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PROCES DU PUTSCH MANQUE « Le coup d’Etat du 16 septembre est salvateur », dixit Me Mamadou Sombié

Au Tribunal militaire de Ouagadougou, le Général de brigade Gilbert Diendéré a débuté sa 3e semaine à la barre. Il est accusé d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures, incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline militaires et trahison. L’audience du 10 décembre a été ponctuée par les interventions des avocats de la défense. Si les uns sont convaincus par la sincérité des propos du Général, les autres pensent que les évènements du 16 septembre et jours suivants ont été « salvateurs ».

« Si c’était un coup d’Etat organisé, je ne pense pas que j’aurais fait de la sorte. Je n’aurais pas eu besoin de convoquer la hiérarchie pour demander ce qu’il faut faire. Je serais allé directement à la RTB faire ma déclaration d’autant plus que je n’habite pas loin de là ». Des propos du Général qui veut être le plus convainquant à la barre. En tout cas Me Zanliatou dit avoir été convaincue par le récit des faits du Général et elle se justifie : « du moment où le chef d’Etat-major général des Armées dit qu’il n’était pas au courant de ce qui se passait, je ne sais pas comment le Général serait au courant puisqu’il n’était pas à la tête du renseignement ».  Il est à noter que Me Aouba est le conseil de Sidi Lamine Oumar, celui qu’on accuse d’avoir tenté de prêter main forte au Général en lui fournissant des « terroristes ». Pour ce qui est de son client, Me Aouba dit dans les procès-verbaux, que le numéro attribué à son client est aussi enregistré au nom d’un certain Antoine Kalmogo. Et elle ajoute : « Mon client n’a jamais été dépossédé de son portable pour une expertise quelconque. Ou est-ce qu’on a donc eu son téléphone pour extraire les messages qu’il aurait envoyés au Général ? ». Une question certainement adressée à l’expert. « C’est noté, l’expert viendra répondre en temps opportun », intervient le président du tribunal, Seidou Ouédraogo. Parlant de messages téléphoniques, Me Jean Degli s’insurge contre le fait que l’instruction n’a pas pris en compte les sms que le Général a reçus avant le 16 et du fait que le téléphone du Général a disparu pendant un certain nombre de jours. A l’entendre, l’instruction a été faite à charge. Et le Général d’appuyer : « Le travail n’a pas été fait convenablement. Même si on dit n’avoir pas retrouvé mon téléphone, on aurait pu contacter la société de téléphonie mobile pour retrouver les messages ». Le Général semble avoir gros sur le cœur à propos de ces messages qui proviendraient de son téléphone portable. Il désapprouve le fait que le juge d’instruction a refusé de tenir compte des sms qu’il a reçus avant le 16 septembre : « le juge d’instruction m’a dit qu’avant le 16, cela ne le concerne pas et que son enquête commence à partir du 16 ». Tout compte fait, Me Mathieu Somé, l’un des avocats du Général, met en garde le parquet qu’il accuse de vouloir « mettre des choses dans la tête du tribunal », pour ce qui est de la culpabilité de l’ancien chef d’Etat-major particulier de Blaise Compaoré. Et il martèle : « On attend du parquet qu’il convainque par des preuves et non qu’il donne son intime conviction ». Quant à Me Idrissa Badini, il surfe sur l’implication de la hiérarchie militaire qui, selon l’avocat, a même insinué que « si le coup d’Etat ne marche pas, c’est la honte de l’armée ». Et selon l’avocat, quand la hiérarchie se propose d’assurer le maintien de l’ordre, c’est une façon de « promettre de sécuriser le coup d’Etat ». Me Idrissa Badini s’insurge contre le parquet qui « défend la hiérarchie militaire ». Si cela continue ainsi : « la justice militaire ressemblera à ce serpent qui ne mord que ceux qui sont déjà à terre. En vérité, ils sont nombreux à être dans le box des accusés par le fait du hasard », déclare-t-il. Et Me Mamadou Sombié d’enfoncer le clou en affirmant qu’il ne pense pas que les balles qui ont tué ou blessé soient tirées par ceux qui sont dans le box des accusés. Et pour lui, il y avait « des mains noires, des personnes qui voulaient faire porter le chapeau au RSP ». Du reste, Me Mamadou Sombié estime que « le coup d’Etat du 16 septembre est salvateur » parce que, « même s’il y a eu des dégâts collatéraux, n’eût été ce coup de force, on serait peut-être dans une Transition avec le colonel Zida ». Qu’à cela ne tienne, pour une manifestation de la vérité, Me Bertin Kiénou a demandé une confrontation entre son client, le major Eloi Badiel et le Général Gilbert Diendéré. Celui-ci a fait savoir au tribunal qu’il ne trouve aucun inconvénient à être confronté à qui que ce soit : « Je n’ai pas peur des confrontations », ajoute-t-il.

Françoise DEMBELE

 

*Le coup d’Etat revu par Me Sombié

Dans la soirée du 10 décembre, Me Sombié est intervenu pendant une vingtaine de minutes. Et à propos des évènements du 16 septembre et jours suivants il a dit ceci : « Si le Général était venu me consulter en tant qu’avocat je lui dirais de ne pas arrêter le Président du Faso parce que s’il arrête le Président, c’est un attentat à la sûreté de l’Etat. Je lui dirais d’interrompre le Conseil des ministres et d’amener le Président du Faso dans une salle où il fera venir la télévision afin qu’elle montre qu’il est en bonne santé et qu’il n’est pas séquestré. Par contre, celui qui est une menace, (une allusion au Premier ministre Zida), amenez-le quelque part, donnez-lui si nécessaire des baffles, pour qu’il passe aux aveux ». A la fin de son intervention, il a pris le soin de préciser : « C’est un exemple, mais je ne dis pas aux gens de le suivre ».

*Quand le parquet militaire et la défense se lancent des … flèches

Tout ne se passe pas sans accrochages au Tribunal militaire de Ouagadougou. En effet, Il arrive qu’il y ait des incompréhensions entre les différentes parties au procès. Pour ne pas dire qu’il arrive qu’elles se lancent des pics, on dirait même plus, qu’elles décochent des flèches les unes contre les autres. Le 10 décembre 2018, l’un des avocats du Général, Me Jean Degli du Togo, a fait comprendre que le parquet militaire a eu des propos discourtois à son encontre quand il a voulu produire une pièce au dossier, notamment le croquis de la salle où s’est tenue la réunion avec la hiérarchie, qui selon le parquet représente un point sensible. Il a dit être offensé par l’attitude du ministère public d’autant plus qu’au cours de ses 30 ans de service il a eu à plaider plusieurs fois devant un Tribunal militaire sans subir de tels propos discourtois. « Nous n’avons pas injurié Me Degli, c’est plutôt lui qui nous a insultés en premier en parlant « d’errements de procédure », est intervenu le parquet qui poursuit qu’à propos d’exercice de la fonction si chacun devait parler de son expérience professionnelle on ne va pas quitter ici. Contre toute attente, l’accusé, le Général Diendéré réplique : « Je me suis senti injurié dans cette affaire parce que c’est moi que Me Degli défend. Le parquet a dit que le croquis représente un point sensible, mais que dire des écoutes qui se sont retrouvées sur Internet avant d’être versées dans le dossier ? » Heureusement qu’il y a le président du tribunal qui réussit toujours à calmer les différentes parties et à ramener la sérénité dans les débats.

Rassemblés par FD

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