REUNION D’EVALUATION DU PROCESSUS ELECTORAL EN RDC : Seules des promesses mirobolantes pourraient justifier cette rencontre  

REUNION D’EVALUATION DU PROCESSUS ELECTORAL EN RDC : Seules des promesses mirobolantes pourraient justifier cette rencontre   

Comme un serpent de mer ! Ainsi pourrait-on dire de l’élection présidentielle plus que jamais aléatoire en République démocratique du Congo (RDC), puisqu’elle sera une fois de plus reportée à une date ultérieure, sur requête de la Commission électorale indépendante (CENI). Initialement prévu pour décembre 2017, le scrutin ne pourra pas être organisé avant 2019 selon le chronogramme de la CENI, ce qui n’a pas manqué de faire monter l’adrénaline chez les partis membres du « Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement » (opposition radicale) et une bonne partie de la Société civile congolaise. La faute à l’argent qui ferait énormément défaut, et à l’insécurité ambiante dans certaines provinces du pays, qui ne faciliterait pas la tâche aux agents recenseurs chargés de la mise à jour du fichier électoral. La nouvelle date du scrutin sera communiquée aux Congolais à l’issue de la rencontre tripartite entre le Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA), la CENI et le gouvernement. Cette rencontre tripartite, initialement prévue pour le 12 octobre à Kisantu dans la province du Kongo central, aurait été finalement délocalisée à Kinshasa pour des problèmes de logistique, et se tiendra finalement  entre le 17 et le 20 octobre. Cette réunion, qui n’a pour but principal que de faire avaler la couleuvre du report aux Congolais, sera tenue sans les partis du Rassemblement, ce qui présage déjà «  d’un désastre aux mièvreries multiples et aux dégâts collatéraux inimaginables », pour reprendre les termes du Clergé catholique congolais. Pendant ce temps, Kabila-fils, qui a décidément plus d’une flèche dans son carquois, continuera à « enfariner » ses compatriotes afin de prolonger le plus longtemps possible son mandat pourtant arrivé à terme depuis l’année dernière. L’opposition dite radicale n’ayant plus véritablement ni repères ni leaders charismatiques pour se faire entendre et pour étancher la soif d’alternance des Congolais, il ne reste plus au petit Kabila que de piéger la Société civile et la Conférence épiscopale nationale du Congo en les associant à son agenda machiavélique, et le tour est joué.

Les tractations prévues dans le cadre de la tripartite ne changeront pas fondamentalement le destin de la RDC

On n’en est pas encore là, ce qui signifie que le plus grand et le plus peuplé des Etats de l’Afrique francophone n’est pas encore sorti de l’impasse électorale dans laquelle il s’est fourvoyé depuis la fin du mandat de son président actuel, le 20 décembre dernier, bien au contraire ! Toutefois, il faut reconnaître que le président Kabila a du génie politique et du talent managérial, et cela pourrait éviter à la RDC le chaos généralisé qu’on a toujours prévu, mais qu’on a également toujours évité in extremis. Ce sont ces atouts qui ont permis au locataire du Palais de la Nation, lui qu’on croyait  coincé dans les cordes à la fin constitutionnelle de son mandat en décembre dernier, de desserrer l’étau autour de sa personne en usant du bâton et de la carotte à l’égard de ses opposants : promesses de postes juteux à ceux qui acceptent la compromission, répression garantie à tous ceux qui ruent dans les brancards et veulent troubler le sommeil du chef. Conséquences, nous avons, en RDC, une opposition accommodante dite légaliste et républicaine, une autre considérée comme utopiste et revancharde, les deux se livrant à un combat d’arrière-garde qui permet à Joseph Kabila et aux élus locaux (députés, maires…) de boire tranquillement leur whisky et de prolonger leurs mandats au-delà des limites constitutionnelles. Et comme on ne change pas une tactique qui paie, le régime congolais va accentuer la division de l’opposition à travers l’organisation de cette tripartite pour la fixation de la date des élections, car si certains sont prêts à s’investir personnellement pour le succès de cette rencontre en espérant évidemment un « retour sur investissement » à l’occasion  de la redistribution des cartes qui s’en suit le plus souvent, d’autres y voient ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre faite au peuple congolais par l’alchimiste Joseph Kabila. Quoi qu’il en soit, le président de la RDC va une fois encore jouer sur du velours, car sa volonté sera faite et la date de l’élection présidentielle renvoyée aux calendes grecques, malgré les récriminations de ses opposants incurablement fébriles et laminés par des querelles picrocholines.

En un mot comme en mille les tractations prévues dans le cadre de la tripartite pour fixer la date du scrutin présidentiel, ne changeront pas fondamentalement le destin de la RDC. Car, même si les partis du Rassemblement et certaines organisations de la société civile ont encore sur le terrain quelques troupes en alerte, cela ne suffira pas à infléchir la position déjà connue des participants sur la nécessité absolue du report du scrutin jusqu’en 2019. Ce sera presqu’un mandat de plus offert au taiseux, énigmatique et très subtil Joseph Kabila Kibange, avec l’accord tacite de la Communauté internationale, en guise de reconnaissance pour sa trop grande générosité envers certaines têtes d’affiche de l’opposition et de la société civile qui n’hésitent pas, à chaque fois que de besoin, de rejoindre la « mangeoirité » présidentielle afin de permettre au natif de Hewa Bora dans le Sud-Kivu de diriger la RDC, même sans bénéficier de l’onction du peuple. Et dire qu’en apportant son soutien au processus électoral lors de sa visite en RDC, le dimanche 15 octobre, le président Sud-Africain, Jacob Zuma, ne fait que conforter davantage son homologue congolais dans sa posture de se hâter lentement à organiser cette élection présidentielle à laquelle, en principe, il ne devrait pas  prendre part alors que les accords disent que c’est à lui de l’organiser avant de partir.

Hamadou GADIAGA

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