PROCES DU PUTSCH MANQUE DE 2015 : Contestant la légitimité du président du tribunal, la défense claque la porte

PROCES DU PUTSCH MANQUE DE 2015    : Contestant la légitimité du président du tribunal, la défense claque la porte

 

Le procès du putsch manqué de 2015 s’est ouvert le 27 février 2017, conformément à l’annonce qui avait été faite par le Tribunal militaire. Et, c’est peu dire que ce procès était attendu par les Burkinabè, eu égard aux différentes réactions qui ont précédé son ouverture et à l’affluence qu’il y a eu à la salle des banquets de Ouaga 2000, dans la matinée d’hier. Mais, si tôt ouvert, le procès de l’affaire dite « Gilbert Diendéré et 83 coaccusés » a été suspendu sine die, après que les avocats de la défense aient quitté l’audience. Retour sur les points chauds de ce premier jour de procès.

 

Pour avoir accès à la salle des banquets de Ouaga 2000 le 27 février dernier, date d’ouverture du procès du putsch manqué de 2015, il fallait montrer patte blanche. Le contrôle s’effectuait dès l’intersection située au niveau de la salle de conférences de Ouaga 2000 pour ceux qui venaient du côté Est et dès l’hôtel Lybia pour ceux qui venaient du côté Ouest. Et, à partir de ces deux points, il fallait se débarrasser de tout ce qui est appareils et marcher jusqu’à la salle des banquets transformée en salle d’audience pour la circonstance.  Le long de ce petit trajet, l’on pouvait apercevoir, de part et d’autre de l’avenue Bila Zagré, des pandores, postés dans les allées, armes en main. Une fois au niveau de la salle des banquets, tous ceux qui avaient fait le déplacement devaient encore passer au détecteur de métaux avant d’avoir accès à la salle d’audience. La salle comportait 4 principales rangées. La première que l’on aperçoit au niveau de l’entrée, était réservée aux accusés. Sur les deux du milieu, étaient installés le public, les invités et les parties civiles. Les journalistes qui se comptaient par dizaines, occupaient la 4e rangée. Dès 8h, la salle des banquets de Ouaga 2000 était pleine comme un œuf. Plusieurs de ceux qui sont venus après cette heure ont dû faire le pied de grue dehors, l’accès à la salle leur ayant été refusé. Assis à la première ligne de la rangée réservée aux Hommes de médias, nous avons donc vu défiler certaines personnalités avant l’ouverture du procès. La première à attirer notre attention était Monseigneur Paul Ouédraogo que nous avons vu se diriger vers la rangée des invités. Après lui, le Général Pingrenoma Zagré, le ministre d’Etat Simon Compaoré, le ministre en charge du commerce, Harouna Kaboré, le Haut représentant du président du Faso, Chériff Sy, et l’ex-chef d’état-major général des armées, le Général Honoré Nabéré Traoré, sont, entre autres, les personnalités que nous avons vu entrer dans la salle d’audience. Parmi elles, figurent des parties civiles et des témoins. Du côté des accusés, c’est le Général de brigade Gilbert Diendéré qui a attiré l’attention. En effet, ce dernier a été ovationné par une partie du public lorsqu’il faisait son entrée dans la salle d’audience aux environs de 8h.

« Nous sommes appelés donc à comparaître devant une chambre supprimée »

