PROCES DU PUTSCH MANQUE : A la barre, le capitaine Zoumbri fond en larmes

PROCES DU PUTSCH MANQUE  :  A la barre, le capitaine Zoumbri fond en larmes

 

Les auditions du capitaine Seydou Gaston Ouédraogo se sont poursuivies dans la matinée du 17 septembre 2018 à la salle des Banquets de Ouaga 2000. Tout comme lui, le capitaine Oussène Zoumbri a été entendu par le Tribunal militaire. Et ce, pour répondre des faits qui lui sont reprochés dans le cadre du coup d’Etat manqué de septembre 2015. Il est reproché au capitaine Seydou Gaston Ouédraogo d’avoir conduit une mission héliportée qui a consisté à aller chercher du matériel de Maintien d’ordre (MO) et « une valise » à la frontière Burkina-Côte d’Ivoire, pendant le coup d’Etat de septembre 2015. Quant au capitaine Oussène Zoumbri, on lui reproche d’avoir facilité et aidé le Général Gibert Diendéré et autres à commettre des actes d’attentats à la sûreté de l’Etat, meurtres sur 13 personnes, coups et blessures sur 42 personnes, dégradation aggravés de biens, incitation à commettre des actes contraires à la discipline militaire. A l’audition de ces quelques souvenirs douloureux, le capitaine Oussène Zoumbri a fondu en larmes à la barre.

