RETOUR ANNONCE D’ATT AU MALI : Parti sur la pointe des pieds, il revient en héros

RETOUR ANNONCE D’ATT AU MALI : Parti sur la pointe des pieds, il revient en héros

Le 22 mars 2012, le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) au pouvoir depuis 2002 et qui n’attendait que la fin de son mandat pour quitter le pouvoir, était renversé par un coup d’Etat militaire conduit par le capitaine Amadou Haya Sanogo. L’ex-président n’avait dû son salut qu’à la vitesse de ses jambes et après cette chute sans gloire qui l’a vu quitter le pouvoir sur la pointe des pieds, il avait trouvé refuge au Sénégal, pays de la Teranga où il a pu mesurer toute la dimension de l’hospitalité des Sénégalais.Cinq ans et demi plus tard, son retour est annoncé avec insistance à Bamako. Il est bien vrai que ce n’est pas la première fois qu’une telle annonce est faite, mais cette fois-ci, les choses semblent se préciser, qui plus est avec force détails sur le jour, l’heure et même le moyen de transport par lequel il fera son retour à Bamako.  Ainsi, à en croire le président du Mouvement pour le Retour d’ATT, Aliou M. Maïga, « il sera à Bamako le dimanche 24 décembre prochain, plus précisément entre 10h et 11h. Un accueil triomphal l’attend à sa descente de l’avion présidentiel du Mali ».

A un moment de son histoire, ATT incarnait l’espoir du peuple malien

En attendant de voir la réalisation de ce retour annoncé d’ATT au bercail, l’on peut épiloguer sur cet événement qui serait loin d’être un épiphénomène. Et pour cause. Amadou Toumani Touré n’est pas n’importe qui au Mali. En effet, malgré sa chute dans les conditions que l’on sait, bien des Maliens sont restés reconnaissants à Amadou Toumani Touré pour son apport à l’enracinement de la démocratie dans leur pays. Nul besoin de rappeler qu’il est quand même celui qui a mis fin au pouvoir de Moussa Traoré dont les Maliens ne gardent pas forcément de bons souvenirs. C’était en mars 1991. Et en bon gentleman doublé du Général à la parole d’honneur, il avait remis le pouvoir aux civils au terme d’une brève transition, en 1992, avant de revenir dix ans plus tard par la voie des urnes pour prendre les rênes de l’Etat sous la poussée d’une large frange de la population malienne qui l’avait, en retour, gratifié de deux quinquennats. C’est dire si à un moment de son histoire, ATT incarnait l’espoir du peuple malien. De ce fait, l’homme reste, quoique l’on dise, une grande icône au sein du landerneau politique, avec encore de nombreux soutiens et pas des moindres au Mali. Et l’on peut dire que l’attitude de l’exilé de Dakar aura aussi milité en faveur de son retour au bercail, le réfugié politique qu’il était s’étant rigoureusement soumis à un devoir de réserve tout en évitant de gêner l’action de ses successeurs au Palais de Koulouba. Sans oublier l’abandon des poursuites judiciaires contre lui pour haute trahison, adopté à l’Assemblée nationale en 2016. Ensuite, depuis son arrivée au pouvoir, Ibrahim Boubacar Kéita n’a jamais vraiment caché sa volonté de voir le président déchu rentrer au bercail. Et si ce retour est aujourd’hui rendu possible et se confirmait le 24 décembre prochain, ce serait aussi et surtout en raison de l’attitude favorable des autorités de Bamako. Si ces dernières n’y avaient pas porté une certaine caution, il aurait été difficile que les choses se présentent de la façon dont elles s’annoncent aujourd’hui.

Il n’y a rien de mauvais à ce retour d’ATT au bercail, si cela peut participer à la réconciliation nationale

Maintenant, l’on ne peut pas empêcher certains de voir derrière l’attitude du président IBK, une façon de chercher à tirer des dividendes politiques dans ce retour d’ATT qui semble favorablement accueilli par ses compatriotes. Si c’était le cas, cela tomberait à pic, vu que  l’actuel locataire du palais de Koulouba est depuis un certain temps quelque peu en perte de vitesse, à tel point que certains de ses proches ne se sont pas gênés pour prendre leurs distances vis-à-vis de lui. Et toutes les attentions à l’égard de l’ex-chef de l’Etat pourraient  valoir à IBK un retour d’ascenseur aux prochaines consultations électorales qui se profilent à l’horizon et pour lesquels certains candidats potentiels ont déjà affiché leurs intentions. Et concernant ATT lui-même, l’on pourrait se demander  s’il ne prendra pas parti pour son ex-Premier ministre et ex-Président de l’Assemblée nationale en bénéficiant de la sorte de ses bons offices. En tout état de cause, il n’y a rien de mauvais à ce retour d’ATT au bercail, si cela peut participer à la réconciliation nationale. Mieux, ce serait un adjuvant. Et au-delà, c’est le Mali tout entier qui pourrait tirer profit de ce retour de l’ex-chef de l’Etat dans la crise actuelle que traverse le pays, en raison de sa bonne connaissance du dossier. Avec le recul, peut-être aura-t-il une autre approche du problème à l’effet d’aider à y trouver une solution. En tout état de cause, ce retour au bercail de l’ex-président malien est à encourager et à saluer, car l’exil n’a jamais été véritablement une option souhaitable pour quiconque, a fortiori quand on a occupé de si hautes fonctions à la tête de son pays. Et dans le cas d’ATT, ironie du sort, son retour triomphal au pays a lieu au moment où son tombeur croupit en prison, dans l’attente de son procès. C’est le lieu d’inviter aussi au jugement de ce dernier le plus rapidemment possible, dans l’optique de tourner cette page. S’il doit être condamné, qu’il le soit, et s’il doit être blanchi, qu’il le soit égalementi. C’est à ce prix que les Maliens pourront espérer arriver à la réconciliation véritable pour pouvoir affronter les nombreux défis qui se dressent sur leur chemin dont celui du terrorisme et des séparatistes islamistes.

« Le Pays »

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