Le président du tribunal, Seydou Ouédraogo, et le juge conseiller, eux, ont fait leur entrée à 9h 20mn. « L’audience du Tribunal militaire de Ouagadougou siégeant dans la salle des banquets est ouverte », a-t-il lancé, juste après s’être assis. Mais, avant même la lecture de l’ordonnance de délocalisation, la défense a pris la parole pour, a-t-elle fait savoir, poser des « questions liminaires ». « Nous voulons savoir si nous sommes en face de la bonne juridiction », a-t-elle demandé. Sur cette question, le président ne s’est pas prononcé tout de suite, demandant à la défense d’attendre d’abord que lecture soit faite de l’ordonnance de délocalisation. C’est après cet acte qu’il a donc permis à la défense de poursuivre. Prenant la parole, elle a fait savoir qu’elle aimerait se prononcer sur la citation d’accusation qui leur a été transmise et demandant à leurs clients de comparaître devant le Tribunal militaire. Selon elle, dans la citation à comparaître, il leur a été demandé de se présenter devant la chambre de jugement du Tribunal militaire, conformément aux dispositions de l’article 4 modifié (Voir encadré) par la loi 044-2017/AN. Pourtant, dans les nouvelles dispositions de ce même article, il n’est plus question de chambre de jugement, mais il est dit que dans son organisation, le Tribunal militaire est composé de chambres de premières instances. Cependant, le fond de la citation à comparaître qui leur avait été adressée, n’a pas changé. « Nous sommes appelés donc à comparaître devant une chambre supprimée », a conclu la défense sur ce point. Ceci étant, toujours selon la défense, la nomination du président du tribunal est aussi irrégulière car, ce dernier, aurait été nommé pour siéger dans une juridiction qui n’existe pas. « Nous vous prions donc de bien vouloir vous pourvoir », a lancé la défense au président du Tribunal. Interpellé sur la question, le juge militaire, lui, a fait noter qu’il n’y avait pas de différence fondamentale car dans l’article qui a été modifié, le jugement est rendu par la chambre de première instance. « Ce sont des détails qui n’en valent pas la peine », a-t-il relevé.

Le Général Kouamé Lougué récusé

Prenant la parole pour trancher, le président du Tribunal a fait savoir que lui et le juge conseiller, à eux seuls, ne peuvent pas statuer sur cette question. Il a donc demandé que soit d’abord constitué le tribunal. C’est ainsi qu’il a procédé à l’appel nominatif des accusés et des parties civiles. Sur les 84 accusés, a fait noter le parquet militaire, 4 ont manqué à l’appel et 9 sont en fuite. Pour les parties civiles, il en a compté 306 plus l’Etat burkinabè. Il était 10h 45mn lorsque prenait fin l’appel et débutait le tirage au sort pour la constitution du tribunal. Dans le cas d’espèce (confère article 12 du Code de Justice militaire ; voir encadré), où parmi les accusés figurent des Généraux, selon le principe de la hiérarchie militaire, le tribunal doit être composé d’un magistrat militaire général ou magistrat de la Cour d'appel, d’un conseiller de la Cour d’appel et de trois officiers généraux dont deux au moins plus gradés ou plus anciens que les prévenus. Le tirage pour le choix des trois officiers généraux a commencé avec le choix du Général de brigade Brice Bayala. Mais ce dernier a été récusé, étant donné qu’il est cité comme témoin par l’un des accusés, le Général Gilbert Diendéré. Car, a fait savoir le président du tribunal, on ne peut pas être juge et témoin à la fois. Après lui, c’est le Général de division Robert Tinga Guigimdé qui a été tiré. Sur lui, aucune contestation n’a été faite et il a donc été retenu. S’en est suivi le tirage du Général de division Ali Traoré qui a été récusé, étant entendu que lui aussi fait partie de la liste des témoins cités par Gilbert Diendéré. Sur ce point, les avocats de la partie civile ont soulevé des observations et ont dénoncé un jeu de la part de la défense qui veut faire récuser tous les Généraux capables de siéger au tribunal. Mais, cela n’a pas empêché la défense de récuser les deux autres Généraux restants pour siéger au tribunal. Il s’est agi du Général Kouamé Lougué dont on a accusé l’épouse d’en vouloir au Général Diendéré. Pour cause, cette dernière aurait accusé le Général d’avoir été à la base de la blessure dont a été victime son mari après avoir fait sa déclaration de prise de pouvoir en novembre 2014, à la RTB. Après tractations, le président du tribunal a fini par récuser le Général Lougué sur la base de suspicion sur sa personne. S’agissant du dernier de la liste, le Général de brigade Ibrahim Traoré, il a été simplement récusé car, lui aussi est sur la liste des témoins cités par le Général Diendéré. C’est alors que le procureur militaire a fait savoir qu’à ce stade, la liste de Généraux éligibles était épuisée. Il a donc requis au président du tribunal, conformément aux dispositions de l’article 16 du Code de Justice militaire (voir encadré), d’outrepasser les dispositions de l’article 12 et de procéder à un tirage parmi les officiers de grades inférieurs.

