PUTSCH MANQUE AU GABON

PUTSCH MANQUE AU GABON

 Un pansement sur une jambe de bois

24 heures après le coup d’Etat déjoué au Gabon, la vie avait du mal à reprendre dans la capitale où les habitants n’étaient toujours pas rassurés. Entre peur, craintes et déception, les Librevillois sont restés pour la plupart cloîtrés chez eux, malgré les assurances des autorités qui ont fait savoir depuis la veille, que la situation était sous contrôle. C’est dire si les populations ont été traumatisées par ces événements de début d’année qui ont pris plus d’un de court, avec le crépitement des armes et le déploiement d’une armada, qu’ils n’ont pas coutume d’entendre tonner.

Cela dit, si la prompte réaction des Forces de défense et de sécurité gabonaises ont certes permis de mettre rapidement en échec le coup de force, pour autant cela ressemble à un pansement sur une jambe de bois.

La mise en échec du coup d’Etat a déplacé le débat, mais n’a pas résolu le problème

Car, les raisons politiques avancées par les putschistes pour justifier leur acte, notamment  le doute sur la capacité du chef de l’Etat « à assurer la fonction de président de la République », suite à son accident vasculaire cérébral (AVC), demeurent toujours d’actualité. Une situation qui a mis le pays sous tension, face à la poussée de l’opposition qui entendait voir déclarée la vacance du pouvoir. Cela a aussi entraîné un véritable malaise au sein de l’appareil d’Etat où les antagonismes ont très vite surgi. C’est dire donc que ce n’est pas en cassant le thermomètre, que la fièvre du débat sur la santé du président Ali Bongo va forcément baisser. Bien au contraire, en posant le problème de façon aussi frontale, l’éphémère « Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité » du lieutenant Kelly Ondo Obiang, restera au moins dans l’histoire comme celui qui aura osé tenter de crever l’abcès. Et cela devrait obliger Ali Bongo et les siens, à un branle-bas de combat pour que le valétudinaire président puisse rentrer le plus tôt possible au pays, pour couper court à toutes les supputations.

Mais, au-delà, la véritable question de fond reste celle de savoir si Ali Bongo Ondimba dispose toujours des capacités physiques et mentales pour continuer à diriger le Gabon. Une question à laquelle tôt ou tard, les autorités gabonaises devront impérativement répondre ; elles sur qui tous les regards sont à présent braqués. C’est dire si la mise en échec du coup d’Etat a déplacé le débat, mais n’a pas résolu le problème.

En tout état de cause, s’il est politiquement incorrect en démocratie, de chercher à prendre le pouvoir par des voies non constitutionnelles, il est aussi condamnable que ceux tout qui sont portés à la tête de grandes institutions pour veiller au bon fonctionnement de la République, rechignent à appliquer en toute impartialité, les textes dans la lettre et l’esprit de la loi fondamentale.

En vérité, plus que les coups d’Etat, l’Afrique surtout dans sa partie centrale, est aujourd’hui malade de ces institutions censées jouer un rôle d’arbitre, mais qui se révèlent malheureusement bien souvent à la solde des princes régnants. Et quand par-dessus tout, l’horizon est bouché par  des règles du jeu démocratique biaisées et que l’alternance par les urnes est rendue impossible, il ne reste plus aux pauvres populations en lutte pour leur mieux-être, que les insurrections ou autres malheureux coups de force de ce genre, comme seules alternatives pour   provoquer l’alternance.

La communauté internationale doit appeler le pouvoir gabonais au discernement

Cela doit donner à réfléchir. Pas qu’aux seuls gouvernants égoïstes et immoraux, mais aussi à toutes ces institutions internationales et autres organisations supranationales souvent promptes à condamner les coups d’Etat (ce que l’on comprend), mais qui sont   malheureusement  atones voire aveugles lorsque la démocratie est malmenée par des satrapes (ce que l’on ne comprend pas) au vu et au su de tout le monde. C’est une question de logique et de responsabilité politique à laquelle elles ne sauraient se soustraire. Autrement, l’Afrique continuera à accuser, pour longtemps encore, ce retard démocratique qui plombe du même coup son développement économique. Car, il est de notoriété publique que les longs règnes produisent des effets néfastes sur le développement, en raison surtout des mauvaises habitudes qui font le lit de la mal gouvernance. Mais quand on sait que l’on doit passer la main un jour et que l’on est astreint à un devoir de redevabilité, l’on est souvent enclin à faire attention où l’on met les pieds pour ne pas traîner de casseroles.

Pour en revenir au Gabon, maintenant que le coup de force a foiré, il faut craindre que s’ouvre une période de chasse aux sorcières, qui risque d’être très atroce. Car, autant « chat échaudé craint l’eau froide » comme le dit l’adage, autant l’on peut craindre que le pouvoir de Libreville ne profite de cette situation pour procéder à un « nettoyage » en règle des écuries d’Augias, non seulement afin de dissuader toute aventure du genre, mais aussi pour se débarrasser définitivement d’adversaires gênants. Les opposants doivent se le tenir pour dit. C’est pourquoi la communauté internationale doit d’ores et déjà, appeler le pouvoir gabonais au discernement  et  à ouvrir   le bon oeil.

 « Le Pays » 

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