PUTSCH MANQUE DE 2015 : Le réquisitoire de Me Hermann Yaméogo contre la Justice militaire

PUTSCH MANQUE DE 2015 :    Le réquisitoire de Me Hermann Yaméogo contre la Justice militaire

 

 

Quelqu’un me disait une fois qu’il ne fallait pas provoquer Me Hermann Yaméogo ; sinon il réagirait de manière totale, ferme. Entre la Justice militaire et le président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), il y a une histoire. Une histoire qui est née suite au coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015 et pour lequel, soupçonné d’y avoir trempé ses mains, Me Hermann s’est retrouvé  au « gnouf » à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA). Ce séjour, éprouvant pour l’homme du « tékré », lui a   inspiré un livre. « La Justice militaire, on supprime ou on supprime ». Voilà le titre de l’œuvre. C’est un véritable réquisitoire ou un billet contre les tribunaux d’exception, plus exactement contre la Justice militaire. Le sujet a fait l’objet d’une causette entre l’auteur et les médias, hier, jeudi 16 novembre 2017.

Dans la causette à laquelle Me Hermann Yaméogo a convié les journalistes, au  moins trois sujets étaient inscrits à l’ordre du jour : la Justice militaire, la réconciliation nationale et l’actualité nationale. Il n’y avait pas seulement les journalistes. Achille Tapsoba, président par intérim du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et président de la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER), était présent. Aziz Dabo de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA) également. Pour ne citer que ces deux invités, autorisés, comme d’autres cadres de l’UNDD présents, à prendre la parole pour répondre aux préoccupations des « scribouillards ». « La Justice militaire, on supprime ou on supprime ». Le titre de l’œuvre donne le ton de la teneur de son contenu.  Un résumé express de la pensée de l’auteur comme document de travail, a été remis aux journalistes. « Nous défions l’accusation d’apporter le moindre indice probant que nous avons financé le putsch, ou des actes de violence contre des personnes ou des biens à l’occasion du putsch. S’entêter à prétendre le contraire, au mépris de la réalité la plus évidente sans de surcroît  pouvoir fournir la moindre preuve, voilà ce qu’est la caricature d’une Justice inféodée aux forces politiques dominantes du moment ».  Voilà ce qu’affirme l’auteur pour qui la Justice militaire montre des « tendances à s’affranchir des contraintes du droit ».

Des reproches à la pelle

 

En un mot comme en cent, Me Hermann, comme au prétoire, décoche ses flèches contre la Justice militaire. Les reproches sont nombreux. Séquences : « arbitraires dignes des cabarets du coin, sans aucune base légale. Pas un seul rattachement aux éléments qui, légalement, caractérisent une infraction. Pas de recherches attestées par des preuves que les inculpés ont, au vu de tel acte, assistance ou recel, participé en toute connaissance de cause, en tant qu’auteur, complice ou receleur à l’infraction » ; « nous sommes finalement poursuivis dans cette affaire (coup d’Etat manqué, ndlr) sur la base d’incriminations idéologiques non réprimées en droit. Et nous sommes face à une accusation incapable de rapporter les preuves de ce qu’elle prétend » ; « autre incongruité dans la procédure, c’est la déduction faite de mon opposition traditionnelle à l’exclusion, pour en conclure ipso facto que je suis le maître d’œuvre du coup d’Etat » ; « tout ce qui pouvait aider à démonter les inculpations, a été mis de côté. Pour preuves : l’absence de la moindre confrontation, a fortiori confondantes, et d’une quelconque déclaration incriminante sérieuse de co-inculpés et de toute pièce probante dans le dossier » … La liste est longue, mais un autre aspect abordé par l’auteur mérite d’être souligné. Il s’agit de ce qu’il appelle des « inculpations sélectives ».  « A ce sujet, dit-il, le général Gilbert Diendéré s’en est légitimement ému, saisissant l’opinion d’un exemple édifiant de manque d’impartialité de la Justice militaire, et de violation du principe d’égalité garanti par la Constitution. Non seulement le chef d’état-major général des armées et d’autres officiers supérieurs qui ont manifestement participé au coup, (en l’adoubant avant toute proclamation et en participant aux actes préparatoires), n’ont pas été inculpés, contrairement à d’autres qui, pour bien moins que ça, ont été expédiés à la MACA ».

 

Bannir les juridictions d’exception ferait du bien à la démocratie

 

Pour Me Hermann Yaméogo,  « aujourd’hui, plus qu’au moment où » il écrivait à la MACA cet ouvrage réquisitoire, « bannir les juridictions d’exception et en particulier la Justice militaire de notre espace juridictionnel, nous ferait plus entrer en démocratie et en république ». L’auteur est convaincu que la « Justice militaire n’est pas apte à administrer la justice dans la normalité judiciaire, autrement dit, en harmonie avec la Constitution, avec le droit international relatif aux droits de l’Homme, avec les standards démocratiques ». En clair, Hermann Yaméogo,  inculpé  et placé sous mandat de dépôt dans le cadre du coup d’Etat du 16 septembre 2015, ne se reconnaît aucunement dans les charges retenues contre lui, et se considère comme  « un prisonnier politique renvoyé devant une juridiction d’exception, par ailleurs incompétente ». L’on ne peut s’empêcher de constater, de façon caricaturale, qu’entre Me Hermann Yaméogo et les juridictions d’exception, il y a un « contentieux » qui se répète. Alors qu’il n’avait que 18 ans, Hermann a été jugé et condamné par une juridiction d’exception en 1968. Il restera deux ans en prison. 49 ans après, Hermann se retrouve, encore une fois, devant une juridiction d’exception.

Michel NANA

 

 

 

Comme indiqué, la question de la réconciliation nationale a été débattue lors de cette rencontre entre le président de l’UNDD et les journalistes. « Loin d’être ce pays modèle en matière de gouvernance, constate Hermann, le Burkina Faso s’enlise dans une crise multiforme sans que le pouvoir ne se fixe pour priorité de la résorber par la réconciliation nationale mise en œuvre grâce au mécanisme de la justice transitionnelle, comme la logique et le sens de la responsabilité le commandent ». Pour lui, la réconciliation nationale a trois dimensions essentielles : le champ interpersonnel, la réconciliation entre le citoyen et l’Etat, la réconciliation de la Nation avec sa mémoire.  Le président de l’UNDD plaide pour une justice transitionnelle qui est une série de dispositions de nature judiciaire ou non destinées à remédier à une histoire marquée par de grandes violations de droits humains, à la suite d’une guerre, ou de la gestion autoritaire d’un Etat.

 

MN

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1 Commentaire

  1. Garwa

    Il fallait ecrire depuis la création du tribunal militaire. Comme ça aujourd’hui tu ne serais pas jugé par elle, on ne va pas changer les règle du jeu pour Hermann.

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