De la validité du décret de nomination du président du tribunal

Mais, pour la défense, il n’en était pas question. Revenant sur les observations qu’elle a faites depuis le début, elle a souligné que le président du tribunal ne pouvait pas prendre une telle décision. En rappel, a-t-elle soutenu, le président du Tribunal a été nommé en tant que président de la chambre de première instance alors que leurs clients ont été cités à comparaître dans la chambre de jugement. « La chambre de jugement n’existe plus dans l’ordonnancement militaire au Burkina Faso, alors que nos clients ont reçu la citation à comparaître devant la chambre de jugement », a fait remarquer l’un des avocats de la défense. Pour les avocats des parties civiles, si ce ne sont que des observations soulevées par la défense, elles n’ont aucune base légale. Par conséquent, le président peut poursuivre l’installation du tribunal.

C’est sur ces questions qu’est intervenue la première suspension. Il était 11h 05mn. A la reprise, vers 12h 30mn, le président du tribunal tranche et annonce que la constitution du tribunal va se poursuivre en application de l’article 16 du Code de Justice militaire. Sur cette annonce, la défense demande et obtient une suspension de 30 minutes pour se concerter. Lorsque les différentes parties reviennent, c’est le bâtonnier,  Mamadou Savadogo, qui prend la parole et fait d’abord remarquer que ce procès est une belle occasion pour le droit burkinabè, de progresser. Il fait savoir au président du tribunal qu’en plus des observations qui ont été préalablement soulevées, le décret portant sa nomination n’est pas encore en vigueur. « Il en est de même pour tous les autres membres, car le décret entre en vigueur 8 jours après sa publication dans le journal officiel. Alors qu’en ce qui concerne ce cas précis, la publication dans le journal officiel a été faite le 22 février 2018. Nous sommes aujourd’hui ; le 27 février. Donc les jours ne sont pas atteints. Par conséquent, l’audience ne pourrait se tenir », a-t-il indiqué. Pour la partie civile, cela ne saurait être valable car le décret qui nomme le président du tribunal est un acte individuel. Et, en tant que tel, ses effets courent à partir de la notification aux concernés. Mais la défense ne l’entend pas de cette oreille. Pour elle, le président doit lever la séance. Cela, en tant que président de séance et non président de juridiction. Après s’être entretenu avec le juge conseiller, le président Seydou Ouédraogo a indiqué vouloir poursuivre la constitution du tribunal qui pourra, par la suite, se prononcer sur toutes ces questions. C’est alors que les avocats de la défense ont commencé à faire leurs valises et à se retirer. « Vous vous retirez ? », leur a demandé le président Seydou Ouédraogo. « Tout à fait, nous nous retirons », lui ont-ils répondu. Constatant donc que toute la défense a quitté la salle d’audience, le président du tribunal a suspendu la session. « En raison de l’absence de la défense, nous ne pouvons pas poursuivre le tirage », a-t-il lancé avant de conclure que : « l’audience est suspendue », sans dire quand elle reprendra.

Adama SIGUE

 Des articles du Code de Justice militaire qui ont fait débat

 

Articles relatifs à la composition de la première chambre du tribunal militaire

Article 9 :

La chambre de première instance du tribunal militaire est composée :

- d’un président, magistrat militaire ou de l'ordre judiciaire ;

- d’un juge, magistrat militaire ou de l'ordre judiciaire ;

- de trois assesseurs militaires ;

- d’un procureur militaire, un greffier et un sous-officier appariteur.

