PROCES DU PUTSCH MANQUE : L’adjudant Jean Florent Nion reconnaît en partie les faits

PROCES DU PUTSCH MANQUE   :  L’adjudant Jean Florent Nion reconnaît en partie les faits

L’audition de l’adjudant  Jean Florent Akowè Nion a essentiellement occupé parquet militaire, tribunal, avocats de la partie civile et de la défense, de 9h à 13h, dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. A la différence des militaires accusés qui ont nié les faits à eux reprochés, l’adjudant Jean Florent Akowè Nion est resté constant et fidèle à ses propos lors de l’instruction et des enquêtes préliminaires. Il a dit sa part de vérité dans ce qui est arrivé le 16 septembre 2015, reconnu des faits, forgeant l’admiration du parquet, de la partie civile ainsi que la défense.

 

Les auditions  des accusés du côté de la salle des Banquets de Ouaga 2000 ont commencé dans la matinée du 3 juillet, avec l’examen de la demande de mise en liberté provisoire adressée par Ousseni Fayçal Nanéma au tribunal. L’intéressé qui a toujours demandé sa mise en liberté provisoire, a raconté à la barre les péripéties qui ont fait qu’il n’a pas pu obtenir jusque-là son certificat médical.  Pour le parquet militaire, en l’absence du certificat médical, la demande de mise en liberté provisoire de l’accusé est inopportune et manque de base légale, d’autant plus que les débats au fond ont commencé dans l’affaire du putsch manqué de septembre 2015. La réponse à cette requête devrait être connue ce mercredi, selon les confidences du président du tribunal. Lorsque Jean Florent Nion est arrivé à la barre, les chefs d’accusation lui ont été rappelés par le président du tribunal : attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline, coups et blessures volontaires. « Reconnaissez-vous les faits ? », a demandé le président du tribunal. « Oui, partiellement », a dit en réponse l’accusé qui a indiqué qu’il était de garde le 15 septembre pour 48 heures et devait descendre le 17 septembre 2015 de sa garde. Selon ses allégations, ce sont le Major Eloi Badiel et Roger Koussoubé qui lui ont donné l’information selon laquelle le Général Gilbert Diendéré a donné instruction de faire un coup d’Etat. « J’ai eu peur ; il fallait décider sur-le-champ », a confié l’adjudant qui a dit avoir alors envoyé un texto au Général qui disait en substance ceci : « La dernière fois, vous avez promis de me rappeler, … sans suite. Cette fois-ci, c’est sérieux ». Le Général lui aurait dit en réponse qu’il était à la maison. L’adjudant qui était affecté à la garde du chef de l’Etat, a dit avoir été voir le Général pour vérifier l’information et celui-ci l’a reçu. Quand il lui a demandé, le Général, en réponse, a demandé si ce n’était pas encore fait. C’est après cela que l’adjudant est allé confier au Major Badiel que « l’information semble fiable, le Grand est au courant ». Plus tard, lorsqu’un véhicule est venu stationner devant son bureau, c’était pour qu’il embarque en direction de la salle du Conseil des ministres. Il a soutenu que l’adjudant-chef Moussa Nébié lui a demandé d’accéder à la salle du Conseil des ministres. Pour amener le président de la Transition, Michel Kafando, l’adjudant-chef lui aurait dit : « On est attaqué, on vous amène en lieu sûr ». A suivi ainsi, le Premier ministre d’alors, Yacouba Isaac Zida. Jean Florent Nion confie qu’on lui a ensuite demandé d’interpeller les ministres Loada et plus tard, René Bagoro. Ce qu’il a fait, alors même qu’il ne les connaissait pas avant de rejoindre son poste. Ces autorités ont été conduites au palais, la résidence du chef de l’Etat. Après ce témoignage, le parquet militaire n’a pas manqué de louer l’adjudant Nion qui, selon le parquet, a dit et assumé ses propos en commission rogatoire avec les gendarmes et au cours de l’instruction avec le juge. « A quel corps appartenez-vous ? », a voulu savoir un des magistrats du parquet. « Le groupement de l’unité spéciale », a dit l’adjudant Nion. Et le juge de demander encore : « Quelles sont les attributions du Groupement de l’unité spéciale ? » « La protection du chef de l’Etat », a répondu l’adjudant Nion. Quand vous disiez au Général « cette fois-ci c’est sérieux », cela suppose qu’il y a eu des antécédents. Qu’en dites-vous ? A cette question du magistrat du parquet, l’adjudant Nion a dit que le militaire est muet, d’où l’expression « la grande muette » et a estimé qu’il faut que les chefs militaires viennent pour qu’ils en parlent. Mais, plus tard, il a confié qu’il y a eu des précédents en ce sens que l’ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida (membre de l’ex-RSP) a créé la division au sein du RSP, a infiltré le corps du RSP avec des jeunes sans numéros du RSP qu’il a instrumentalisés, dotés de véhicules de dernières séries et d’argent. « Pourquoi n’avez-vous pas informé le capitaine Abdoulaye Dao, chef du Groupement de l’unité spéciale ou le chef de corps, lorsque le Major Badiel et l’adjudant-chef Koussoubé Roger vous ont informé qu’il fallait faire un coup d’Etat », a insisté le magistrat ? « Je ne pouvais pas le faire », a réagi l’adjudant. L’interrogatoire continue en ces termes, avec un adjudant-chef un peu détendu : « Avez-vous exécuté des ordres ou agi d’autorité ? » « J’expose les faits, c’est à vous d’analyser », a-t-il dit en réponse. Il a confié avoir, au carrefour de la télévision « BF1 », tiré des rafales en l’air pour disperser les gens, mais ne portait pas d’arme quand il s’était rendu à l’hôtel Laïco pour rencontrer les précurseurs du président sénégalais, Macky Sall.

