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Un « pays de merde » ne peut que secréter une « CENI de merde »

Jamais une Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’a fait l’objet d’autant de critiques que celle de la République démocratique du Congo (RDC). En effet, après les « machines à voter, ou à tricher », c’est selon,  acquises à coup de milliards et qui ont longtemps fait parler d’elles, l’institution que dirige Corneille Nangaa est au coeur d’une nouvelle polémique. Il s’agit, cette fois-ci, de la passation des marchés publics qui, dit-on, manque de transparence. Le constat est de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP) qui conclut que la plupart des marchés  publics de la CENI obtiennent « curieusement des autorisations spéciales ». Il le dit dans un rapport intitulé : « contrôle citoyen sur les différents marchés publics effectués par la CENI, de 2014 à 2017 ». Dans ce document, l’ODEP, tout en dénonçant une gestion opaque des premiers responsables de la CENI, regrette l’absence de contrôle de la part des structures publiques chargées de le faire. Morceau choisi : « Nous disons qu’il y a faiblesse de contrôle au niveau des organes,  notamment à la Direction générale de contrôle et des marchés publics mais aussi à l’Autorité de régulation des marchés publics, qui ne jouent pas pleinement leur rôle ». Le moins que l’on puisse dire, c’est  que l’ODEP, en réalité, ne fait qu’enfoncer une porte déjà ouverte. Car, les accointances entre l’instance électorale et le prince régnant crèvent l’œil, si fait que ces révélations n’ont rien d’étonnant. On se rappelle, en effet, un autre rapport  produit en 2017, qui, avec  force détails, expliquait comment le clan présidentiel a siphonné la CENI aux fins de l’empêcher d’organiser les élections à bonne date. Et maintenant que le président Joseph Kabila, face à la pression de la rue, a renoncé à briguer un nouveau mandat, il fait des pieds et des mains pour que triomphe, le 23 décembre prochain, son dauphin en la personne de Emmanuel Ramazani Shadary.

L’opposition congolaise est prévenue

Pour ce faire, il travaille à se constituer un trésor de guerre et ce, par tous les moyens. C’est ce qui pourrait expliquer ces passations de marchés publics à la CENI, qui ne respectent aucune orthodoxie financière ni les standards internationaux en la matière. Et c’est peu dire. Pouvait-il d’ailleurs en être autrement quand on sait qu’un « pays de merde » ne peut que produire une « CENI de merde » ? En tout cas, pour autant que Corneille Nangaa ne soit pas complice de ce qui se passe à la CENI, il aurait dû, pour sa propre dignité ou du moins ce qu’il en reste, rendre le tablier, tant il s’est toujours retrouvé piteusement sous les feux de la rampe. Mais comme on le sait, la démission n’est pas la culture la mieux partagée en Afrique où même face à la bêtise la plus manifeste et la plus infamante, on tente de trouver des explications à tout. De toute évidence, l’opposition congolaise est prévenue. Kabila n’a fait que reculer pour mieux sauter ; et il ne lui fera pas de quartier. C’est à elle plutôt de savoir se montrer responsable en travaillant à fédérer ses énergies, pour autant qu’elle veuille se donner plus de chances de provoquer l’alternance. C’est en cela d’ailleurs  qu’il faut saluer la rencontre, hier, 10 septembre 2018,  de certains de ses leaders comme Eve Bazaiba, Martin Fayulu, Pierre Gabriel Kyungu et Félix Tshisékédi, dans le but de se choisir un candidat unique pour la présidentielle qui se profile à l’horizon.

Boundi OUOBA 

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