Article 12 : - Pour le jugement des Officiers et Sous-Officiers, la chambre est constituée selon le tableau ci-dessous :

Article 16 :

Toutefois, en cas d'impossibilité du respect de la hiérarchie dans la désignation des juges assesseurs, il en est passé outre par décision motivée du président de la chambre de première instance après réquisitions du procureur militaire.

Source : Loi n°044-2017/AN portant modification de la loi n° 24/94 ADP du 24 mai 1994 portant Code de Justice militaire.

 

 

Ils ont dit …

 

Me Guy Hervé Kam, avocat de la partie civile

 

«Tôt ou tard, les personnes poursuivies devront rendre compte »

 Dans ce genre d’affaire, lorsque les charges qui pèsent sur les personnes poursuivies sont énormes, en général il est utilisé ce qu’on appelle « la défense de rupture », c’est-à-dire chercher par tous les moyens à discréditer la juridiction qui va siéger. C’est exactement ce qui s’est passé. De toute façon, nous reviendrons et tôt ou tard, les personnes poursuivies devront rendre compte devant le peuple burkinabè. Nous sommes dans l’expectative, dans la mesure où le président a suspendu l’audience sans donner de nouvelle date. Nous attendons que les personnes poursuivies, de même que les parties civiles et les témoins, soient cités pour une nouvelle audience. Ce n’est pas la déception. C’était tout à fait prévisible et cela confirme que ceux qui crient à la détention arbitraire, montrent par là qu’ils ne veulent pas être jugés et ne veulent pas répondre des Burkinabè morts et blessés.

 

Me Michel Traoré, avocat de la défense

 

« Il y a  des irrégularités qui façonnent cette procédure »

 

« (…) Nous avons posé un problème de communication. C’est une atteinte au droit de la défense. Qui achète le dossier ? L’accusé qui est poursuivi. Pourquoi ? Il est poursuivi par l’Etat et on refuse que son conseil ait accès au dossier. Parmi nous, il y a des avocats commis d’office pour des accusés qui n’ont pas les moyens de se prendre des avocats, et il y a deux catégories d’avocats. Il y a l’avocat choisi par l’accusé qui a les moyens de se payer un avocat. Il y a l’avocat commis d’office. Vous donnez un avocat à un accusé parce qu’il n’en a pas les moyens, mais vous lui dites d’acheter le dossier. Il y a un problème. C’est pourquoi nous disons qu’il y a  bon nombre d’irrégularités qui façonnent cette procédure à laquelle nous ne voulons pas participer. On s’est retiré, on attend que cette juridiction régularise sa position, au regard de ce que nous avons demandé. Si elle respecte la légalité, nous allons plaider ce dossier. »

Me Prosper Farama, avocat de la partie civile

« Il n’y a pas de raison qu’une procédure soit suspendue sans savoir pourquoi l’avocat est absent »

« Avec tout le respect que nous avons pour nos confrères de la défense, nous relevons le caractère illogique de leurs arguments. Ils disent que nous ne devons pas être là à cette audience, parce que la juridiction n’est pas régulièrement constituée. Or, nous avons commencé une session de composition et nous avons remarqué qu’ils ont récusé les juges assesseurs et c’est lorsqu’il n’y avait plus de Généraux disponibles pour la constitution du tribunal et que le juge a pris une ordonnance pour qu’on passe aux officiers en-dessous des Généraux, c’est là que tout à coup, ils disent qu’il faut arrêter la composition du tribunal. Cela nous paraît illogique. Si dès le départ, ils avaient dit, nous ne participons pas à cela parce que nous considérons que c’est irrégulièrement constitué, nous aurions compris. Mais cela ne nous étonne pas. Pour moi, la composition de la juridiction aurait pu continuer sans la présence des avocats. Pour une raison simple ; la loi dit clairement que les accusés ne peuvent être jugés que s’ils ont des avocats constitués. On n’est pas encore à la phase du jugement. Nous sommes à la phase de constitution. Les avocats sont partis, ils ne se sont pas déportés. Ils ont juste quitté la salle. Avec tout le respect que j’ai pour leur position, un avocat qui n’est pas présent à une audience sans excuse légale, il n’y a pas de raison qu’une procédure soit suspendue sans savoir pourquoi l’avocat est absent. Après la phase de la constitution de la juridiction, je suis d’accord qu’on ne pourrait pas continuer l’audience si chacun des accusés n’a pas un avocat à sa disposition. Nous commençons à douter de la volonté des accusés de voir ce procès se tenir. Nous avons bonne foi que des dispositions seront prises pour que ce procès se tienne. »

