PROJET DE REVISION DU CODE ELECTORAL : Le grand recul  

PROJET DE REVISION DU CODE ELECTORAL : Le grand recul   

 

Au Burkina Faso, la polémique enfle autour de l’avant-projet de texte portant relecture du Code électoral. Pendant que l’opposition crie au scandale, le gouvernement crie à la manipulation. En tout cas, si le texte comporte des points positifs comme la question du mode de désignation des maires qui peut être considéré comme une avancée, il n’en demeure pas moins que le texte de travail qui a été soumis aux partis politiques pour amendement, comporte, à en croire ces derniers, des germes confligènes en ce qu’il prévoit, entre autres, la dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la possibilité de voter avec des documents non-sécurisés comme l’acte de naissance, sans oublier la menace qui plane sur le vote des Burkinabè de l’étranger. S’il en est vraiment ainsi, l’on peut comprendre que l’opposition ait commencé à ruer dans les brancards car, si l’intention du gouvernement est d’instaurer de telles dispositions rétrogrades dans le nouveau Code électoral, ce serait un véritable recul pour le pays des Hommes intègres, en raison du parcours qui a été le sien jusque-là, en matière électorale, et qui lui vaut le respect des autres nations.

Le gouvernement doit vite clarifier ses intentions

En effet, quand on sait que le Code électoral est un instrument qui permet d’améliorer la démocratie dans un pays, il est difficile de comprendre comment on peut demander la suppression d’une institution comme la CENI, qui a valu au Burkina des lauriers au point d’être cité en exemple. Surtout avec la présidentielle et les législatives couplées de 2015 qu’elle a réussi à organiser avec brio, avec à la clé des résultats acceptés de tous et proclamés dans des délais qui battent bien des records. Avec ces élections de 2015 qui ont été unanimement saluées et qui valent au Burkina la place qui est aujourd’hui la sienne dans le paysage des pays démocratiques sur le continent, l’on peut dire que le pays a franchi un cap. Comment vouloir alors revenir en arrière, quand on sait que la bataille pour que cette institution qui fait aujourd’hui la fierté du Burkina, réponde véritablement à son rôle de régulateur des élections, a été l’objet d’une lutte de longue haleine ?  Disons-le tout net : si le Burkina Faso a réussi à tirer son épingle du jeu en 2015, c’est bien grâce à la CENI  qui a su se mettre au- dessus de la mêlée, au moment où les ingrédients d’une déflagration étaient en train d’être réunis pour faire capoter le processus. C’est pourquoi l’on ne peut comprendre une quelconque fatwa contre cette institution qui a si brillamment fait ses preuves en tentant au mieux, surtout ces dernières années, de rester à équidistance des chapelles politiques, au point que l’on veuille aujourd’hui la guillotiner au profit d’une structure de l’Administration publique dont la forte politisation est déjà un motif suffisant pour mettre en doute son indépendance et son impartialité. C’est pourquoi le gouvernement doit vite clarifier ses intentions. Car, au regard de l’histoire récente de notre pays, le bon sens veut que l’on travaille à renforcer la CENI, plutôt que de vouloir l’immoler sur l’autel d’intérêts qui ne sauraient être ceux du peuple burkinabè. Dans le même ordre d’idées, il est difficilement compréhensible que pour un pays qui a expérimenté la biométrie au point de vouloir l’exporter, l’on en vienne à admettre des documents de vote non-sécurisés comme l’acte de naissance, qui pourraient remettre en cause l’utilité même d’un système qui a pratiquement coûté la peau des fesses  au Trésor public et dont on a accepté le sacrifice parce qu’ayant foi en sa qualité de paravent contre la fraude électorale qui fait le lit des conflits électoraux en Afrique.

Il faut éviter de vouloir ruser avec les textes

On ne peut donc pas enseigner les bonnes pratiques ailleurs et vouloir faire le contraire chez soi. On a vu ce que l’utilisation de documents non-sécurisés pour le vote a causé comme conséquences dans certains pays comme le Niger. S’il s’agit de revenir à des pratiques dépassées, qui ont du reste montré toutes leurs limites,  alors le pouvoir peut, dès à présent, se convaincre qu’il se trompe de chemin. Il faut savoir tirer leçon du passé. Car, le Burkina Faso a suffisamment souffert de la faiblesse de ses textes pour se laisser embarquer à nouveau dans une aventure qui pourrait faire sortir les djinns de leur bouteille, ou favoriser le retour des vieux démons. Le pouvoir a donc intérêt à revoir sa copie et à se faire mieux comprendre. Mieux, il devrait travailler à éviter de toujours donner des verges pour se faire fouetter. Car, après le projet de loi sur le droit de grève qui a récemment fait des gorges chaudes, cette histoire de révision du Code électoral sur fond de calculs politiciens qui suscite déjà un tollé, risque d’être fortement préjudiciable à son image s’il n’y prend garde. Quant au vote des Burkinabè de l’étranger, s’il n’est pas manié avec dextérité, il reste  une bombe à retardement qui pourrait causer des dégâts inimaginables. Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, l’on ne peut pas dire que les critiques formulées contre ce document ne sont pas fondées. En cela, c’est un grand recul.

En tout état de cause, il faut éviter de vouloir ruser avec les textes. Plus ils sont clairs, mieux cela vaut pour tout le monde en terme de paix sociale. Et le pouvoir actuel ne devrait jamais perdre de vue qu’il est arrivé aux affaires dans un contexte particulier, qui l’oblige à marcher sur des œufs. Autrement, les mêmes causes risquent de provoquer les mêmes effets.

 « Le Pays »

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