RAHINATOU SAWADOGO, / OUEDRAOGO, maire UPC de l’arrondissement  3  de Ouagadougou : « Que le maire central le veuille ou pas, il est obligé de travailler avec tous les maires d’arrondissement»

RAHINATOU SAWADOGO, / OUEDRAOGO, maire UPC de l’arrondissement  3  de Ouagadougou : « Que le maire central le veuille ou pas, il est obligé de travailler avec tous les maires d’arrondissement»

A la faveur des élections municipales de 2016, seules 10 femmes ont été élues maires alors que le Burkina compte  351  communes. Parmi ces femmes, Rahinatou Sawadogo/Ouédraogo, maire de l’arrondissement 3 de la ville de Ouagadougou. A  peine installée dans ses fonctions  de maire que les problèmes ont commencé pour elle.  Son arrondissement traverse une zone  de turbulences dont le paroxysme a été atteint avec le dépôt, par des conseillers municipaux, d’une motion de défiance à son encontre, le  31 mars  2017.  Le lundi 6 novembre 2017, une session a été convoquée à la mairie centrale pour statuer sur  cette  motion de défiance, mais le quorum n’ayant pas été atteint, la motion n’est pas passée.  En dépit de toutes ces préoccupations,   Rahinatou Sawadogo/Ouédraogo, l’une des plus jeunes maires du Burkina,  entend se battre pour le  développement de l’arrondissement 3 de la ville de Ouagadougou. Elle est la toute première femme invitée dans le cadre de notre rubrique « Mardi politique ».

En ce début de nouvel an, quels sont vos vœux pour la population de l’arrondissement 3 ?

 

C’est l’occasion pour moi de saluer toute la population burkinabè en général et celle  de mon arrondissement   en particulier.  L’arrondissement 3 est un grand  arrondissement.  Il est habité par une population vaillante qui s’y met pour son développement.  Je souhaite que Dieu fasse que chaque jour, règnent la paix et  la santé dans les différentes familles résidentes dans cet arrondissement. Cette année qui vient de nous ouvrir ses portes,   doit être une lumière  pour toutes les populations. Qu’elle nous procure une santé de fer, la paix partout où  nous sommes  pour qu’ensemble,  nous puissions lutter pour le développement de notre arrondissement.

Pouvez-vous nous faire un bref aperçu de votre arrondissement ?

 

L’arrondissement 3 est composé de 5 secteurs.  A savoir  le secteur 12 qui regroupe les anciens quartiers de Naabpougo,  le camp militaire  Sangoulé Lamizana, le secteur 13 qui regroupe les anciens  quartiers  de    Zongo,  une partie du quartier Koudlayonré, le secteur 14 qui regroupe les anciens  quartiers de  Nonsin et de  Rimkièta,  le secteur 15 qui regroupe les anciens quartiers  Kilwin, ex-secteur 20, et une partie de l’ex- secteur 21, le secteur 16 qui regroupe les anciens quartiers  de l’ex-secteur 22 et tout le quartier Tampouy.

« Notre plus grand souci, c’est la mobilité »

 Pouvez nous faire le bilan à mi- parcours de votre mandat ?

 

Depuis  que nous sommes à la tête de cet arrondissement, nous avons  tenté autant  que  faire se peut, d’apporter  une touche pour son développement. C’est une mission qui n’est pas du tout  facile. Nous tentons de nous enquérir   seulement des préoccupations, et nous essayons au mieux de les résoudre au cas par cas.   Nous avons fait beaucoup de choses  pour le rayonnement de l’arrondissement, à savoir des visites  de terrain,  des activités de visibilité comme des journées portes-ouvertes  pour permettre à la population de découvrir davantage son arrondissement et la rapprocher   des  services de la mairie. A cette occasion, nous avons établi des actes de naissance,  des actes de décès, et nous avons organisé des mariages collectifs au profit de certains résidents. Par le biais de la contribution et de la collaboration de la même population, nous avons pu arranger quelques voies.  En termes de mobilité,  nous sommes un peu enclavés.  Pour  pallier ces difficultés, nous avons sollicité la participation citoyenne et cela  nous a permis de refaire  des voies non bitumées. Nous continuons sur cette même lancée, parce que c’est main dans la main que nous allons pouvoir  relever les différents défis.

Quelles sont les perspectives pour le reste de votre mandat ?

