre le témoin et les trois accusés. Le colonel-major Kiéré nie avoir demandé au contrôleur général de police Tarpaga d’envoyer une équipe pour démanteler la radio. Il dit avoir demandé à Lazare Tarpaga que la police aille constater et non boucler la zone, puisque des agents de l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes)  étaient déjà sur place, au niveau de la radio de « la Résistance », foi du major Kiéré. Le capitaine Dao nie catégoriquement avoir fait remettre de l’argent au témoin. Il dit l’avoir vu seulement le 18 septembre à la présidence et ensuite, à l’aéroport. « Je ne lui ai jamais donné de l’argent », affirme-t-il à la barre, répondant aux questions de son conseil, Me Barry. Pour le Général Diendéré, le témoignage de l’ex-DG de la Police, Lazare Tarpaga, est « le prototype même du faux témoignage ». Il confie n’avoir aucunement appelé le témoin Lazare Tarpaga le 16 septembre, mais plutôt le lendemain 17, quand il était devenu président du CND, pour lui demander d’envoyer des éléments à Yako pour empêcher l’incendie de son domicile par des manifestants. Il ne reconnaît pas avoir demandé au témoin Lazare Tarpaga des patrouilles de police le 16 septembre.  Avant le passage à la barre du contrôleur de police Lazare Tarpaga, le responsable de la commission technique en charge du désarmement du RSP, c’est le colonel-major Salif Tinguéri qui explique, en sa qualité de témoin, les péripéties auxquelles a fait face l’équipe commise à la tâche des opérations de désarmement.  Le colonel-major Tinguéri a relevé à la barre le rôle déterminant qu’ont joué certains officiers dans la facilitation de l’exécution de la mission confiée à l’équipe chargée du désarmement. Par exemple, les capitaines Dao et Zoumbri, le sergent-chef Roger Koussoubé.  Toutefois, fait-il savoir au tribunal, en citant le chef de l’équipe chargée du démantèlement, le sergent-chef Ali Sanou, avec l’aide d’autres éléments, a perturbé le travail de ladite équipe, en séquestrant ses membres et en retirant ses téléphones portables.  A la barre, Ali Sanou rejette ces allégations. L’opération de désarmement n’est pas allée à son terme, à entendre le colonel-major Tinguéri qui indique que le délai donné était court pour exécuter la mission. Pour le Général Diendéré, le matériel de désarmement du RSP a été exposé à la Place de la Nation, sur instruction du CEMGA qui recevait ses ordres « de qui vous savez », dit-il au président du tribunal, faisant allusion au Premier ministre Zida. Les difficultés du désarmement sont liées à la précipitation dans son processus, décidé par le CEMGA qui voulait faire usage de la force, à son avis.

Des armes ont-elles été récupérées du RSP après le désarmement ? Le colonel-major Tinguéri dit n’en avoir pas connaissance. Il indique que les directions centrales des armées ont été chargées de faire le travail à la place de la commission de désarmement dont la mission n’est pas allée à son terme. Pour le Général Diendéré, c’est bien possible que certaines de ces armes se soient retrouvées dans la nature pour être utilisées aujourd’hui contre le pays. L’audition des témoins a continué au Tribunal militaire le 9 février à partir de 9h.

Lonsani SANOGO

 

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