LE PROCUREUR GENERAL A PROPOS DE LA MISE EN CIRCULATION DES 900 MILLIONS DE FRANCS DE GUIRO: « J’assume, même si je devrais être traduit devant une juridiction »

LE PROCUREUR GENERAL A PROPOS DE LA MISE EN CIRCULATION DES 900 MILLIONS DE FRANCS DE GUIRO:  « J’assume, même si je devrais être traduit devant une juridiction »

Le Procureur général près la Cour d'appel de Ouagadougou, Laurent Poda, a animé une conférence de presse le 11 avril 2017, dans les locaux du ministère en charge de la Justice. Cette sortie du procureur fait suite à la publication d’un article sur les réseaux sociaux, faisant état de la disparition, au palais de justice, de plus de 900 millions de F CFA qui devraient être retournés à l’ex-DG des douanes, Ousmane Guiro.

« Affaire Guiro : La somme à restituer à l’ex-DG des douanes disparaît à la justice », pouvait-on lire, ces derniers temps, sur les réseaux sociaux et sur certains sites internet. Une information qui a suscité beaucoup de commentaires mais aussi de l’indignation de la part de certains internautes, obligeant le procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou à réagir. Ce dernier, a, en effet, rencontré les Hommes de médias, le 11 avril dernier, pour s’expliquer. L’argent en question, a-t-il dit, n’a pas disparu mais a été mis en circulation. « Et j’assume, même si je devrais être traduit en justice », a-t-il lancé. Ce qu’il faut retenir, a introduit Laurent Poda, c’est que c’est le 2 février dernier que son institution a reçu une correspondance des conseils de l’Etat, sollicitant l’ouverture des cantines contenant les sommes d’argent déposés entre les mains de la trésorerie régionale du Centre à l’effet de procéder à leur réintroduction dans le circuit financier. Ainsi, a-t-il poursuivi, c’est également par correspondance en date du 23 février 2017 qu’il a estimé que le lieu où sont entreposées ces sommes d’argent depuis 2011 peut, à long terme, être cause de détérioration des billets. Toute chose qui, de son point de vue, serait préjudiciable au bénéficiaire final. « Aussi, étant donné que les billets eux-mêmes ne sont pas en cause et qu’il s’agit de biens fongibles dont l’équivalence pourra être représentée, j’ai, en tant que représentant de la société, pris la décision d’autoriser que ces sommes soient réintroduites dans le circuit financier et d’assumer cette décision plutôt que d’avoir à déplorer et à regretter plus tard la détérioration de ces billets dont les conséquences seraient très graves », a estimé Laurent Poda. Du reste, a rassuré le procureur, Ousmane Guiro n’a pas à craindre dans la mesure où il sait qui est le gardien de ces sommes d’argent. Et, pour clore la lecture de sa déclaration liminaire, le procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou dira que : « Le jour où il sera ordonné une restitution totale ou partielle de cet argent, il saura à qui s’adresser ». « Quand et comment la mise en circulation des billets a-t-elle été faite ? », lui a-t-on d’abord demandé. « J’ai donné l’autorisation mais je ne sais pas si ces billets ont été effectivement réintroduits dans le circuit », a d’abord réagi le procureur avant d’ajouter que : « Ce que je sais, c’est que le jour où on va condamner ou acquitter Guiro, le gardien de l’argent, l’Etat, procédera à la restitution. Donc, il ne doit pas laisser les billets se détériorer ».

« Le prévenu, lui son problème c’est quoi ? »

« Le prévenu a-t-il été informé de la décision de mettre les billets en circulation ? », ont encore demandé les Hommes de médias. « Le prévenu, lui son problème c’est quoi ? », s’est demandé le procureur avant de poursuivre qu’en matière pénale, à partir du moment où l’argent a été saisi, l’on peut le garder au niveau du Trésor public. « Le Trésor en est le gardien et il faut grader ça en bon père de famille. Il ne s’agit pas de les garder et au moment de les restituer, l’on constate qu’il sont devenus de la poudre », s’est défendu Laurent Poda. « En mettant les billets en circulation, ne participez-vous pas à faire disparaître le corps du délit ? », ont encore cherché à savoir les Hommes de médias. Pour le procureur, si les billets objets du scellé étaient en cause, il y aurait eu un intérêt à les garder. Mais, dans ce cas précis, a-t-il dit, vu que les billets ne sont pas en cause, l’on est simplement en présence d’un bien fongible. En outre, à entendre Laurent Poda, à partir du moment où la décision sur l’affaire Guiro a été cassée, les pendules sont remises à l’heure en attente d’une autre audience. Ce n’est donc pas seulement les 900 millions de F CFA qui sont concernés par la mise en circulation, mais plutôt la totalité de la somme, soit environ 2 milliards de F CFA. En rappel, le dossier Guiro a été jugé lors des assises criminelles de 2015. A l’issue des débat, Ousmane Guiro a été déclaré coupable et condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis et à payer une amende de 10 millions de F CFA. La cour a également ordonné la confiscation du scellé à hauteur de 900 millions de F CFA, outre les devises étrangères. A la suite de ce verdict, le parquet s’est pourvu en cassation le 22 juin 2015. Ainsi, l’arrêt a donc été cassé en août 2016. S’agissant de la lenteur de la reprogrammation du dossier, Laurent Poda a relevé que cela est lié aux différents troubles qu’a connues le monde judiciaire en 2016, avec la grève des greffiers et des magistrats. « En 2016, nous n’avons pas pu tenir même une seule session. Cette année encore, nous avons fait l’état financier de la tenue des différentes sessions que nous avons rendu à qui de droit. Nous attendons… », a conclu le procureur Laurent Poda.

Adama SIGUE

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+