 

Chrysogone Zougmoré, Président du MBDHP

 

« Nous ne doutons pas que le procès  puisse reprendre et qu’il puisse aller jusqu’au bout »

 

« Nous avons constaté le démarrage du procès tant attendu. Il est vrai qu’on avait des doutes jusqu’à ce matin, mais nous avons constaté que le procès a bien démarré. Dommage qu’il y ait eu cet incident qui a conduit à la suspension de ce procès. Mais nous ne doutons pas qu’il puisse reprendre et qu’il puisse aller jusqu’au bout. Qu’à la fin du procès, les victimes que nous défendons, puissent avoir justice et surtout réparation des torts qu’ils ont eu à subir au cours du putsch de septembre 2015. »

 

Propos recueillis par FD

 

Légende :

 

1- Me Guy Hervé Kam, avocat de la partie civile (Ph. Dr)

 

2- Me Michel Traoré, avocat de la défense

 

 

 

La liste des prévenus

DIENDERE Gilbert, Général des forces armées nationales

BASSOLE Djibrill Ypèné, Général de Brigade de gendarmerie

BAMBA Mamadou, Médecin Lieutenant-colonel

DAO Abdoulaye, Capitaine

KOROGO Abdoul Aziz, Commandant

OUEDRAOGO Saidou Gaston, Capitaine

YAMEOGO Augustin Hermann Magloire, Avocat non inscrit

KONE Léonce Siméon martin, Cadre de Banque à la retraite

NION Jean Florent Akoué, Adjudant

GORGO Aliou Gislain Honoré, Lieutenant

KONE Daouda Begnon II, Lieutenant

KERE Boureima, Colonel-major

DIAWARA Fatoumata Thérèse, Gérante d’entreprise

ZAGRE Boureima, Sous-lieutenant

ZOUMBRI Oussène, Capitaine

OUATTARA Sidiki, Soldat de 1er classe

OUEDRAOGO Zoubélé Jean Martial, Sergent

LANKOANDE Saidou, Caporal

SABOUE Massa, Caporal

DAH Sami, Caporal

DEKA Mahamady, Colonel

BADIEL Eloi, Adjudant-chef major

COUMBIA Moutuan, Adjudant-chef major

BIRBA Michel, Adjudant

BOUDA Mahamadou, Chef de groupe, Goupement des unités spéciales

TRAORE Seibou, Sous-lieutenant

SIDI Lamine Oumar, Sociologue de nationalité malienne

GUIRE Yahaya, Sergent

SOW Lawapan Placide, Soldat de 1er classe

DIALLO Adama, Sergent-chef

Ly Amadou, Soldat de 1er classe

COMPAORE Abdou, Soldat de 1er classe

OUATTARA Philippe, Lieutenant

KAMBOU Ardjouma, Sergent-chef

YAGO Issa, Sergent

TRAORE Abdoul Karim,  Magistrat militaire

BATIONO Omer, Colonel

OUEDRAOGO Arouna, Soldat de 1er classe

OUEDRAOGO Adama, dit Damiss, Journaliste

BADOUN Lamoussa, Sergent

PAGABELEM Amidou, Sergent

DIBLONI Gbondjaté, Adjudat-chef

POODA Ollo Stanislas Silvère, Sergent

SANOU Ali, Sergent-chef

ZONGO Hamado, Soldat de 1er classe

ZOURE Boureima, Soldat de 1er classe

NEBIE Moussa, dit Rambo, Adjudant-chef

NEBIE Abdoul Nafion, Sergent

COMPAORE Relwindé, Lieutenant

KONE Souleymane, Sergent

DRABO Hamidou, Caporal

KABORE Adama, Soldat de 1er classe

LIMON Kolamba Jacques, Lieutenant

SOW Léonce, Caporal

TIMBOUE Tuandaba, Caporal

SAWADOGO Nobila, Sergent

BOUE Siénimi Médard, Sergent

LOMPO Médanimpo, Soldat de 1er classe

COULIBALY Samuel, Soldat de 1er classe

MOUKORO Pascal, Caporal

COULDIATY Salif, Sergent

ZALLE Mahamadi, Sergent

OUEDRAOGO Issaka, Caporal

TRAORE Mamadou, Avocat

BAGUIAN Abdoul Karim, dit Lota, Commerçant

NANEMA Ousséini Faisal, Administrateur de société

