AVANT-PROJET DE LOI SUR LES REFORMES A L’ASSEMBLEE NATONALE DU TOGO : Ira, ira pas ?

AVANT-PROJET DE LOI SUR LES REFORMES A L’ASSEMBLEE NATONALE DU TOGO  : Ira, ira pas ?

 

Au Togo, l’Assemblée nationale se réunit ce 12 septembre en session extraordinaire. Mais la question que l’on se pose est de savoir si l’avant-projet de loi sur les réformes sera à l’ordre du jour. Ira, ira pas ? En tout cas, depuis quelques semaines, le Togo est en ébullition, avec une rue qui gronde et demande des réformes allant dans le sens de la limitation des mandats présidentiels et de l’adoption du scrutin à deux tours. La question est d’autant plus d’importance qu’au sortir des échauffourées des semaines écoulées entre militants de l’opposition et forces de l’ordre, le Conseil des ministres avait fait état de l’adoption d’un avant-projet de loi qui devrait passer devant la Représentation nationale. Et pour le commun des Togolais, le plus tôt serait le mieux, pour désamorcer la bombe sociale qui menace d’exploser à tout moment.

Il appartient au président Faure Gnassingbé d’arrêter de jouer à la politique de l’autruche

Mais à la veille de cette session extraordinaire qui, dit-on, était programmée de longue date, rien n’indiquait l’éventualité de l’inscription de cet avant-projet de loi  à l’ordre du jour, qui était toujours sujet à polémique. En effet, pour le parti au pouvoir, il y a un certain nombre de procédures à suivre avant que le projet de loi n’atterrisse sur la table des députés. Pour l’opposition par contre, le texte pouvait être introduit en procédure d’urgence. Quoi qu’il en soit, comme on a l’habitude de le dire, à situation exceptionnelle, dispositions exceptionnelles. C’est pourquoi, au regard de la situation et par souci de faire baisser la tension, l’inscription de ce projet de loi à l’ordre du jour de la présente session extraordinaire serait des plus opportunes, si tant est que le gouvernement veuille véritablement jouer la carte de l’apaisement. Ce serait non seulement un gage de bonne foi, mais aussi cela pourrait contribuer à faire retomber le mercure social qui est monté de plusieurs crans ces dernières semaines et qui ne semble pas prêt de retomber avec les prochaines manifestations annoncées de l’opposition qui appelle à un rassemblement ce 12 septembre devant l’Assemblée nationale pour dire non au projet de loi du gouvernement et le 15 septembre prochain pour maintenir la pression. A moins que l’annonce du gouvernement ne fut une ruse, une roublardise de plus pour casser l’élan d’une opposition plus que jamais mobilisée et décidée à aller au charbon, quoi qu’il lui en coûte. Et si cette session se termine sans que le sujet ne soit évoqué, ce serait une preuve supplémentaire que l’objectif du gouvernement était simplement de gagner du temps, car n’ayant plus d’alibi pour continuer à se dérober. Mais à l’étape actuelle de la situation, il ne sert à rien de vouloir jouer la montre. Car, tout porte à croire que la contestation ne faiblira point, tant que l’opposition n’obtiendra pas gain de cause, c’est-à-dire le retour à la Constitution de 1992. Il appartient donc au président Faure Gnassingbé d’arrêter de jouer à la politique de l’autruche et de savoir lire le signe des temps. Autrement, il pourrait payer au prix fort son obstination à vouloir ruser avec son peuple, dans un environnement où ces genres de pratiques ont montré leurs limites sous d’autres cieux. Et ces manifestations qui ont commencé de façon presqu’anodine, pourraient bien sonner le glas de son régime. Surtout que le discours  au sein de l’opposition semble évoluer rapidement, à entendre ces voix qui ne demandent ni plus ni moins que le départ du chef de l’Etat.

L’heure du changement a visiblement sonné

En vérité, Faure doit se rendre à l’évidence qu’au-delà de ces réformes demandées, c’est la question du demi-siècle de règne de la dynastie des Gnassingbé qui pèse le plus sur les Togolais. Et il devrait avoir la lucidité de saisir l’opportunité pour savoir entrer dans l’histoire. Car, de gré ou de force, il sera confronté à cette question et obligé de prendre une décision. Le Togo est donc à un tournant de son histoire. Saura-t-il bien aborder le virage ? En tout cas, jamais l’opposition ne s’est sentie aussi forte ni aussi proche du but. Et ce n’est pas le soutien du peuple qui semble lui faire défaut. C’est pourquoi elle est en droit de penser qu’elle tient le bon bout qu’elle n’est visiblement pas prête de lâcher, car convaincue que si elle échoue à faire plier Faure une fois pour toutes, il ne lui resterait plus qu’à dire adieu à ses rêves d’alternance. C’est pourquoi le peuple togolais ne doit pas se laisser distraire. En décidant de maintenir la pression, l’opposition fait un choix stratégique devant un pouvoir qui pense certainement l’avoir à l’usure. En tout état de cause, il temps pour les dirigeants togolais, de comprendre que les temps ont changé, les peuples aussi. Il leur appartient donc d’en tirer toutes les conclusions et de s’inscrire résolument en droite ligne des aspirations de leur peuple. Aux députés, il leur reviendra, une fois le texte à l’hémicycle, de savoir entrer dans l’histoire en gardant à l’esprit qu’ils sont d’bord et avant tout les représentants du peuple dont l’intérêt prime celui de tout individu, fût-il chef d’Etat.

Toutefois, à la lumière de ce qui se passe au Togo, l’on ne peut que se rendre à l’évidence que l’Afrique, à quelques rares exceptions près, n’a pas sécrété ces grands hommes d’Etat qui savent s’élever au-dessus de leurs intérêts égoïstes pour s’inscrire dans la dynamique des aspirations de leur peuple. Et Faure Gnassingbé est de cette race-là. Mais le peuple togolais ne semble pas prêt à se laisser conter fleurette. Car, 50 ans, c’est trop, et l’heure du changement a visiblement sonné.

 « Le Pays »

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