PROCES DU PUTSCH MANQUE «Pour pouvoir dire directement « non » au Général, il fallait que je sois sûr de ma force» (Commandant Aziz Korogho)

PROCES DU PUTSCH MANQUE  «Pour pouvoir dire directement « non » au Général, il fallait que je sois sûr de ma force» (Commandant Aziz Korogho)

L’audition du commandant Aziz Korogho s’est poursuivie devant le Tribunal militaire le 6 novembre 2018. L’accusé a dû répondre à une série de questions des avocats de la partie civile et de la défense toute la journée durant. Il est poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires sur 42 personnes. Ce qu’il ne reconnait pas.

Lorsque Me Awa Sawadogo de la partie civile demande au commandant Aziz Korogho si le lieutenant Zagré, en mission de maintien de la paix au Mali, en permission pendant les évènements, peut être considéré comme un des hommes à ses ordres, il répond par l’affirmative. Elle veut savoir si la mission que le lieutenant Zagré a faite au Togo pour chercher du matériel de maintien d’ordre n’est pas un appui au pouvoir du CND d’alors, le commandant précise que c’est un acte militaire. Pour Me Guy Hervé Kam, le commandant est un officier qui ne fuit pas les fautes qu’il a pu commettre, un officier qui fait honneur au statut d’officier, qui s’assume et assume sa responsabilité. Toutefois, l’avocat fait remarquer que le commandant se garde de dire des choses qui seraient dérangeantes pour ses subordonnés. Sur le fait que des sous-officiers se réunissaient au sein du RSP à l’insu des chefs, l’avocat veut savoir si cela l’a inquiété. « Oui », répond-il, indiquant avoir signifié à son chef hiérarchique, le Chef d’Etat-major particulier de la présidence, que cela était un style de commandement auquel il ne pouvait pas adhérer. A propos de la rencontre avec la délégation des chefs d’Etat de la CEDEAO où les capitaines Dao et Zoumbri ont pris la parole en présence des chefs militaires, le commandant confie avoir appelé les deux officiers après pour leur signifier qu’ils n’auraient pas dû s’exprimer à l’occasion. Des faits qui font dire à Me Kam que si on considère le RSP comme une milice, on n’a pas trop tort. Une qualification que le commandant refuse, relevant que le RSP a été créé en 1996 par le président du Faso. « Je ne crois pas que le président du Faso prend un décret pour créer une milice », mentionne-t-il à l’intention de Me Kam. Me Farama, après quelques questions posées à l’accusé, fait observer que celui-ci ménage ses hommes de peur qu’on le qualifie de traître. Il apprécie néanmoins le fait que le commandant, à l’annonce du coup d’Etat du CND, a dit à ses hommes de rester militaires face à la politique. « Quand quelqu’un prend un Chef d’Etat en otage, comment le qualifiez-vous ? », demande Me Farama. « L’arrestation des autorités, c’est l’échec de ma mission », dit le commandant en réaction. Et Me Farama de rectifier : « politiquement, cela est un putsch, un attentat à la sûreté de l’Etat, juridiquement ». L’avocat demande la signification de la demande du Général quand celui-ci a annoncé la nouvelle de l’arrestation des autorités de la Transition : « je vous demande de m’accompagner ».
« L’accompagner dans l’aventure de la prise d’otage », laisse-t-il comprendre

« Ceux qui sont dans le box des accusés sont ceux-là qui n’ont pas de force »

Me Farama indique que le commandant aurait pu demander au Général
pourquoi les autorités ont-elles été arrêtées. « Je n’ai pas posé la question parce que le pourquoi importe peu ; elles ne devaient pas être arrêtées », dit-il. En observation, l’avocat fait observer que « ce qu’on nous vend depuis le début du procès est archi-faux, ce sont les officiers qui ont créé une situation pour ensuite chercher à impliquer les hommes ». Quand le commandant dit avoir fait une appréciation militaire et non politique dans l’exécution de certains ordres, Me Farama veut savoir s’il répond militairement au Général Diendéré quand celui-ci lui demande d’aller sécuriser la place de la Nation. « Est-ce qu’en disant aux hommes de rester professionnels il y a eu quelque chose de mauvais ? », rétorque le commandant. « Le Chef d’Etat-major général des Armées sait, à partir de la déclaration du CND, qu’il y a un coup d’Etat, mais il m’a dit de rester et m’a confié des missions », ajoute-t-il. Lorsque l’arrivée des militaires des autres garnisons pour attaquer le RSP est annoncée, le commandant informe le Chef d’Etat-major de l’armée de terre (CEMAT) en ces termes : « Mon Général, ça bouillonne chez moi ». Et le CEMAT de lui dire en réponse : « Commandant, contenez vos hommes ». « Vous étiez contre le putsch, l’avez-vous signifié au général ? », veut savoir Me Awa Sawadogo, avocate de la partie civile. « Pour pouvoir dire directement « non » au Général, il fallait que je sois sûr de ma force. Donc, j’ai donné mes préoccupations sur l’aventure », dit-il en réponse. Me Willy Dieudonné, conseil de l’accusé, fait observer que son client est resté à la demande des autorités légitimes, pour collaborer avec les autorités contestées auxquelles il fallait se soumettre. Me Mireille Barry prend la parole et laisse savoir que le commandant ne pouvait pas résoudre un certain nombre de problèmes, d’autant plus qu’il est arrivé par nomination à son poste au RSP le 1er septembre 2015, soit seulement deux semaines avant les évènements. L’avocate indique que le calepin du commandant est resté introuvable depuis les évènements, alors que ce calepin aurait pu permettre d’éclairer bien des zones d’ombre, notamment en lien avec le rapport d’expertise, ainsi que les éléments incontrôlés du RSP dont on a fait mention au cours du procès. Pour Me Dieudonné Bonkoungou, on est tous victime d’un seul homme : Yacouba Isaac Zida ! « Ceux qui sont dans le box des accusés sont ceux-là qui n’ont pas de force, ils n’ont rien à voir ici », relève-t-il. Me Latif Dabo, avocat de la défense, après des questions au commandant, attire l’attention du tribunal sur l’inertie de la hiérarchie militaire au moment des faits. L’audition du commandant continue au Tribunal militaire ce matin, à partir de 9h.

Lonsani SANOGO

 

 

Quand une anecdote contée crée des éclats de rire dans la salle

« J’étais en retard, j’ai dit au mécano d’accélérer (la réparation de la panne du véhicule) parce que je vais au procès et c’est le commandant Korogho qui parle ».
Et le mécano sursaute et dit : « Korogho ? Façon dont ces gens nous ont terrorisé pendant la résistance au putsch… ? »  Et Me Farama de le rassurer en rapportant les propos du commandant qui disait la veille qu’il a tout fait pour protéger les gens. Et le mécano réagit : Ouunnnhh !!!!

Quelques propos à l’audience

« On aurait gagné beaucoup en temps si l’audition se passait plus tôt avec le commandant Korogho », Me Mireille Barry

« Ce n’est pas le nombre qui fait la force. Que des soldats et sous-officiers aillent enlever un président sans que je ne le sache, c’est frustrant. C’est que je n’ai plus le commandement du corps », Commandant Korogho

« On est tous victime d’un seul homme : Yacouba Isaac Zida », Me Bonkoungou Dieudonné

« Si on considère le RSP comme une milice, on n’a pas trop tort », Me Hervé Kam

« Si vous dites que le RSP est une milice, c’est que moi, en tant que chef de corps adjoint, j’étais chef de corps d’une milice. Je ne crois pas que le président du Faso prend un décret pour créer une milice », Commandant Korogho

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