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RAPATRIEMENT DE NIGERIANS D’AFRIQUE DU SUD

L’humiliation d’outre-tombe de Madiba

Ce mercredi 12 septembre 2019, marque le début du retour au pays natal de quelque 600 ressortissants nigérians  fuyant les violences xénophobes en Afrique du Sud. Ce rapatriement volontaire décidé par Abuja est rendu possible par le   Directeur général de la compagnie aérienne nigériane Air Peace, Allen Onyema, qui s’est proposé de transporter, à titre gracieux, ceux de ses compatriotes qui ont manifesté le désir de regagner la terre natale après qu’ils ont tout perdu dans leur pays d’accueil ou qui craignent  pour leur sécurité dans un pays qui a ouvert, depuis quelques semaines, une nouvelle saison de  chasse aux étrangers. Il faut commencer par saluer ce pont aérien voulu par les autorités nigérianes  qui, au-delà de l’acte humanitaire, répondent à leur devoir  régalien qui est de veiller à la sécurité de tous les Nigérians et de leurs biens, où qu’ils se trouvent. Ce faisant, l’Etat nigérian fait preuve de grandeur tout comme il avait donné à voir en prenant des dispositions utiles pour limiter les actes de représailles contre les Sud-Africains et leurs intérêts au Nigéria, aux lendemains des violences qui ont pris pour principales cibles les immigrés d’origine nigériane en Afrique du Sud.

 

Ils ont souillé la mémoire de Nelson Mandela

 

Cela dit, autant l’on peut tresser des lauriers à Muhammadu Buhari et à son gouvernement, autant il faut blâmer la haine qui anime les Sud-Africains qui    font ainsi montre d’une impardonnable amnésie. Non seulement, ils déchirent, pour la jeter à la poubelle de l’histoire, la page de l’infaillible solidarité que l’Afrique tout entière leur a témoignée pendant le dur combat contre le régime ségrégationniste de l’apartheid dont la fin leur a apporté la liberté. Mais aussi, ils ont souillé la mémoire de Nelson Mandela, icône du pardon et de la paix mondiale. C’est peu de dire que c’est une humiliation outre-tombe que les fils et petits-fils  de  Madiba lui infligent   aujourd’hui.   Mais à qui la faute, pourrait-on se demander ?   Sans nul doute « à ceux qui se rendent coupables de cette ignominie », pourrait-on répondre à cette question. Mais bien plus que ces gens du peuple ou à l’homme de la foule  bien souvent sans esprit ni visage,  c’est à l’élite politique sud-africaine qu’il faut jeter la pierre. Et pour cause. Après l’épisode de Nelson Mandela, elle n’a pas pu donner un contenu économique et social  à la liberté politique recouvrée après la fin de l’Apartheid. Les leaders de l’ANC, comme en témoignent les frasques de l’ex-président Jacob Zuma, se sont plus préoccupés de rattraper leur retard dû au temps passé dans le maquis, que de créer les conditions d’une véritable relance de l’activité économique et d’une équitable redistribution des richesses nationales. La preuve en est que le pays enregistre l’un des taux de chômage les plus élevés sur le continent. Les dirigeants sud-africaines sont  d’autant plus coupables qu’ils n’ont pris aucune mesure pour prévenir ce nouveau regain de xénophobie, sachant bien que les éruptions de la haine contre les immigrés avec de lourds bilans en vies humaines, sont fréquentes dans le pays.

 

Les couleurs de l’arc-en-ciel sud-africain ont perdu de leur lustre du fait de ces violences xénophobes

 

De fait, l’on est amené à se demander si les dirigeants de la nation arc-en-ciel, qui, jusque-là, réfutent l’expression « d’actes xénophobes » pour parler « d’actes criminels », ne soutiennent pas en sous-main cette dérive. En tout état de cause, il est bien plus que temps que le gouvernement de Cyril Ramaphosa dont les condamnations sont à peine audibles, rectifie la trajectoire qu’a prise l’Afrique du Sud post-Mandela. Déjà, les couleurs de l’arc-en-ciel sud-africain ont perdu de leur lustre du fait de ces violences xénophobes et n’alimentent plus les rêves des Africains ; toute chose qui compromet les ambitions de leadership auxquelles aspire le pays. Pour preuve, la semaine dernière, de nombreux Etats ont boycotté le Forum économique mondial pour l’Afrique qui se tenait au Cap. Mais ce qu’il faut redouter le plus, c’est la fuite des investisseurs d’un pays devenu inhospitalier et qui caracolait déjà en tête dans le hit-parade des nations les plus criminogènes au monde. Et pour amorcer cette nouvelle ligne rectificatrice qui s’impose au pays du Madiba, les dirigeants de l’Afrique du Sud devraient commencer par mettre en œuvre  cette précieuse recommandation du père de la nation ivoirienne, Houphouët Boigny, qui disait dès 1985 à titre prémonitoire au sujet justement des Sud-Africains : « Même si Mandela sortait de prison aujourd’hui et devenait le président de ce pays, il faudrait prioritairement éduquer ces gens qui, pour avoir longtemps été tenus à l’écart de tout le monde, ont une mentalité des peuples assiégés, qui se sentent menacés et donc sur la défensive. Il n’y  a rien de plus dangereux qu’un ancien esclave à qui on octroie brutalement la liberté, sans qu’il y soit préparé. La liberté pour un affranchi, nécessite un apprentissage. Autrement, il devient un danger permanent  pour les autres et pour lui-même».Au-delà des responsabilités qui incombent aux leaders sud-africains, l’Union africaine (UA) ainsi que toutes les institutions sous- régionales et interafricaines qui font de l’intégration des peuples leur cheval de bataille, devraient donner de la voix pour que cessent ces violences xénophobes qui ne devraient plus avoir droit de cité dans un monde qui aspire à devenir un village planétaire. Et c’est maintenant qu’il faut le faire, avant que l’Afrique du Sud dont la diaspora   est l’une des plus fortes, ne reçoive   en pleine figure les conséquences de ce qu’elle a provoqué.

«  Le Pays »

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