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RETOUR DE L’ARMEE MALIENNE A KIDAL

Il faut se garder de tout triomphalisme

Un contingent d’environ 300 militaires maliens a pris la route de Kidal, le 10 février dernier. Peut-être même qu’au moment où vous parcourez ces lignes, ils y sont arrivés. Pour un évènement, c’en est un. Car, il faut rappeler que l’armée malienne n’avait plus d’hommes dans la capitale de l’Adrar des Ifoghas depuis les évènements de mai 2014, suite à la visite mouvementée de l’ancien Premier ministre, Moussa Mara. L’on peut  décrypter l’évènement sous l’angle d’abord de la bouteille à moitié pleine. En effet, ce retour permet de dire, avant toute chose, que l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, dont la 46e session ordinaire de la Commission technique de sécurité a eu lieu le 6 février dernier à Bamako, n’a pas été froissé et jeté à la poubelle.
Il faut rappeler, pour mieux préciser les choses, que ce retour de la Grande muette à Kidal, s’inscrit dans le cadre de la mise en place du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), du nom de cette structure émanant de l’accord d’Alger et qui est chargée de gérer les patrouilles mixtes composées d’éléments des parties maliennes signataires de l’accord d’Alger de juin 2015. Et au nombre de ces parties maliennes, l’on peut citer la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad), puisque c’est elle qui, par la force des armes, s’était rendue maîtresse des lieux en boutant l’armée malienne hors de Kidal. Elle avait réservé le  même sort à la plateforme, à travers le Gatia (Groupe d’autodéfense des Touareg Imghad et alliés). Logiquement, l’on peut interpréter ce retour de l’armée malienne à Kidal, comme une bonne disposition d’esprit  des maîtres de Kidal dans la mise en œuvre de l’accord d’Alger. Et c’est suffisamment rare pour être signalé.

Les rares petites avancées, dans la mise en œuvre de l’accord d’Alger, sont mouvantes comme les dunes de sable de Kidal

L’on peut déjà saluer cette posture de la CMA, pour autant qu’elle soit sincère, car elle vaut son pesant d’or. Elle pourrait traduire notamment le fait que petit à petit et à petits pas, Kidal, l’emblématique ville rebelle du Nord, est en train de marquer son retour dans la République. Et s’il y a une personne qui peut se permettre de se frotter les mains en premier, c’est bien Ibrahim Boubacar Kéita (IBK). Et pour cause. L’homme en avait fait la promesse au peuple malien, pendant la campagne de la présidentielle passée. Maintenant que cette promesse est en voie d’être tenue, il ne peut que s’en féliciter. Sous l’angle du verre à moitié vide, le pouvoir de Bamako aurait tort de verser dans le triomphalisme. Car, les rares petites avancées, si l’on peut les appeler ainsi, dans la mise en œuvre de l’accord d’Alger, sont mouvantes comme les dunes de sable de Kidal. Dans la même journée, ce qui est perçu comme un acquis le matin peut, le soir venu, se muer en mirage. A l’origine de cet aspect des choses, l’on peut pointer le manque de sincérité de tous les acteurs de la crise malienne. Tous, autant qu’ils sont, ne se limitent qu’aux déclarations de bonnes intentions. Ce refus maladif  des uns et des autres d’aller à l’essentiel, n’autorise pas à l’optimisme, surtout quand on sait qu’à la veille de ce redéploiement, le chef militaire de la plateforme, Yoro Ould Daha, a été assassiné par des hommes armés non identifiés.

« Le Pays »

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