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PROCES PUTSCH MANQUE « Djibrill Bassolé est plus qu’un complice. Il est un acteur clé », Me Guy Hervé Kam

 

 

La présentation des pièces à conviction par le parquet militaire burkinabè s’est poursuivie le 22 mars 2019, dans le cadre du procès du putsch manqué du 16 septembre 2015. Au total, 66 éléments sonores impliquant selon le parquet, le général Djibrill Bassolé, ex-ministre burkinabè des Affaires étrangères, ont été présentés, commentés et débattus par  les différentes parties au procès.

 

Débutée le mercredi 20 mars dernier, la présentation des éléments sonores comme pièces à conviction du dossier du coup d’Etat du 16 septembre 2015 et jours suivants, s’est poursuivie le 22 mars 2019. Les éléments ont porté essentiellement sur les appels téléphoniques du général de gendarmerie Djibrill Bassolé. Il s’est agi des conversations avec Fatoumata Thérèse Diawara, Bila Bénédicte Jean, le commandant Luc Damiba, Yolande Bélemviré, Adama Ouédraogo dit Damiss et d’autres personnes hors du Burkina.  Avant la diffusion des éléments sonores, Me Stéphane Ouédraogo a fait  des observations sur les éléments attribués à son client. Pour lui, le parquet ne devrait pas, sous réserve d’avoir entendu le journaliste     Adama Ouédraogo dit Damiss, déduire que la voix est celle de celui-ci. D’ailleurs, a indiqué Me Ouédraogo, trois juges d’instruction ont écouté ces éléments sonores et aucun d’entre eux n’a dit que la voix est celle de Damiss. Après ces observations, place a été faite à la diffusion des éléments sonores. Dans ces éléments sonores, celui que le parquet présente comme le Général Djibrill Bassolé n’est pas tendre avec le gouvernement de la transition et ce, après avoir invité le général Diendéré à tenir bon. « Tiens bon, mon cher ! Tu n’as plus rien à perdre. Tu as tout à gagner. On est ensemble. Il suffit de motiver les jeunes », a dit Bassolé à Diendéré. Invité à se prononcer sur ces écoutes, le général Gilbert Diendéré n’a pas fait d’observation. Pour lui, il s’en tient à ses observations précédentes. De ces conversations, le parquet militaire a fait une observation. En effet, Djibrill Bassolé a déclaré à la barre, au moment de sa comparution, qu’il n’a jamais eu de contact avec les éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) au moment des faits. C’est à la Maison d’arrêt et de correction de l’armée (MACA) qu’il a fait connaissance avec certains d’entre eux. Pourtant, à travers ces écoutes téléphoniques, on constate qu’il aurait pris contact avec le noyau dur du RSP. « Le général Diendéré est passé à la barre et a dit qu’il était dans une logique d’apaisement. Ces éléments sonores montrent qu’il était dans cette logique », a ajouté le parquet.  Appelée à la barre au même moment que le général Diendéré, Fatoumata Thérèse  Diawara dit maintenir ses déclarations antérieures. Pour elle, les éléments diffusés ont été purement et simplement montés, traficotés pour l’inculper. De nos jours, a-t-elle justifié, tout est possible avec l’avancée de la technologie. Au regard de ces écoutes, Me Hervé Kam de la partie civile a estimé que «Djibrill Bassolé est plus qu’un complice ; il est un acteur clé. Il était dans la logique de la terre brûlée. Il voulait tout faire pour instaurer le chaos ». Quant à Me Awa Savadogo l’un des avocats de la partie civile, elle a invité Fatoumata Diawara, qui avait dit plus tôt que les éléments sonores sont le fruit d’une invention pure et simple pour accabler sa personne, à présenter des preuves de cette allégation. Pour elle, c’est celui qui allègue qui apporte les preuves de son allégation. En réaction à cette façon de voir les choses, Me Olivier Yelkouni, l’un des avocats de la défense, a indiqué que les éléments sonores ont été fabriqués parce que leurs origines n’ont pas encore été communiquées. « Pour moi, les écoutes sont fabriquées parce qu’on ne nous a pas encore dit d’où elles viennent. Le chef d’état-major de la gendarmerie nationale a dit que la gendarmerie n’a jamais intercepté ces conversations », a-t-il dit avant de poursuivre : «Jusqu’à présent, le numéro qui a servi de conversations entre les deux généraux, n’a pas été identifié ».Sur insistance du parquet, le capitaine Abdoulaye Dao a été appelé à la barre pour se prononcer sur les éléments sonores dans lesquels on peut trouver des éléments à sa décharge. En effet, dans l’une des conversations, entre dame Diawara et le Général Bassolé, Dame Diawara dit que les jeunes sont prêts à se battre mais ce sont les officiers tels que le capitaine Abdoulaye Dao qui les en empêchent. « J’ai écouté avec attention ce qui a été dit dans les éléments audios. Je ne connaissais pas dame Diawara. Par rapport à ce qui a été dit, je me garde de le  commenter par mesure de prudence. Mais j’ai toujours dit que nous avons tout fait à l’époque pour éviter que les choses ne nous échappent ou qu’il n’y ait des dérapages », a indiqué le capitaine Dao. Tout comme lui, le Commandant Aziz Korogho et le capitaine Relwendé Compaoré   reconnaissent avoir tenter de dissuader les autres soldats à aller vers un affrontement entre frères d’armes.

