RENONCEMENT A UN NOUVEAU MANDAT EN 2020 PAR NKURUNZIZA

RENONCEMENT A UN NOUVEAU MANDAT EN 2020 PAR NKURUNZIZA

La promesse d’un dictateur n’engage que ceux qui y croient

« Notre mandat s’achève en 2020. (…) Je me prépare à soutenir de toutes mes forces le nouveau président que nous élirons en 2020 ». C’est ce qu’a déclaré le président burundais, Pierre Nkurunziza, dans une allocution prononcée en langue nationale (le kirundi) à Bugendana devant de milliers de personnes réunies pour la circonstance. Pour une grosse surprise, c’en est une, puisque cette annonce fait suite à la promulgation de la nouvelle Constitution issue du référendum du 17 mai 2018, qui offre la possibilité à Pierre Nkurunziza, ou du moins au Guide suprême éternel du Burundi, de briguer deux autres mandats de sept ans, c’est-à-dire de rester au pouvoir jusqu’en 2034, comme l’a fait son voisin Paul Kagame du Rwanda. Alors, pourquoi le maître de Bujumbura qui promet de s’en aller à l’issue de son mandat au cours, a-t-il, envers et contre tous, décidé de modifier la loi fondamentale de son pays ? La question reste posée, quand on sait qu’en politique, il n’y a rien sans rien. Nkurunziza est loin d’être un enfant du chœur. Il sait ce qu’il fait si fait qu’il faudra, pour l’instant, se garder de tout angélisme. La promesse d’un dictateur n’engage que ceux qui y croient. Car, d’autres chefs d’Etat africains, avant Nkurunziza, avaient promis « d’aller cultiver leur jardin » à la fin de leur mandat constitutionnel mais aujourd’hui encore, se refusent à larguer les amarres. Le président tchadien, Idriss Deby Itno, en est un exemple ; lui qui, avec une maestria à nulle autre pareille, a réussi à renverser la vapeur, se faisant ainsi passer pour un homme indispensable dans son pays, après avoir promis qu’il partirait.

Il n’est pas exclu que dans quelques mois, l’on assiste à des mises en scène

Cela dit, il n’est pas exclu que dans quelques mois, l’on assiste à des mises en scène, c’est-à-dire des marches suscitées pour exiger que Nkurunziza se présente en 2020. Car, il est difficile de croire qu’avec tous les coups qu’il a encaissés, le pasteur-président qui a réussi à modifier la Constitution dans un contexte sociopolitique hostile, accepte de quitter le pouvoir, au risque de passer sous les fourches caudines de la Justice internationale. A ce propos, rappelons au passage, que les violences consécutives à la candidature controversée de Nkurunziza, ont fait 1200 morts et plus de 400 000 réfugiés entre avril 2015 et mai 2017, d’après les estimations de la Cour pénale internationale (CPI) qui a ouvert une enquête.
Peut-être Nkurunziza voudra-t-il faire comme le président russe, Vladimir Poutine, qui passe le temps à ruser avec les règles du jeu démocratique et dont la stratégie consiste à partir sans être réellement parti. Ainsi, on prend le soin de placer un homme-lige au pouvoir et on se met dans l’ombre pour tirer les ficelles. En tout cas, Pierre Nkurunziza voudrait un coup politique bien réussi qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Mais qui sait ! Peut-être Pierre NKurunziza a-t-il enfin pris conscience que sa marche forcée vers le totalitarisme est sans issue ; et qu’il s’est engagé dans une voie suicidaire à la fin de laquelle il pourrait tragiquement perdre des plumes. S’il en a pris la pleine mesure, c’est tant mieux. Pour lui et pour le Burundi. On pourrait alors crier Alléluia ! La brebis égarée a enfin été visitée par le Saint-Esprit en cette période de jeûne et de pénitence.

B.O.

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