REVISION DU SYSTEME DE REMUNERATION DES AGENTS DE L’ETAT : « Tout le monde sait que le nerf de la guerre, c’est l’argent »

REVISION DU SYSTEME DE REMUNERATION DES AGENTS DE L’ETAT   :  « Tout le monde sait que le nerf de la guerre, c’est l’argent »

 

 

L’auteur du point de vue ci-dessous, gestionnaire des ressources humaines de son Etat, revient sur la refonte en cours de la grille salariale des agents de l’Etat. Pour lui, les agents du MENEFID doivent faire profil bas parce que, dit-il, ce n’est pas « parce qu’ils recouvrent les recettes qu’ils travaillent mieux que les autres ». Lisez plutôt pour en savoir davantage !

 

Ces derniers temps, le front social reprend du service après le semblant de trêve suite à la signature d’un accord entre les organisations syndicales de l’enseignement et le gouvernement.

Cette effervescence est alimentée par les injustices multiples que traîne l’Etat burkinabè depuis un certain temps et que le pouvoir démocratique issu des élections post insurrectionnelles devrait résoudre.

Je me permets, en tant que citoyen, de me prononcer sur le processus de la réforme du système de rémunération des agents publics de l’Etat.

Pendant longtemps et aujourd’hui encore, dans notre pays, des hommes politiques, des agents publics de l’Etat, des opérateurs économiques, des journalistes, des syndicalistes, des acteurs de la société civile, des religieux et j’en passe, sont assis sur des dossiers sales. Il y en a qui bénéficient de privilèges inéquitables, si vous voulez, illégitimes sur la base de lois, d’accords, de conventions etc.

Suite à l’insurrection populaire dont le monde entier nous envie, il est sorti de la bouche de quelqu’un et nous y avons adhéré, que « plus rien ne sera comme avant ». Cela veut dire ce que ça veut dire.

Nous nous rappelons que le président Roch Marc Christian Kaboré n’a pas eu de période de grâce suite à son élection et c’est normal, parce que les attentes étaient pressentes. Même les fous ‘’de Dieu’’ se sont imposés dans notre débat national par les armes et la mort.

Nous, citadins surtout, n’avons de cesse de rappeler au président ses promesses de campagne qu’il doit réaliser. A travers un certain nombre d’actions de la part des différents pouvoirs en place, nous soupçonnons qu’aujourd’hui la rue, les OSC, n’ont plus le monopole du « plus rien ne sera comme avant ».

L’Assemblée nationale aussi, mais les députés ne le crient pas sur les toits. Eux ont mené des enquêtes parlementaires qui ont mis à nu des cas de mauvaise gestion dans plusieurs domaines.

La Justice aussi ; elle aussi ne vocifère pas à longueur de journée. Elle a mis en route, nombre de dossiers emblématiques ou non. Elle a commencé à nettoyer les poutres dans ses propres yeux pour mieux voir les pailles dans les yeux des autres.

La presse aussi, avec de gros poissons qu’elle épingle fréquemment, la liberté de penser et de parler qu’elle met en œuvre et défend tous les jours.

Le gouvernement aussi, par sa volonté affichée de calmer le front social malgré les multiples éruptions. On peut citer les signatures d’accords avec les partenaires sociaux, l’apurement de la dette intérieure, la mise en place du Haut conseil du dialogue social, etc.

Avec le « plus rien ne sera comme avant », le président demande une révision du système de rémunération des agents de l’Etat. Dans le document « Diagnostic du système de rémunération des agents publics de l’Etat », remis le 28 février 2018 aux participants à ce processus, les burkinabè découvrent que les agents de l’Etat burkinabè sont traités de façon inéquitable, inégale et injuste. En effet, il est écrit dans le rapport que le principe élémentaire de « à diplôme égal salaire égal » n’est pas respecté. Que par exemple, le traitement salarial et indemnitaire d’un directeur provincial varie d’un ministère à un autre.

L’Etat burkinabè est ici coupable d’une ségrégation salariale, cette fois pas entre homme et femme, mais entre agents d’un ministère à un autre.

On y découvre aussi, l’existence de fonds communs dans douze (12) départements ministériels, alimentés par l’argent des contribuables et distribués à certains fonctionnaires sur des bases plus ou moins légales, afin de les motiver. Cela vient en plus de leurs salaires et des différentes indemnités à eux servis. Madame le ministre de l’Economie, des Finances et du développement, dans l’esprit de transparence, a dû se libérer la conscience en crachant le morceau devant les députés à l’Assemblée nationale. Pour son ministère, 55 milliards ont été servis en 2017, un montant plus élevé que les salaires payés au même personnel. On attend que ses onze (11) collègues viennent dire pour eux. Si certains qualifient les réactions des députés et du président, d’émotionnelles, pour beaucoup de Burkinabè, ce fut une réaction d’indignation.