Un début de soulagement pour la partie civile ?

 

Me Blaise Paradié, un avocat de la défense, a demandé à l’accusé ce qui l’a motivé quand le Général lui a confié avoir instruit le coup. « Je n’avais plus d’autre choix que de retourner au camp et donner le message », a-t-il répondu. « Pourquoi n’avez-vous pas rendu compte à vos autorités, au Chef d’état-major particulier de la présidence, au capitaine Dao ? » A cette question du parquet, l’avocat de l’accusé, Me Adrien Nion, a réagi en indiquant que le tribunal n’est pas saisi du dysfonctionnement du RSP et ces questions n’ont pas de lien avec les faits reprochés à son client. Certains avocats de la partie civile, tels Me Prosper Farama, Me Guy Hervé Kam, à l’image du procureur militaire, ont admiré la franchise de l’adjudant Nion qui est resté cohérent, à leurs yeux. Pour Me Kam, quand on écoute l’adjudant Nion, on retient 2 choses : un homme qui s’assume avec honneur et un début de soulagement pour la partie civile de voir un homme qui dit ce qu’il a fait. Il s’est inquiété pour l’adjudant Nion et a estimé qu’il faut peut-être que des dispositions particulières soient prises pour que le procès puisse se poursuivre avec la même détermination à dire la vérité. Pour Me Mathieu Somé, avocat du Général Diendéré, celui-ci n’était plus chef dans le RSP, et s’est demandé comment il pouvait alors donner des instructions. Pour le parquet, même si le Général n’avait pas de responsabilité dans le RSP, ce corps reste son corps de rattachement et aux rassemblements, c’était à lui que les honneurs militaires étaient rendus. Pour trouver solution à la crise que traversait le RSP, les militaires ont rencontré le Général Pingrenoma Zagré, ex-Chef d’Etat-major général des armées, qui leur a fait savoir que les problèmes le dépassent. Le président de la Transition, saisi, a fait des promesses qui n’ont pas été suivies d’actes, sauf qu’il a remplacé le ministre de la Sécurité d’alors, Auguste Denise Barry, par un homme au goût des membres du RSP. Une rencontre a eu lieu avec les sages, à cet effet, à savoir les religieux, catholiques, protestants et  musulmans, l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo et le Général Diendéré qui a introduit les échanges, selon l’adjudant Nion. Interrogé sur les conclusions de ladite rencontre, il a dit n’en avoir rien su. C’est aux environs de 13h que le président du tribunal a suspendu l’audience pour 1h 30 mn. En plus du soldat Jean Florent Nion, le caporal Sami Dah, élément du Groupement des unités spéciales (GUS) de l’ex-RSP,   a été appelé à la barre. Il lui est reproché, approximativement, les mêmes chefs d’inculpation que les autres accusés dans ce procès.  « Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? », a interrogé le président du tribunal, Seidou   Ouédraogo. « Non, je ne reconnais pas les faits qui me sont reprochés », a répondu le caporal Sami Dah.   Le 16 septembre 2015, il était dans une maison de l’ex-Première dame sans la nommer, sise au quartier Koulouba de Ouagadougou, lorsque le sergent-chef Roger Koussoubé l’a appelé pour lui dire d’aller   rapidement au palais. Une fois au palais, il a   vu des véhicules stationnés mais déjà en marche.  C’est ainsi qu’une voix l’a interpellé, lui demandant de laisser sa moto et de monter à bord pour la présidence. Il est alors monté à bord d’un des véhicules pour se rendre à la Présidence.    Il dit être resté devant la porte. Malgré les multiples questions du juge, des avocats de la partie civile, il a nié être entré dans la salle du Conseil des ministres. Néanmoins, il a reconnu avoir été au Conseil de l’entente, précisément au domicile du Général Diendéré. Là, a-t-il confié, le Général est sorti pour monter à bord d’une des voitures et ils sont allés au camp Naaba Koom 2. C’est après cette étape que sa hiérarchie lui a demandé d’assurer la sécurité du Général Diendéré. Ce qu’il a fait jusqu’au jour de son arrestation, le 20 septembre 2015. « Vous assuriez la sécurité de Diendéré en tant que qui ? », a interrogé Me Yanogo, avocat de la partie civile. Il n’en fallait pas plus pour que le caporal Sami Dah   soit à nouveau sur les nerfs, allant jusqu’à interpeller directement l’avocat qui lui a posé la question.  Pris de court, son avocat, Me Arnaud Sampebré, fut obligé de lui dire à voix basse qu’il n’est pas permis d’interpeller directement un avocat puisqu’il représente l’une des parties. Face à cette situation, le président du tribunal fut obligé de suspendre l’interrogatoire pour permettre à l’avocat et à l’accusé de se concerter.