« Faciliter et aider le Général Gilbert Dienderé et autres à commettre des actes d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres sur 13 personnes, coups et blessures, dégradation aggravée de biens, incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline militaires » ! C’est ce que le parquet militaire qui représente le ministère public reproche au capitaine Oussène Zoumbri. Faux, rétorque l’accusé qui dit avoir exécuté des ordres militaires. Il s’est expliqué à la barre le 17 septembre dernier. De son récit, l’on retient que le 16 septembre 2015, le capitaine Oussène Zoumbri venait de finir une formation débutée un jour plus tôt, dans le cadre de la sécurisation des élections présidentielle et législatives de 2015. De retour à son domicile à l’intérieur du Conseil de l’entente, il reçoit un coup de fil de la part de l’un de ses hommes, l’informant de ce que les choses ne vont pas bien à la présidence. Mais il ne prend pas l’information au sérieux. Un autre soldat l’appelle pour la même information. Il prend alors l’information au sérieux et décide de chercher à en savoir davantage. Il entreprend de faire le tour du Conseil de l’entente à pied. Arrivé devant la Radio nationale, il se renseigne discrètement auprès des soldats qui étaient de garde. Mais que nenni ! Personne n’est au courant de rien. Vers 17h, il décide d’aller au camp à Ouaga 2000. Là il se rend au bureau du chef de corps et apprend par la suite qu’il y a une réunion ce soir du 16 septembre 2015 même. Cette réunion, poursuit-il, a été dirigée par le Général Gilbert Diendéré. Au cours de cette réunion, se souvient l’officier de l’ex-RSP, « le Général Gilbert Diendéré s’est excusé auprès des officiers parce qu’il ne leur a pas donné l’information tôt ». A l’issue de cette réunion, explique le capitaine Oussène Zoumbri, le Général a informé la troupe qu’une rencontre entre cette dernière et le collège des sages aurait lieu ce même jour. Et c’est finalement au cours de la soirée qu’est intervenue cette rencontre. Etaient entre autres de la délégation des sages, Monseigneur Paul Ouédraogo, l’ancien président Jean Baptiste Ouédraogo. Au cours de cette rencontre, relève le capitaine, Monseigneur Paul Ouédraogo a invité les soldats de l’ex-RSP à libérer les autorités de la Transition avant de leur donner la parole. Mais grande fut sa surprise de voir que ce sont les soldats du rang qui ont été les premiers à lever les mains pour prendre la parole avant même les officiers. Ce qui l’a obligé à en faire autant, parce que les soldats ne parlent pas à la place de leurs supérieurs hiérarchiques. Le 17 septembre 2015, ce que tout le monde craignait a fini par se confirmer. Le coup d’Etat vient d’être annoncé à la Télévision nationale, référence faite au communiqué du colonel Bamba. Ce même jour du 17 septembre 2015, le chef de corps a convié les hommes à un rassemblement. Au cours de cette rencontre, le chef de corps a dit aux soldats qu’il y avait des problèmes en ville parce qu’il y a des exactions. Pour y remédier, il fallait maintenir les hommes et le matériel roulant au camp. Sauf que dans la nuit du 16 septembre, les magasins contenant les armes et les véhicules avaient été cassés par certains éléments incontrôlés. Le 19 septembre 2015, le capitaine Zoumbri se souvient avoir reçu l’ordre du chef de corps d’aller accueillir le capitaine Gaston Seydou Ouédraogo de retour de mission en hélicoptère et de le convoyer jusqu’à l’Etat-major particulier. Ce qu’il a fait puisque cela relève de ses missions régaliennes. Etant au four et au moulin, il apprendra par la suite que le président sénégalais, Macky Sall, veut rencontrer, le 20 septembre 2015, les soldats de l’ex-RSP. Une fois dans la salle où la rencontre devait se tenir, il se rend compte que l’arrivée de l’émissaire de la CEDEAO tardait. Il prend attache avec celui qui était chargé d’assurer sa sécurité et apprend que deux groupes, anti et pro putsch, étaient en train de s’affronter devant l’hôtel Libya où était logé le président sénégalais et que le service de sécurité du président sénégalais avait même proposé de le faire sortir par l’arrière de l’hôtel. « Pas question », avait répondu le capitaine qui s’était rendu sur les lieux. C’est ainsi qu’il a décidé de repousser les manifestants en vue de faire sortir le président sénégalais par la sortie officielle de l’hôtel Libya. Il réussit cet exercice avec brio, confie-t-il. Et comme le malheur n’arrive pas seul, il apprend, le même jour, que la poudrière de Yimdi a été attaqué et qu’il y a eu mort d’homme. « C’est bien plus tard que nous avons appris que les autres troupes des garnisons à l’intérieur du pays faisaient mouvement vers Ouaga », a relaté le Capitaine Zoumbri. Toujours selon sa narration des faits, les soldats de l’ex-RSP n’étaient pas tout à fait d’accord avec le communiqué final qui leur a été communiqué à l’issue de la rencontre avec les chefs d’Etat de la CEDEAO. En effet, a-t-il dit, sur cette fiche, il était inscrit « Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) ». Réinsertion suppose que des éléments s’étaient rebellés alors que le RSP était toujours une partie intégrante de l’armée burkinabè. Pourquoi intégrer des éléments d’une même armée ?, s’était interrogé l’officier. Mais ils ont accepté cette fiche malgré eux. C’est au moment où les militaires chargés de procéder au désarmement, ont été stoppés par des éléments incontrôlés de l’ex-RSP. Il s’agit, entre autres, de Nafion Abdoul Nébié, Ollo Poda, Mohamed Zerbo. Ces éléments se sont même permis de l’insulter, le 26 septembre 2015, au rassemblement, parce qu’ils estimaient qu’il était un traître. Face à ce souvenir douloureux, le capitaine Zoumbri n’a pas pu s’empêcher de fondre en larmes à la barre. Il observe un petit arrêt et reçois quelques mots de son avocat à l’oreille, avant de poursuivre. A l’en croire, malgré ses multiples explications aux soldats afin de leur faire comprendre que tout est fini et qu’il fallait laisser le désarmement se poursuivre, ces derniers ont continué à obstruer le processus. Il a été obligé d’organiser deux rassemblements, le 27 septembre 2015, un au camp à Ouaga 2000 et un autre au Conseil de l’entente, pour dire aux éléments de ne pas s’opposer au désarmement. Mais il a butté contre leur refus. Face au refus et aux injures de ses subalternes, il a donc décidé de rentrer chez lui à domicile et de laisser tomber. Etant chez lui, il a entendu les bruits d’une moto. Il active son réseau de renseignement qui l’informe que c’est le sergent-chef Laoko Mohamed Zerbo qui demande à ses frères d’armes de ne pas désarmer. Le même soir, les soldats ont demandé un rassemblement. Ils ont été surpris parce qu’habituellement, ce sont les officiers qui convoquent les rassemblement et non les soldats du rang. Une fois à ce rassemblement, le Général Diendéré a invité les soldats à déposer les armes et leur a demandé de ne pas s’opposer au désarmement. C’est finalement le 29 septembre 2015 qu’un officier l’a informé que le Conseil où il était depuis la veille, est entouré de militaires venus des autres garnisons du pays. C’est ainsi qu’il a demandé à ses hommes de se mettre en tenue civile et de regagner leurs domiciles. Quelques instants plus tard, il a été arrêté devant le Conseil de l’entente.

« On mettait la queue entre les pattes, on appelait le sergent-chef Roger Koussoubé et il nous aidait »