 

 Nous sommes très  ambitieux à l’arrondissement 3. Je ne sais pas  si les moyens mis à notre disposition nous permettront d’y arriver, mais nous avons beaucoup de projets.  Notre plus grand souci, c’est la mobilité.  Il y a des secteurs   qui n’ont toujours  pas de  voies praticables.  Nous sommes en train de travailler, en collaboration avec la mairie centrale,  parce que nous n’avons pas une autonomie financière qui puisse  nous permettre de  prendre à bras-le-corps toutes ces préoccupations. Compte tenu du fait que la commune de Ouagadougou,  en fonction de ses  disponibilités,  nous  accompagne, nous avons l’obligation de chercher des partenaires  qui  peuvent  nous aider à réaliser  les projets qui  nous tiennent  à cœur.  Je souhaite que ceux qui nous liront, fassent parler leur  cœur afin de nous permettre de réaliser de grands projets au profit  des populations de l’arrondissement 3 de la ville de Ouagadougou.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face,  dans l’exercice de votre     fonction de maire ?

 

Les difficultés ne manquent pas. Vous avez certainement appris,  depuis le  31 mars  2017,  le dépôt d’une motion de défiance à mon encontre.  Cette motion qui a pris beaucoup de notre temps,  ne nous a pas permis de fonctionner comme il se devait.  Malgré ces péripéties, nous avons tenté de faire de notre mieux pour  faire avancer la mairie afin qu’il n’y ait pas de blocage.  Je pense qu’avec l’expérience que la tutelle a, elle pourra  s’impliquer pour que la sérénité revienne  à l’arrondissement 3 pour que les conseillers se remettent ensemble pour pouvoir travailler.

« Les hommes, aujourd’hui, ne veulent    pas se faire diriger par une femme »

Vous êtes l’une des rares femmes à diriger une mairie.  Est-ce un avantage ou un inconvénient d’être femme  en politique ?

 

Je dirai un avantage, parce que lorsqu’une femme est à la tête d’une organisation, son ambition de réussir ou  de faire de l’inédit,  lui permet   toujours d’aller jusqu’au bout.  Cela peut être  considéré comme un avantage. L’inconvénient, c’est que les hommes, aujourd’hui, ne veulent    pas se faire diriger par une femme.  Encore moins une jeune femme comme moi. Cela constitue un obstacle, puisque ça ne  nous permet pas d’avancer comme on l’aurait souhaité, mais cela ne nous enlève en rien notre volonté de nous battre pour le développement de l’arrondissement, à partir du moment où nous avons accepté qu’on nous  mette la corde au cou comme on le dit bien chez nous.

Peut-on dire que  les femmes occupent suffisamment de postes électifs comme le stipule la loi sur le quota genre  en vigueur au Burkina Faso?

 

Je peux dire non. La loi sur le quota genre a été bel et bien votée et promulguée au Burkina, mais sa mise en œuvre pose quand même problème. Les gens ont tendance  à croire que  lorsqu’on parle du genre, c’est uniquement la femme.  Ce n’est pas le cas. Il faut plutôt parler de la prise en compte de la femme.      La loi a été votée, oui, mais son application pose problème. Chaque fois qu’on parle de mobilisation, on fait appel aux  femmes. Effectivement, si la femme  s’engage, elle le fait à fond.  Elle n’aime pas échouer, elle n’aime pas les défaites.   Je  ne voudrais pas parler de parité comme  d’aucuns le pensent, mais je souhaite  qu’on tienne compte de la femme dans les postes électifs.  Rares sont les femmes qui occupent des postes électifs aujourd’hui.  Sur les 351 communes au Burkina, il n’y a que 10 femmes qui sont maires. C’est trop peu. Quand on parle des postes  électifs en général qu’occupent les femmes, c’est alarmant comme résultat,  comparé à ceux occupés par des hommes.  Si l’on ne revoit pas la copie,  je suis convaincue que l’on cherchera en vain des candidatures  féminines lors des prochaines élections.  Car, même celles qui ont accepté de s’engager, ne sont pas bien traitées. Elles  ne sont pas encouragées, si fait qu’elles sont peu enclines à amener  leurs sœurs ou  mères à leur emboiter le  pas.  Donc, on peut dire que beaucoup reste à faire.

D’aucuns disent que quand on est maire de l’Opposition,  on n’est pas dans les bonnes grâces du maire central. Est-ce votre cas ?