 

Lonsani SANOGO et Issa SIGUIRE

Avocats de la défense et de la partie civile s’expriment

 Me  Farama

 « Nous sommes déjà dans la logique de la révélation de la vérité»

 «Nous savions que sur les 80 inculpés, il y aurait  des gens  qui seraient dans la négation et des gens qui  seraient dans le sens  de la vérité et c’est ce qui a commencé aujourd’hui. Nous sommes déjà dans la logique de la révélation de la vérité. Ce que le sergent Naon a dit depuis ce matin, met sur la voie quelque chose d’assez rassurant.  (…)  La défense ne pourra pas parler d’une même voix parce que tous n’ont pas la même responsabilité et il est évident que tous ne sont pas prêts à assumer de la même façon.  Au fur et à mesure que nous avançons, il est certain que certains d’entre eux assumeront leurs actes, et d’autres les nieront. Mais de toute évidence, au fur et à mesure qu’on avance, on voit ceux qui disent la vérité et ceux qui essaient de mentir.  On pourra tirer les conséquences de tous les propos que chacun aura à tenir devant la juridiction et à la fin, les conséquences définitives seront tirées par la juridiction, selon les peines qui seront attribuées ou les acquittements qui seront prononcés.  Dans le contexte dans lequel nous nous situons, il n’est pas évident, pour un élément du RSP, de venir devant la barre et dire de façon claire et nette, des choses qui mettent en cause ses anciens camarades. »

 

 

Me Arnaud Sampebré, avocat de la défense

 « Les procès-verbaux qui ont été établis ne valent qu’à titre de simples renseignements »

 « (…) J’ai senti qu’il interpellait un confrère de la partie civile.  Je lui ai dit que dans les règles de notre profession, on n’interpelle pas directement un avocat parce qu’il ne fait que représenter une partie. Il ne fait pas partie au procès. On ne s’adresse pas directement   à lui en tant qu’avocat, mais la personne qu’il représente.  Vous avez vu l’allure que l’interrogatoire a prise. La partie civile s’est sentie offusquée parce qu’elle n’entendait pas ce qu’elle voulait entendre.   Ils ont jeté des fleurs à celui qui est passé avant lui, parce qu’il disait des choses qu’ils voulaient entendre alors que nous sommes là pour dire la vérité et non pour   faire plaisir à quelqu’un. (…) De toute façon, les procès-verbaux qui ont été établis, ne valent qu’à titre de simples renseignements.  C’est devant la barre que tout va se dire et se discuter de façon contradictoire. Le parquet a le dossier depuis bientôt 3 ans.  Ils ont eu le temps de mettre le dossier en état et de réunir leurs éléments.  Qu’ils sortent les éléments. Ils n’ont pas à se contenter des aveux. Qu’ils sortent les éléments et nous allons les discuter. »

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