Après la pause déjeuner, qui dure une heure, l’audience reprend avec le capitaine Oussène Zoumbri à la barre, celui-là même qui aurait échangé des messages téléphoniques, pendant les évènements, avec le lieutenant Jacques Limon. L’accusé est aux mains du parquet militaire. Celui-ci porte à la connaissance du capitaine Zoumbri, certains messages qu’il aurait échangés avec le lieutenant. Mais le capitaine fait comprendre au ministère public, qu’il n’a pas envoyé de messages au lieutenant Limon. « Je suis arrivé au camp entre 16h et 17h et je n’ai pas eu le temps d’envoyer ces messages », dit-il. Dans l’un de ces messages, il était question d’envoyer des gens faire taire des radios qui livraient des messages de résistance au putsch. « Moi, officier, avec toutes les études que j’ai eu à faire, je ne suis pas assez idiot pour envoyer des gens arrêter un radio », réponse du capitaine Zoumbri. Et pourtant, « le lieutenant Limon a reconnu avoir échangé avec vous, mais c’est votre droit le plus absolu de dire que cela a été monté de toute pièce», réplique le parquet qui poursuit dans son interrogatoire. Relativement à la déclaration du CND, le parquet demande à l’accusé : « De vos attributions au RSP, étiez-vous habilité à amender des déclarations ? » Le capitaine répond par la négative mais le ministère public rafraîchit sa mémoire en lisant le procès-verbal dans lequel il a dit : « J’ai vu le nom de Blaise Compaoré. J’ai été son aide de camp et je n’appréciais pas du tout ce qui a été dit à son encontre ». Même après cette lecture, le capitaine Zoumbri dit n’avoir pas amendé la déclaration en question. Il a par ailleurs relevé qu’à un moment donné, les officiers avaient du mal à s’imposer à cause d’un petit groupe, celui composé de Roger Koussoubé, Ali Sanou, Stanislas Ollo Poda, Djerma Ousmane, Boureima Zouré et autres, qui ne répondait plus aux ordres. Pour appuyer ses propos, il raconte que des soldats ont enfermé un officier dans son bureau et c’est après négociation que celui-ci a été libéré mais dans « un sale état ». « Il n’y a eu aucune sanction à l’encontre de ces sous-officiers », informe le capitaine qui poursuit en affirmant que « quand le capitaine Abdoul Aziz Korogo a pris le commandement, le RSP était en déliquescence et il fallait qu’on casse le petit groupe qui menait la danse. Mais personne n’a rien fait jusqu’à ce que les choses se passent ainsi ». Pour montrer à quel point cette déliquescence était avancée, le capitaine confie que durant l’une des nombreuses crises que le RSP a traversées, et pendant qu’il était au Maroc, les éléments qui étaient considérés comme des irréductibles avaient en projet de lancer des roquettes sur le domicile du capitaine Dao et que s’il en reste ils viendront en lancer sur le domicile de l’accusé. Pour démêler certaines situation, « on mettait la queue entre les pattes, on appelait le sergent-chef Roger Koussoubé et il nous aidait », déclare le capitaine Zoumbri. Des déclarations qui ne laissent pas de marbre le parquet qui cherche à connaître la personne qui protégeait ces éléments pour qu’ils soient dans cet état d’indiscipline. « Ce n’était pas moi, ni le commandant Korogo, portez-votre regard au-dessus de nous », répond le capitaine Zoumbri qui finit par s’exprimer en proverbe : « Celui qui voyage sur le dos de l’éléphant n’a pas à craindre la rosée ». Le proverbe rendait-il les choses plus claires pour le parquet ? Non, puisque celui-ci demande : « Le Général Diendéré était-il l’éléphant ? » A cette question, l’accusé répond par une autre question : « Me demandez-vous d’accuser frontalement le Général ? » Finalement, le nom de « l’éléphant » ne sera pas dévoilé car le juge intime au parquet de passer à d’autres questions. Du reste, le capitaine Oussène Zoumbri fait remarquer que le démantèlement du RSP n’a pas été fait dans les règles de l’art, « les registres ont disparu et il est actuellement difficile de dire qui a fait quoi ». En tout état de cause, Me Nion, avocat de l’accusé, remet en cause le rapport d’expertise portant sur les messages téléphoniques et autres. Il observe qu’il a voulu demander une contre-expertise mais vu que l’expertise a coûté 600 millions de F CFA, ils étaient matériellement démunis pour le faire. En dépit de cela, Me Nion déclare qu’il n’y a pas de preuve tendant à asseoir la complicité reprochée à son client. A l’entendre, l’attentat à la sûreté de l’Etat n’est pas une infraction continue. C’est une infraction instantanée. Pour appuyer ses propos, il se fonde sur les hautes juridictions françaises, selon lesquelles « l’acte de complicité doit être antérieur à l’infraction ou être concomitant », sinon, si les actes viennent après, on n’est plus dans la complicité, appuie l’avocat. Du reste, il estime que ce sont le parquet militaire, le ministre de la défense qui sont les complices puisqu’ils étaient au courant de ce qui se passait, mais ils n’ont rien fait. Pour ce qui est de l’instantanéité de la complicité Me Pierre Yanogo, avocat des parties civiles, il dit ne pas être d’accord avec Me Nion parce que « l’infraction n’est pas consommée essentiellement avec l’enlèvement des autorités. Elle est consommée après la déclaration du CND ». Il faut noter que le capitaine Zoumbri dit avoir vu le document qui est devenu plus tard la déclaration du CND sur le bureau de son chef de corps. Avant que l’audience ne soit suspendue, l’accusé fait remarquer que le RSP n’était pas mauvais dans son ensemble, parce que ce régiment avait à son actif de hauts faits qui n’ont pas été divulgués. A l’entendre, « en dissolvant le RSP, à cause d’une minorité, on a jeté le bébé avec l’eau du bain ». Comme quoi, conclut-il, « l’arbre qui tombe, fait plus de bruit que la forêt qui pousse ».

Françoise DEMBELE et Issa SIGUIRE

 

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