 

Quand on est du côté de l’opposition, il faut s’attendre à tout. En principe,  avant de s’engager dans l’opposition, on doit être convaincu de ce  que l’on veut et de ce que l’on fait.  Du moment où vous n’êtes  pas avec le parti au pouvoir ou  avec la majorité présidentielle,  on va toujours chercher à mettre du sable dans votre couscous.  Quand on se prépare pour quelque chose, on doit l’affronter.  Ce n’est pas pour autant qu’on ne va pas collaborer.  Que le maire central le veuille ou pas, il est obligé de travailler avec tous les maires d’arrondissement, quels que soient leurs  bords politiques. A   mon avis, après la campagne,  on doit faire fi de nos différences, nos idéaux  politiques,  pour fédérer nos forces pour l’avancée réelle de nos arrondissements et de notre commune en général.

La plupart des arrondissements font face à des problèmes de lotissement. Est- ce que votre arrondissement traîne aussi un passif ?

 

Si. Mon arrondissement traîne un passif du moment où avec les mesures gouvernementales,  le processus de lotissement  n’a pas connu  une fin. On ne peut pas ne pas traîner un passif. C’est vrai que nous avons des anciens secteurs qui n’ont plus besoin d’être lotis, mais  il y en qui étaient dans le projet de lotissement. Compte  tenu du fait que les travaux ont été interrompus, cela constitue un blocage. Aujourd’hui, sans une commission d’audit financier, nous ne pouvons pas régler les litiges dans nos mairies.

 Votre arrondissement traverse une crise qui a failli vous emporter. Qu’en est-il ?

 

J’ai effectivement été éprouvée, sans vous mentir, depuis le 31 mars 2017 jusqu’à ce jour,  par cette fameuse motion de défiance  qui a été déposée à mon encontre. Depuis le 30 mars 2017,  jusqu’à ce jour, je suis seule à assumer toutes les tâches  administratives de la mairie. Mes  deux adjoints font  partie des conseillers frondeurs.  A mon humble avis, c’est parce que nous avons mûri les réflexions ensemble. A l’heure où je vous parle, on ne s’est pas encore assis pour discuter d’un problème quelconque qui puisse nous emmener à nous haïr au détriment de cette population que nous prétendons  tous aimer.  Je  fonde l’espoir que ceux qui sont en train de grenouiller vont revenir à la maison, au bercail pour qu’ensemble, la mission qui est confiée à chaque conseiller de l’arrondissement 3,  puisse  être accomplie.  Au soir du bilan, nous serons jugés.

 Peut-on dire aujourd’hui que la tempête est derrière vous ?

Depuis  le 6 novembre 2017,  la dernière session qui a eu lieu à la commune  de Ouagadougou  convoquée  par le haut-commissaire, a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Malheureusement ou heureusement, après cette rencontre, la tutelle, jusqu’à présent, ne s’est pas encore prononcée et les conseillers  frondeurs également sont toujours dans l’attente  que le maire tombe. Mais il  ne tombe pas. A cause de ce  silence, je dis  que c’est toujours le statu quo. Mais  cela ne nous empêche pas de fonctionner. Comme je l’ai dit,  nous faisons de notre mieux pour que l’arrondissement ne  sombre pas.

« La cohésion est  très importante au sein d’un parti politique »

Votre parti politique, l’Union pour le progrès et le changement,  a connu une crise suite à une fronde qui a conduit à la création d’un groupe parlementaire (UPC- RD). Comment avez-vous accueilli cela ?

 

Je  ne souhaite   pas me prononcer sur cette question, puisque  je ne suis pas députée. Mais je puis vous dire que c’est avec un cœur meurtri que  j’ai accueilli  cette nouvelle. Comme nous sommes en  famille,  nous ne  pensions pas que du jour au lendemain, cette famille pouvait être divisée jusqu’à ce point.  Cela a des conséquences sur nous-mêmes et sur le parti.  La cohésion est  très importante au sein d’un parti politique. Et  quand les choses en arrivent là, cela sème le doute dans la tête des militants.  Cela crée  également la division dans le groupe ;  ce qui n’est pas bon pour la famille.

Quelle appréciation faites- vous de la  gouvernance de Roch Marc Christian Kaboré ?

Je suis de l’opposition  politique et je crois sincèrement que ça ne  va pas. Nous avions  cru qu’avec ce qui s’est passé les 30 et 31 octobre 2014, cela allait  servir de leçon à nos dirigeants. Malheureusement, nous constatons amèrement que les gouvernants refusent de comprendre les réalités que vivent les Burkinabè. Si aujourd’hui, nous  ne pouvons pas nous asseoir pour jeter un regard sur ce qui ce qui s’est passé,  repartir sur de nouvelles bases, je pense  que nous allons toujours échouer. Je pense que le pouvoir a intérêt à collaborer.

 Interview réalisée et retranscrite par Issa SIGUIRE

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