En fait, l’Etat burkinabè a créé consciemment ou inconsciemment des supers agents et des agents de seconde zone.

Pourtant, la Fonction publique est un dispositif public dont la vocation est l’offre de services publics. C’est par la Fonction publique que doit se traduire en actions concrètes, dans un fonctionnement systémique, la volonté politique de l’Etat pour la réalisation de l’intérêt général.

En cela, les travailleurs de la Fonction publique, comme tout autre travailleur, devraient être traités avec impartialité, justice et équité.

De notre point de vue, le gouvernement, les agents publics de l’Etat et toutes les composantes des Forces vives du Burkina Faso, doivent se convaincre  que dans une administration normale, le travail de personne n’est plus important que celui de l’autre.

Les agents du ministère de l’Economie, des Finances et du développement (MINEFID) ne doivent pas penser que parce qu’ils recouvrent les recettes, ils travaillent mieux que les autres fonctionnaires. Dans cette perspective, les agents des ministères en charge des enseignements pourront revendiquer le même statut, parce qu’ils veillent sur l’avenir du Burkina. Il en est même pour les agents des autres  ministères. Et tout le monde aura raison.

Le travail que chacun effectue a de la valeur et c’est la somme des efforts de tous qui contribue à l’atteinte des résultats. Ainsi, les agents du MINEFID recouvrent les recettes qui financent le développement, ceux de la santé veillent sur la santé des Burkinabè, notamment celle des agents du MINEFID et leurs familles ; les agents du ministère des enseignements s’occupent de l’éducation, de l’enseignement et de la formation de la jeunesse et j’en passe. C’est comme cela qu’il faille comprendre le rôle de l’agent public de l’Etat. Chacun est un maillon fort dans le système sans lequel le système ne fonctionnera pas bien.

Dans le document, les auteurs affirment que c’est à partir de 2010 que les problèmes commencèrent à se poser à cause de ‘’la prolifération des statuts dérogatoires’’ qui ‘’introduisent d’importantes disparités dans le traitement des rémunérations des agents publics et impactent négativement les finances publiques’’.

On se rend compte que cette période correspond au moment où l’ex-président Blaise Compaoré était prêt à tout céder, sauf le pouvoir. C’est aussi à cette période que certains entrepreneurs et opérateurs économiques burkinabè se partageaient sans vergogne, les marchés publics. C’est donc à cette période que des organisations de travailleurs ‘’fortes’’ ont pu arracher leur part du gâteau. Et maintenant, plus rien ne sera comme avant !

Nous ne devrons d’ailleurs pas nous cristalliser sur les fonds communs qui ne concernent que 12 ministères sur une trentaine. La réforme vise d’autres objectifs. Elle pourrait résoudre d’autres problèmes pour la Fonction publique, tels :

  • la dotation des administrations en moyens de travail conséquents, pour permettre aux valeureux travailleurs de servir efficacement les populations ;
  • la pléthore des enseignants et des agents de santé dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso pendant qu’en campagne il en manque ;
  • les fonctionnaires qui, pour des raisons politiques, se tournent les pouces dans les ‘‘garages’’ ;
  • les hommes et les femmes qui occupent des postes dont ils n’ont rien à y voir ainsi que ceux qui passent les 2/3 de chaque mois en mission de séminaire, de colloque etc.

Nous pensons humblement que les agents publics de l’Etat doivent accepter de participer à ce processus et faire valoir leurs points de vue.

Les agents qui bénéficient des fonds communs doivent stratégiquement céder quelque chose avant qu’on ne leur en impose. Si ces fonds communs sont des acquis qu’on ne peut remettre en cause, les montants le sont légalement. Toute autre approche ne fera que des pertes de temps et d’énergie.Ce qui est intéressant pour les Burkinabè dans cette réforme, c’est qu’elle pourrait engendrer d’autres réformes plus importantes. Tout le monde sait que le nerf de la guerre, c’est l’argent. Les agents du MINEFID savent qu’est ce qui rentre dans les caisses de l’Etat, comment ça sort des caisses, quand et où ça va et à quoi ça sert. Vous imaginez que si le gouvernement leur retire cette manne des fonds communs, sans lui-même jouer à fond la transparence, il se fout plusieurs balles dans les deux pieds. Nous aurons des MADOFFs des WIKILEAKS.

Vivement donc la réforme !

 

Noraogo Jean-Bernard SAWADOGO

Sociologue, Gestionnaire des Ressources Humaines

noraogojb@gmail.com

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