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PUTSCH MANQUE AU GABON

  

 

Un coup de force qui devrait donner à réfléchir

 

Hier, 7 janvier 2019, les Gabonais se sont réveillés avec le message à la radio nationale d’un groupe de militaires, se présentant comme le « Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité » et qui disaient avoir pour ambition de mettre sur pied un « Conseil national de la restauration », « après consultation des forces vives de la nation, afin d’assurer la continuité de l’Etat et de garantir au peuple gabonais une transition démocratique ». Leur démarche se justifierait par le fait que le message de fin d’année du président Ali Bongo toujours en convalescence au Maroc après son accident vasculaire cérébral d’octobre dernier, « a renforcé le doute sur sa capacité à assurer la fonction de président de la République ». Et de poursuivre : « une fois encore, une fois de trop, les conservateurs acharnés du pouvoir, dans leur funeste besogne, continuent d’instrumentaliser et de chosifier la personne d’Ali Bongo Ondimba sous le regard complice de la haute hiérarchie militaire ».

 

Kelly Ondo Obiang et ses camarades étaient loin de se douter que leur aventure tournerait en coup d’Etat le plus bref du monde

 

Une situation qui a créé la confusion à Libreville en ce début d’année 2019. Mais ce dont le lieutenant Kelly Ondo Obiang et ses camarades étaient certainement loin de se douter, c’est que leur aventure tournerait en coup d’Etat le plus bref du monde. En effet, après leur annonce tonitruante et matinale sur les ondes de la radio nationale, il aura fallu moins de quatre heures aux forces régulières pour mettre fin à ce pronunciamiento qui traduit tout l’amateurisme de ses concepteurs dont certains ont été retirés comme des rats du réduit de la Radio nationale où ils s’étaient retranchés.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Ali Bongo l’a échappé belle car ces soldats mutins sont visiblement des apprentis-putschistes qui ont mal ficelé leur affaire. Autrement, le pouvoir du locataire du Palais du bord de mer aurait pu se conjuguer au passé sans que cela ne déplaise à certains Gabonais. Même s’il faut toujours se méfier de la soldatesque car on ne sait jamais si elle vient pour « balayer la maison » ou pour s’y installer durablement. En tout état de cause, on retient que même sur son lit d’hôpital, Ali Bongo Ondimba (ABO) est visiblement toujours suffisamment puissant pour préserver son pouvoir.

Cela dit, cette tentative de renversement de Bongo fils devrait tout de même donner à réfléchir. Car, s’il est malséant de célébrer un coup d’Etat quand on se réclame démocrate, il faut convenir que dans le cas spécifique du Gabon, le contexte n’y était pas défavorable. Surtout en ces moments où, frappé par la maladie et cloué sur un lit d’hôpital loin de son pays, Ali Bongo Ondimba est plus que jamais sur la sellette dans son pays où la question de son invalidité et de sa succession fait débat au point de susciter des divergences au sein même du pouvoir. Pendant ce temps, l’opposition continue de ruer dans les brancards et ne comprend pas les tergiversations et les réticences des autorités à déclarer la vacance du pouvoir. Toute chose qui devrait conduire à l’organisation très prochaine d’un nouveau scrutin, bien entendu sans Bongo fils.

 

L’on ne peut pas condamner un coup d’Etat militaire et cautionner un braquage constitutionnel

 

C’est dans un tel climat de malaise et de tensions multiformes qu’est intervenu le coup d’Etat du lieutenant Obiang dont on ne peut pas dire qu’il était vraiment une surprise. D’un certain point de vue, on peut même dire qu’Ali Bongo l’aura cherché. Car, après avoir été réélu dans les conditions que l’on sait, ABO aurait dû lire les signes des temps quand il a été durement frappé par la maladie, comme si la nature elle-même avait décidé de jouer sa partition. Dans le cas d’espèce, après près de vingt ans de pouvoir, quand on devient aussi physiquement et moralement diminué et que l’on se retrouve au bord du précipice de l’impotence, il faut savoir se décider à passer la main sans y être contraint de quelque façon que ce soit. Au-delà du Gabon, c’est toute l’Afrique qui est interpellée. Car, il est grand temps de mettre fin à cette race de dirigeants politiques dont certains parviennent au pouvoir par les liens du sang, et s’obstinent à faire obstruction au jeu de l’alternance. Tant qu’il en sera ainsi, des coups d’Etat comme celui d’hier au Gabon, paraîtront toujours comme un moindre mal face aux velléités monarchistes de chefs d’Etat dont toute l’action ne vise qu’à biaiser le jeu démocratique pour s’éterniser au pouvoir.

Cela dit, les questions que l’on pourrait se poser sont les suivantes : qu’est-ce qui se cache derrière ce putsch ? Est-ce simplement le fait de militaires mutins ou bien y a-t-il une main invisible tapie dans l’ombre ? Bien malin qui saurait répondre à cette question. Mais d’ores et déjà, l’on peut craindre que ce putsch avorté ne donne lieu à une chasse aux sorcières au-delà même du cercle restreint des putschistes.

En tout état de cause, quand l’alternance par la voie des urnes est impossible parce que le scrutin a fait l’objet d’un hold-up électoral, il faut craindre la survenue récurrente de ce genre de situations sur le continent. En cela, ce coup de force peut être lu comme le reflet de la volonté de changement des Gabonais et traduit à n’en point douter le profond malaise que traverse le pays. A tout le moins, il doit sonner comme une alerte aux autorités, à respecter l’esprit et la lettre de la Constitution gabonaise, en faisant les choses dans le strict respect des règles constitutionnelles. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, la question de l’invalidité du président Ali Bongo Ondimba doit trouver une réponse cohérente. Car, l’on ne peut pas condamner un coup d’Etat militaire et cautionner un braquage constitutionnel pour préserver les intérêts d’un individu ou d’un clan. Or, tout porte à croire que c’est à ce jeu périlleux que sont en train de se livrer les tenants du pouvoir au Gabon depuis le déclenchement de l’AVC du président Bongo.

 

« Le Pays »

 

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