REPORT DU SECOND TOUR DE LA PRESIDENTIELLE AU LIBERIA : Il n’est jamais tard pour bien faire  

REPORT DU SECOND TOUR DE LA PRESIDENTIELLE AU LIBERIA : Il n’est jamais tard pour bien faire   

 

Au Liberia, la présidentielle n’en finit pas de faire parler d’elle, après le report sine die du second tour initialement prévu pour se tenir ce 7 novembre, suite au recours en annulation de Charles Brumskine, arrivé 3e  à l’issue du premier tour avec 9,6% des voix derrière Georges Weah (38,4%) et Joseph Boakaï (28,8%), et qui dénonce des fraudes massives et des irrégularités. Réunie en session ce 6 novembre pour connaître du dossier, la Cour suprême a simplement décidé de la suspension sine die du processus, le temps que des enquêtes soient menées pour clarifier la situation avant toute décision. Ainsi, après avoir donné la parole, le 3 novembre dernier, au plaignant, le parti de la liberté, pour justifier les griefs qui motivent son recours, l’instance suprême de régulation des élections a invité, ce 6 novembre, la Commission électorale nationale (NEC) qui est sur le banc des accusés, à produire son mémoire en défense pour éclairer sa lanterne et lui permettre de trancher en toute responsabilité.

En se refusant à toute décision hâtive, la Cour suprême prend une décision empreinte de sagesse

Pour cela, la NEC a jusqu’au 22 novembre prochain pour fournir des éléments de réponses sur les présumées défaillances et autres allégations de fraudes qui lui sont reprochées. Autant dire que les partisans de Georges Weah et Joseph Boakaï devront prendre leur mal en patience, le temps que la Cour suprême vide ce contentieux électoral et décide de la suite de la compétition. Cela dit, la question que l’on pourrait se poser est de savoir si le deuxième tour de la présidentielle sera maintenu entre ces deux finalistes, ou si l’on va assister à un scénario qui remettrait à plat tout le processus électoral comme le réclame Charles Brumskine. Bien malin qui saurait y répondre pour l’instant. En attendant, en se refusant à toute décision hâtive, la Cour suprême libérienne prend une décision courageuse qui est, à bien des égards, aussi empreinte de sagesse. Surtout  en voulant prendre le temps pour voir clair dans la situation avant de se prononcer. C’est de bonne guerre. D’autant plus qu’il s’agit de consultations électorales qui aiguisent les passions et qui portent sur le choix de la personne à qui sera confiée la destinée de la nation pour les quatre années à venir. C’est pourquoi il y a lieu de croire que la décision des grands juges ne sera pas facile à prendre. D’autant plus qu’elle pourrait avoir de grandes implications, surtout en cas d’annulation et de reprise du scrutin. En tout état de cause, comme le dit l’adage, « il n’est jamais tard pour bien faire ». De ce point de vue, il faut souhaiter que les choses se fassent dans les règles de l’art à l’effet de permettre au processus de se poursuivre dans la sérénité, en levant tout soupçon sur les résultats qui seront proclamés. C’est pourquoi l’on ne peut pas en vouloir aux grands juges libériens de prendre leur temps pour voir clair dans la situation avant de se prononcer. Car, c’est une lapalissade de dire que concernant ces élections pour désigner le successeur de la première femme présidente élue démocratiquement en Afrique, la Cour suprême marche sur des œufs.

Les grands juges  veulent se donner le maximum de garanties pour ne pas avoir à rendre un jugement à la Ponce Pilate

Car, chaque candidat, croyant que son heure est enfin venue, voudra certainement tirer la couverture sur lui. Surtout l’ex-star du football, Georges Weah, arrivé en tête au premier tour après avoir raté de peu le coche à l’élection précédente. Et cela, dans un contexte où la présidente sortante, Ellen Johnson Sirleaf, n’est pas candidate à sa propre succession.  C’est pourquoi l’on peut comprendre la démarche de prudence des grands juges qui veulent se donner le maximum de garanties pour ne pas avoir à rendre un jugement à la Ponce Pilate, qui ne rendrait pas service au Liberia. Et s’il y a des torts à redresser, que cela se fasse en  toute transparence, dans la stricte application de la loi. L’essentiel étant non seulement de garantir le jeu de l’équité aux candidats, mais aussi de préserver le pays d’éventuelles secousses qui pourraient naître de cette contestation électorale dont nul ne saurait prédire ni l’ampleur ni l’issue. En tout état de cause, le Liberia ne doit pas rater son rendez-vous avec l’histoire. Il appartient donc aux Libériens de savoir raison garder et se donner les moyens de réussir cette élection qui se présente comme le défi de la véritable alternance démocratique dans le pays, depuis la fin de la guerre civile qui l’a profondément déchiré ces dernières années. Et quand on sait que les démons de la violence ne sont jamais vraiment loin lors des joutes électorales en Afrique,  il faut éviter à tout prix que les djinns qui sont aussi toujours à l’affût, ne sortent de leur bouteille et replongent le pays dans le chaos. Le Liberia revient de loin. Et il serait irresponsable de laisser des politiciens en manque d’inspiration le conduire une fois de plus dans l’abîme, pour des intérêts personnels et purement égoïstes.

 « Le Pays »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+