RETOUR DE SORO A ABIDJAN : Que d’interrogations !  

RETOUR DE SORO A ABIDJAN : Que d’interrogations !   

 

Annoncé pour samedi 21, c’est finalement le dimanche 22 octobre dernier dans la soirée que le président de l’Assemblée nationale (PAN) de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, a regagné Abidjan, à bord d’un avion de ligne de la Compagnie Air France. Après neuf semaines d’absence du pays pour des « activités parlementaires » qui l’ont conduit successivement en France, en Allemagne, au Luxembourg et en Russie, Guillaume Soro a été accueilli à sa descente d’avion à l’aéroport Félix Houphouet Boigny par des sympathisants, venus à la fois pour un « Akwaba » d’usage et pour réitérer leur amitié et leur fidélité à celui qu’ils considèrent comme leur mentor et comme le porte- flambeau d’une nouvelle génération d’hommes politiques lucides et décomplexés. A vrai dire, le natif de Kofiplé, dans la sous-préfecture de Diawala, a plus que jamais besoin de ces soutiens indéfectibles, quand on sait que lui et son clan traversent une zone de hautes turbulences, depuis que quelques-uns de ses inconditionnels ont laissé, à travers des propos allusifs, transparaître son désir de succéder à Allassane Ouattara en 2020. Les secousses telluriques provoquées par ces déclarations, avaient été évidemment ressenties jusqu’au Palais de Cocody, et pour éviter qu’il y ait des répliques à l’intérieur même du parti au pouvoir avec l’annonce d’autres candidatures, l’entourage du président Ouattara avait demandé aux Soroïstes d’être moins bavards sur les ambitions présidentielles de leur poulain jusqu’au congrès du parti qui donnerait des indications par rapport aux futures échéances électorales. Dans l’intervalle, certains proches du président du Parlement ivoirien ont été dégommés de leurs positions, et pour confirmer la rupture entre les deux camps dont on parlait déjà, celui de Guillaume Soro a été royalement ignoré dans les préparatifs et dans le déroulement des travaux de la plus haute instance de leur parti, le congrès. Depuis, les fantassins de la plume et du verbe des deux plus hautes personnalités politiques de la Côte d’Ivoire sont montés au créneau dans une sorte de guerre fratricide, pour défendre chacun sa chapelle, le tout sur fond de crise sociopolitique se manifestant par des grèves perlées, des mutineries en cascades et des attaques armées manifestement téléguidées on ne sait par quel groupuscule tapis dans l’ombre.

Les propos convenus et politiquement corrects pourraient cacher des lendemains d’incertitudes

Ce qu’on sait en revanche, c’est que des mutins, qui avaient mis des semaines durant Bouaké, l’ancien fief de la rébellion sous coupe réglée, ont réussi à défier l’autorité de l’Etat, en partie grâce aux armes qu’ils ont opportunément découvertes au domicile de Souleymane Kamaraté Koné alias Soul to Soul, homme-lige et chef de protocole de Guillaume Kigbafori Soro. La suite, on la connaît. Soul to Soul a été déféré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, et d’autres réputés proches du PAN tels Affoussiata Bamba-Lamine, Moussa Touré et Félicien Sekongo seraient sous la surveillance de la Direction de la sécurité territoriale. Mais il semble que la principale cible à abattre est Soro lui-même, dont la candidature réelle ou supposée à la présidentielle de 2020 est perçue par une partie du Rassemblement des républicains au pouvoir sinon comme un parricide, du moins comme une opposition frontale à la volonté déjà faite du président Ouattara de miser sur un autre cheval. Sa longue absence du pays et les déclarations va-t-en-guerre des jusqu’auboutistes des deux camps, n’ont fait qu’alimenter la méfiance et la suspicion réciproques, malgré un discours officiel conciliant. Espérons que le retour tant attendu de l’homme dont on dit qu’il conserve toujours un réel pouvoir de nuisance à travers ses relations au sein de l’armée et ses réseaux, contribuera à décrisper la situation dans ce pays où les esprits belliqueux n’ont pas encore été totalement désarmés. Ni Alassane Ouattara qui doit en partie la reddition de Laurent Gbagbo pendant  la crise postélectorale aux hommes de Guillaume Soro, ni ce dernier qui est considéré, à tort ou à raison comme celui-là qui a porté le glaive dans le sein de la mère-patrie, n’ont intérêt en effet à se ruiner dans d’inutiles querelles de succession, car  aucun d’eux ne survivra à une telle absurdité politique, quand on sait que les pro-Bédié et les pro-Gbagbo lorgnent déjà, avec beaucoup d’envie, la présidence de la République. Pour la stabilité de la Côte d’Ivoire et pour celle de la sous-région donc, ces deux têtes de gondole politiques doivent avoir un supplément d’âme et le patriotisme chevillé au corps pour ne pas confondre la somme des intérêts particuliers de leurs partisans respectifs à l’intérêt supérieur de la nation ivoirienne. Le large sourire qu’affichait, hier soir Guillaume Soro au milieu des siens et ses déclarations empreintes de sérénité devraient inciter à l’optimisme, mais il serait mieux d’être prudent, car ces propos convenus et politiquement corrects pourraient cacher des lendemains d’incertitudes en raison des questions qui restent malgré tout à ce jour sans réponse. Que se passerait-il si le président de l’Assemblée nationale venait à être confondu par les aveux de Soul to Soul ou par les communications téléphoniques qui auraient été interceptées et très compromettantes pour lui ? Et si ses partisans, par dépit ou en désespoir de cause, décidaient de lancer des actions armées de harcèlement, ne serait-ce que pour rendre le pays ingouvernable ? La fameuse « cellule 39 » qui réunit des ex-combattants démobilisés, a en tout cas déjà donné le ton en brandissant des menaces de manifestation à travers tout le pays à compter du 24 octobre, si leurs revendications pécuniaires n’étaient  pas satisfaites. Ce qui est certain, c’est que les deux camps se connaissent mutuellement, chacun détenant contre l’autre des dossiers explosifs et hautement « radioactifs », et ce n’est pas forcément une mauvaise chose dans le contexte actuel, car cet « équilibre de la terreur » pourrait les pousser à arrondir les angles afin de redorer leur blason quelque peu terni, quoi qu’on dise, par une décennie d’atrocités au cours de laquelle ils n’ont pas été que de simples victimes, loin s’en faut !

Hamadou GADIAGA

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