SOULAMA Seydou, Militaire

DIESSONGO Soumaïla, Caporal

OUEDRAOGO Lassina, Journaliste

SAWADOGO Paul, Particulier

DIANDA Abdoul Kadri, Lieutenant

OUEKOURI Kossè Adjudant

ZERBO Laoko Mohamed, Sergent-chef

KOUSSOUBE Roger Joachim Danagna, Sergent-chef

SAWADOGO Salifou, Ingénieur des techniques du développement rural

GUELWARA Minata, Militante du CDP

DIENDERE née Diallo Fatoumata, ex-député

KABORE Emile René, Economiste

SONGOTOWA Zakaria, Militaire

ZOUGNAMA Issoufou, Militaire

BOUGOUMA née Kagoné Téné Alima, Directrice de société

TRAORE Abdoul Karim André, Consultant d’entreprise

KAGAMBEGA Timpoko, dite Marguerite, Employée de commerce

KINDA Yacouba, Commerçant

LES A-COTES DU PROCES

 

* Quand la Salle des banquets de Ouaga 2000 refuse du monde

 

« Aussitôt ouvert, le caractère public de ce procès est mis en cause ». C’est la réaction de Paulin Dah, un étudiant rencontré devant la Salle de conférences de Ouaga 2000, qui déplore l’accès limité des gens à la salle d’audience. Pour lui, ce procès devrait se tenir à la Place de la Nation où des abris auraient pu être érigés pour les prévenus et les juges, pour permettre à tous ceux qui ont fait le déplacement de suivre le procès. Comme lui, ils étaient très nombreux à se plaindre de n’avoir pas eu accès à la salle d’audience pour suivre le procès dit des putschistes. Arrivés après 10h à la barrière de sécurité, non loin de la Salle des Fêtes de Ouaga 2000, le groupe de Mohammed Zoungrana dit « Doubaï » et bien des groupes d’individus se sont vus refuser l’accès à la salle des Banquets (par la Police) pour suivre le procès. Raison invoquée : la salle est pleine et il n’y a plus de place. Il n’en fallait pas plus pour provoquer l’ire de « Doubaï » pour qui ce procès est simplement du théâtre. Pour Cheik Ouédraogo, on aurait dû créer les conditions pour permettre à ceux qui n’ont pas eu accès à la salle d’audience, de suivre le procès en étant dehors.  Ce procès public devrait être retransmis en direct à l’intention des populations des villes et campagnes, selon lui. Burkindpoaka Ouédraogo était visiblement dépassée pour le fait que beaucoup de gens ne puissent pas suivre ce procès. « Au procès du gouvernement Luc Adolphe Tiao, les gens ont eu accès à la salle d’audience. Pourquoi pas autant aujourd’hui ? », s’est-elle lâchée. Adja Traoré, non contente aussi de se voir refuser l’accès à la salle d’audience, a estimé que le plus important, c’est que la vérité soit enfin dite, que les Burkinabè s’entendent et que tout s’arrête là. A l’entendre, même parmi les victimes, se trouvent des gens qui ont perdu la vie alors qu’ils partaient piller des magasins, boutiques ou alimentations saccagés au cours de l’insurrection. L’on doit donc aller vite à la réconciliation après ce procès, à son avis. Pour le pasteur Claver Yaméogo, c’est un soulagement de voir le procès s’ouvrir. Il a dit être venu voir comment les choses se passeront, voir les dessous du procès et pouvoir porter un jugement sur le traitement des différents cas, selon ses mots, et « on se verra à la fin du procès pour tirer le bilan ».

