PROCES DU PUTSCH MANQUE : « Le camp Naba Koom II n’était pas vide au moment de l’assaut » dit le Col-major Théodore Palé

PROCES DU PUTSCH MANQUE :    « Le camp Naba Koom II n’était pas vide au moment de l’assaut » dit le Col-major Théodore Palé

Le vendredi 15 février 2019, le colonel-major Naba Théodore Palé, l’adjoint du chef d’Etat-major général des armées au moment des faits, a poursuivi son témoignage débuté deux jours plus tôt. Dans sa déposition, il a évoqué, entre autres, le bombardement du camp Naaba Koom II et le contexte dans lequel la hiérarchie militaire a dû prendre certaines décisions qui ont été jugées comme étant une « complicité » du point de vue de certains avocats de la défense.

 

Le colonel-major Naba Théodore Palé nie toute complicité de la hiérarchie avec le Conseil national pour la démocratie (CND) pendant le coup de force de septembre 2015. Donc, « se rendre à l’aéroport avec le président du CND pour accueillir n’était pas une manière de cautionner le coup d’Etat ? », interroge Me Olivier Yelkouny. Le témoin, Théodore Palé, répond par la négative et s’explique en ces termes : « c’était de notre devoir d’aller accueillir les étrangers comme il se doit ». Et pour ce qui est de l’assaut du camp Naaba Koom II, le témoin affirme que la situation était problématique : « Nous avons très peu dormi en ces temps et nous étions de toutes les tractations pour trouver une solution ». Il ajoute même que c’est « à leurs corps défendant, le cœur saignant, qu’ils ont utilisé l’armement contre des frères d’armes ». Même si le chef d’Etat-major général adjoint au moment des faits fait comprendre que « le camp Naaba Koom II n’était pas vide au moment de l’assaut », il dit cependant qu’ils ont visé de telle sorte qu’il n’y ait pas de morts. Une affirmation que Me Zanliatou Aouba conteste. Elle martèle à l’endroit du témoin : « vous avez bombardé un camp qui était déjà vide ». Et elle justifie ses propos par le fait qu’il n’y avait pas un matériel assez intelligent pour faire zéro mort. Du reste,  l’avocate  dénonce la position ambiguë de l’Armée qui ne s’est pas désolidarisée clairement du coup de force de septembre 2015. Et elle évoque même la complicité en ce sens que, ce que la hiérarchie militaire a posé comme acte au moment des faits, allait dans le sens de la consolidation du coup d’Etat.  Sur ce, le président du tribunal suspend l’audience pour la pause de midi. A la reprise de l’audience, le soir, la parole est au général de brigade Gilbert Diendéré, qui « confirme que le camp était vide lors du bombardement ». Et il ajoute même que l’avion d’observation a dit que le camp était vide. « Mais si on ne bombarde pas, qu’est-ce qu’ils vont dire aux civils ?», épilogue le général qui avance que peut-être que c’est lui qu’on visait pour ne pas qu’il vienne dire que la hiérarchie militaire était consentante pendant le coup d’Etat. Une déclaration qui fait presque sursauter le parquet : « Nous sommes surpris de cette déclaration du général ». Et le parquet de faire une lecture du procès-verbal dans lequel le général a affirmé que quand on a dit que le bombardement n’a pas fait de morts, il n’y croyait pas. Du reste, le parquet dit que quel que soit ce que le général va dire sur la hiérarchie militaire, cela ne le déchargera pas de sa responsabilité, d’autant plus que la hiérarchie militaire n’a pas été poursuivie ni impliquée. Le général assure qu’il n’est pas là pour accuser individuellement les membres de la hiérarchie militaire. Tout compte fait, Me Séraphin Somé demande au général quel bénéfice il tire de l’implication de la hiérarchie. Celui-ci confie qu’il ne cherche aucun bénéfice, mais « je veux que les gens connaissent la vérité ». Relevant le fait qu’il est promotionnaire avec la plupart des membres de la hiérarchie militaire, le Général dit ne pas souhaiter qu’ils coulent avec lui. Mais « je veux que ceux qui sont dans le box des accusés soient libérés. Sinon, il n’en veut pas de façon  individuelle aux membres de la hiérarchie, mais à la structure ». Me Séraphin Somé, avocat des parties civiles, reprend la parole et pointe d’un doigt accusateur le général : « c’est vous qui avez foutu la merde à ses jeunes-là. C’est vous qui avez détruit leurs vies et leurs carrières ». Et il ajoute, « mon général, je vous souhaite d’être courageux comme un général ». Et le général de répondre à Me Somé : « Le courage, je l’ai, j’assume mes actes pleinement. Vous n’êtes pas à la hauteur pour me le dire. Je suis suffisamment responsable ». L’audition des témoins se poursuit le lundi 18 février 2019.

Françoise DEMBELE

 

 

 

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