 

«Le berger et fumeur de Yamba »

 

Après ces questions, commentaire, la 2e série de sons a été diffusée puis débattue par les parties au procès. Dans ces auditions, on entend ceci : «La meilleure manière de se défendre, c’est d’attaquer». Une conversation que le parquet attribue au général Djibrill Bassolé, pendant la crise du 16 septembre 2016 et jours suivants. Avec Biila Bénédicte Jean, «son agent de renseignement», Bassolé a fait cas d’une stratégie de guerre. « La meilleure manière de se défendre, c’est d’attaquer », lui a-t-il déclaré. Au téléphone avec Yolande Bélemviré, Djibrill Bassolé a fait le compte rendu de sa conversation avec Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, au moment des faits. « Le berger et fumeur de Yamba ne doivent pas vivre». Qui sont ces deux personnages ? Cette question est restée sans réponse, car l’accusé est hors du Burkina pour des raisons de santé. Quant à Fatoumata Diawara, par ailleurs ex-compagne du fils du général Diendéré, elle a joué le rôle de relais d’information. Au général Bassolé, elle a dit : « Tu peux appeler la Côte d’Ivoire ? Soro a besoin des numéros des gens du MPP, surtout Salif et Roch. Je voudrais te dire de ne plus dire des choses au capitaine. Il balance les informations de l’autre côté ».  Appelée à la barre pour réagir suite à la diffusion de ces appels téléphoniques avec le général Djibrill Bassolé, Fatoumata Thérèse Diawara est restée sur sa position ! Les éléments audios ont été montés puisque, selon sa logique, avec la voix d’une personne, même décédée, on peut lui faire dire ce que l’on veut. Par ailleurs, elle a fait part d’une situation qu’elle vit actuellement : «Quand je passe dans la rue, des gens m’insultent. Demain, si je me fais agresser, j’espère que le parquet va me protéger ?» Ainsi, elle a recommandé au président du tribunal de mettre fin à la diffusion de ces éléments sonores. « Ils n’ont qu’à arrêter de polluer les esprits des gens avec ces éléments audios», a-t-elle dit. Pour Me Pierre Yanogo, ce que dame Diawara dément, a été constaté sur le terrain.  D’ailleurs, elle n’a jamais nié qu’elle a interagi avec Djibrill Bassolé pour trouver de l’argent pour les soldats de l’ex-RSP. Suspendue pour la pause- déjeuner à 12h 30, la diffusion des éléments sonores s’est poursuivie dans l’après-midi.  Dans l’un des extraits, on entend dire ceci : « C’est un gouvernement de minables. Je vais les sonner, ils vont comprendre. Je vais les ridiculiser ». Et ce, parlant de ses interventions dans les médias, notamment sur France 24 et RFI. Au total, 66 éléments sonores présentés comme des conversations entre le Général Djibrill Bassolé et d’autres personnes ont été diffusés. Suspendue aux environs 17h, l’audience reprend ce jour 25 mars 2019 à 9h00.

 

Issa SIGUIRE

 

 

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