* La sécurité, l’autre monde

 

Les Forces de sécurité déployées dans les environs de la zone du procès étaient l’autre monde du public venu assister au procès. Bien loin derrière, à l’ombre du bâtiment de la télé BF1, à plus du kilomètre, de la Salle de conférences de Ouaga 2000, un groupe de policiers était en faction. Quand on s’approche de cette Salle de conférences, à 100 mètres environ, les barrages érigés par les policiers renseignent sur la nature de l’évènement dans les encablures.  Ils étaient visibles, ces policiers et gendarmes postés à bien des endroits du périmètre de la Salle des banquets de Ouaga 2000, transformée pour la circonstance en salle d’audience du Tribunal militaire pour le procès des putschistes et leurs complices. Pour franchir la barrière sécuritaire située à 200m du lieu du procès, la fouille était systématique. Consignes claires : aucune personne n’accède à la salle avec un sac ou un téléphone. Une situation qui a entraîné un autre type de parking, celui des « sacs et des téléphones portables ».

* Les « extra-muros » font le procès du procès

 

Les journalistes empêchés d’accès à la salle d’audience avec leur matériel, étaient de ce public hors salle d’audience, les « extra-muros » qui se sont désolés de se voir empêchés de faire leur travail comme il se doit. « Quand je vois tant de journalistes bloqués dehors avec leur matériel de travail, empêchés d’entrer dans la salle d’audience, j’ai mal au cœur », s’est offusqué Abdoulaye Diallo, directeur du Centre de presse Norbert Zongo, qui partait suivre le procès. Pour plus d’une personne empêchée d’accéder à la salle d’audience, ce procès devait être public pour permettre à ceux qui sont hors de la salle d’audience de suivre ainsi qu’aux populations des villes et campagnes à travers une retransmission directe à la télévision et à la radio. Ce qui n’est pas le cas, ont déploré bien des citoyens obligés de retourner vaquer à leurs occupations. « La chaîne au cœur des grands évènements ne l’est plus si ce procès dit  historique n’est pas retransmis en direct pour les populations », a répété un citoyen sur l’organisation du procès.  « Si la Cour pénale internationale, CPI, a permis de suivre le procès de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo en direct, les autorités devraient tout faire pour que ce soit le cas pour ce procès dit historique », ont confié çà et là des citoyens qui allaient et venaient sans cesse devant la salle de conférences de Ouaga 2000, non loin de la Salle des banquets pardon de la salle d’audience.

* Les parkers se sont frotté les mains

 

A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, a-t-on coutume de dire. En cette matinée du 27 février 2018, les gérants de parkings ont bien appliqué cette règle pour le parking des engins des personnes qui ont fait le déplacement de Ouaga 2000 pour suivre le procès des 84 prévenus, dans le cadre du putsch manqué de 2015. Le parking qui fait 100 F CFA habituellement est passé à 500 F CFA pour les engins à deux roues, selon un parker. Une autre catégorie de parkers s’est constituée pour la circonstance, pour garder les objets interdits à l’intérieur de la salle d’audience : les sacs ou sacs à main et les portables dont la garde coûte 500 F CFA également, selon Apori Emmanuel, parker et gardien de portables et sacs que nous avons approché. La particularité de l’évènement et les risques afférents à la garde des engins ou matériel en pareille circonstance font que les choses sont ainsi, selon plus d’un parker.

Lonsani SANOGO

 

 

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