RAPPORT DU REN/LAC SUR LA CORRUPTION : Les années se suivent et se ressemblent

RAPPORT DU REN/LAC SUR LA CORRUPTION  :   Les années se suivent et se ressemblent

Le REN/LAC (Réseau national de lutte contre la corruption) vient de publier les résultats de ses enquêtes pour le compte de l’année 2016. Ceux-ci placent en tête de peloton, la Police municipale. La Douane s’installe en deuxième position. Après cette institution, l’on peut citer la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM).

L’on peut d’abord saluer l’engagement sans relâche du REN/LAC à traquer la corruption et les autres mauvaises pratiques de la République. Ce rôle de salubrité publique lui a d’ailleurs valu la reconnaissance de la Nation cette année. En effet, l’Etat l’a élevé au rang de structure d’utilité publique. Et c’est la preuve, s’il en est encore besoin, que le REN/LAC est loin d’être une institution superfétatoire. Ce détail vaut son pesant d’or, car dans notre pays, il existe beaucoup d’associations de la société civile qui interviennent dans le domaine de la lutte contre la corruption et les mauvaises pratiques, mais peu peuvent se targuer  d’avoir la crédibilité du REN/LAC. C’est cette raison qui explique d’ailleurs qu’il bénéficie de l’appui de bien des partenaires dans l’exécution de ses missions. Cela dit, l’on peut suggérer au REN/LAC d’aller au-delà de la publication annuelle de rapport sur la corruption. Car, au rythme où vont les choses, l’on peut avoir l’impression qu’il abat un travail qui ne produit aucun effet sur les corrupteurs et les corrompus. Et à chaque édition, ces derniers peuvent être tentés de dire ceci : Et après ? Et avec eux, les Burkinabè, dans leur  majorité, peuvent avoir la même réaction. Il est donc temps que le REN/LAC mette un point d’honneur à poursuivre en justice les institutions et les personnes physiques sur lesquelles pèsent de sérieuses présomptions de corruption.

Personne n’a peur d’un rapport qui n’aura aucune suite judiciaire

 

Il doit d’autant plus s’inscrire dans ce schéma que les populations font peu confiance aux différents gouvernements qui se sont succédé aux affaires du Burkina quant à leur volonté de sévir contre la corruption. A cela, il faut ajouter que l’on reproche à tort ou à raison au gouvernement, lorsque ce dernier se lance dans la traque du phénomène, de se livrer à une chasse aux sorcières. Et ce reproche est fait à toutes les institutions publiques de lutte contre la corruption. De ce point de vue, nous estimons que le REN/LAC a le profil pour mettre tous les Burkinabè d’accord, lorsqu’il débusque un gibier et le traîne devant les tribunaux pour qu’il réponde de ses actes. S’il s’inscrit dans ce registre, il court moins de risques d’être perçu comme une structure qui roule pour telle ou telle chapelle politique. C’est dans ces conditions que le REN/LAC peut véritablement apporter sa pierre à la lutte contre la corruption. S’il n’opère pas cette mue, il court le risque d’être perçu comme un outil de diversion publique. En effet, les années se suivent et se ressemblent. Invariablement, ce sont les mêmes services qui se bousculent à la tête du peloton. Quand ce n’est pas la Police municipale, c’est la Douane ou encore les Impôts. L’on peut prendre le pari que le  prochain rapport ressemblera comme deux gouttes d’eau, à celui qui l’a précédé. Et les lignes ne bougeront pas quant à l’état de la corruption au Burkina. Pire, on peut même envisager une montée en puissance du phénomène. Car, personne n’a peur, au Burkina, d’un rapport qui n’aura aucune suite judiciaire. Au contraire, les corrompus et les corrupteurs s’en délecteront. A la vérité, cette manière de faire frise le ridicule voire l’absurde. Et puis, quand on pointe du doigt des institutions, comme le fait depuis toujours le REN/LAC, les personnes indélicates qui y travaillent pourraient ne pas se sentir concernées. Or, la corruption n’est pas l’apanage d’un service en particulier. Elle est le fait d’hommes et de femmes en chair et en os. Si le REN/LAC veut, il peut se donner les moyens de documenter ses investigations de sorte à confondre les individus qui se sont rendus  effectivement coupables ou responsables d’actes de corruption. C’est seulement à ce prix que les corrompus et les corrupteurs trembleront à chaque fois que le REN/LAC publiera son rapport annuel sur la corruption au Burkina. C’est  également à ce prix que les Burkinabè épris de bonne gouvernance percevront le REN/LAC comme un instrument dissuasif de lutte contre la corruption. « Le plus rien ne sera comme avant » ne doit pas seulement concerner la sphère de la politique. Les associations d’alerte citoyenne et les structures non gouvernementales de lutte contre la corruption, doivent également faire leur  ce slogan. Cela revient, dans le respect de la loi et de la présomption d’innocence, à aider à démasquer les corrompus et les corrupteurs et à se donner les moyens pour que la Justice s’occupe d’eux. Le REN/LAC pourrait, par exemple, s’inscrire comme  partie civile dans  les cas d’actes de corruption qu’il a mis sur la place publique. Et il peut être sûr d’une chose. S’il fait cette option, les Burkinabè de bonne foi et qui paient actuellement un lourd tribut à la corruption, le soutiendront contre vents et marées.

Sidzabda

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