SALAM DERME, EX-DEPUTE : « J’ai été victime de pillage, d’incendie de ma maison jusqu’à mes diplômes »  

SALAM DERME, EX-DEPUTE : « J’ai été victime de pillage, d’incendie de ma maison jusqu’à mes diplômes »   

 

Dr Salam Dermé était député du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), au moment de l’insurrection populaire. A l’occasion du troisième anniversaire de cet évènement, nous l’avons approché ; lui qui a été, comme beaucoup d’autres de ses camarades, victime du fait de l’incendie ses biens.  Comme prologue, dans cet entretien, le Dr Dermé nous dit qu’il « devient ce qu’il est : pharmacien spécialisé en économie de la santé. Je suis un cadre au secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le SIDA. Je suis au département secteur santé. Nous veillons, avec le ministère, pour que les engagements qu’on s’est fixés dans le cadre de la prise en charge des personnes vivant avec  le VIH, puissent être atteints ». Sur le plan politique, il est actuellement le coordonnateur adjoint chargé de la réorganisation du parti, dans le cadre de la commission ad hoc. 

 

« Le Pays » : Revenant sur les évènements des 30 et 31 octobre 2014, racontez-nous ce qui s’est passé pour vous et vos amis. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

 

Dr Salam Dermé : Je pense que la presse nationale et même internationale a été aussi témoin. Il y a eu même des films, des documentaires à dessein, qui ont été distillés. Les évènements des 30 et 31 octobre font partie du domaine public burkinabè. A ce titre, ce n’est pas un élément à cacher. Seulement, nous, en tant qu’élus du peuple, en son temps, nous étions à l’hémicycle pour la plénière qui avait été convoquée pour examiner le projet de loi. J’étais deuxième secrétaire parlementaire du bureau de l’Assemblée nationale en son temps. Mais la séance, en définitive, n’a pas eu lieu parce que des manifestants ont envahi l’Assemblée. Il n’y a pas eu de séance. L’Assemblée a été prise d’assaut. Les FDS, chargées de la sécurité des institutions, notamment la gendarmerie, ont assuré la sécurité des députés, ceux de la majorité comme de l’opposition. Nous avons été conduits à la Gendarmerie nationale.

Vous avez été victime des manifestations. Vous avez perdu vos biens. Pouvez-vous revenir sur le vandalisme dont vous avez fait l’objet ?

Les 30 et 31, nous avons été exfiltrés à la Gendarmerie nationale. A l’époque, j’étais le président de la jeunesse du CDP. Nous étions engagés dans un combat politique, nous défendions notre opinion, nos idéaux dans le cadre républicain. Les autres également défendaient leur vision et je pense que c’est tout à fait normal que dans le jeu démocratique, la contradiction puisse se faire. Nous n’avons pas pensé que cela pouvait déboucher sur la violence. Moi, en tant que responsable de la jeunesse, je n’ai pas eu à organiser les jeunes pour autre chose, en dehors du combat d’idées.  Malheureusement, les choses ont connu un dénouement violent. En tant que premier responsable des jeunes, à l’instar d’autres cadres du parti, j’ai été victime de pillage, d’incendie de ma maison jusqu’à mes diplômes. Tenez-vous bien, j’ai eu juste le temps, quand nous avons été conduits à la gendarmerie, d’appeler mon épouse pour lui dire de quitter la maison avec mon enfant. Et cela n’a pas fait 45 minutes que les groupes qui avaient été constitués, après s’être rendus chez Son Excellence Assimi Kouanda, ont déferlé chez moi pour terminer ce qu’il y avait dans la maison. Et Dieu merci, il y avait des jeunes dans mon domicile pour prendre le thé. J’étais obligé de les appeler pour leur dire de ne pas lever le petit doigt pour intervenir. Je ne voulais pas que cela débouche sur des violences physiques et corporelles.  J’ai été ferme. Je leur ai dit de ne pas s‘interposer face aux manifestants. Ce qui est dans la maison, n’est que du matériel. Les voisins ont intercédé sans succès, pour qu’on n’incendie pas la maison. Il semble que nous étions sur une liste de gens dont il fallait effectivement cibler les domiciles et les biens et si possible les violenter. Voilà comment nous avons vécu la situation. Mais nous au moins, et moi personnellement, j’ai eu la chance. Nous n’avons déploré aucune perte en vie humaine.  Mais je vous dis que ce que j’ai constitué depuis que j’étais tout petit, je l’ai perdu. Par exemple, j’avais toujours mon ardoise de CP1. Tout est parti. Aussi, à l’Assemblée, mon véhicule a été incendié. Tous mes biens sont partis d’un coup.

« Je rends toujours hommage au grand camarade Salifou Ouédraogo qui était le président des anciens et qui, vu l’âge, n’a pas échappé. Il est resté dans l’incendie du siège du parti »

Est-ce que vous avez pu recouvrer quelques-uns de vos biens ?

Le jour de l’insurrection, dans mon bureau à l’hémicycle, il y avait mon sac d’ordinateur, avec mes documents parlementaires.  Ce sac était avec ma secrétaire qui devait me le rendre après. Mais dans l’imbroglio, elle aussi, elle a dû perdre le sac. Ce n’est qu’après, en novembre, dans la deuxième semaine, que les éléments de la Police qui s’occupaient de la sécurité ont  retrouvé quelques objets : mon ordinateur portable, mon passeport diplomatique et mes autres passeports qui étaient complètement détruits. J’avais de la liquidité dans le sac. Une partie de cette somme a été retrouvée, quelques clés USB et quelques documents.  Après les évènements du coup d’Etat de 2015, j’ai encore été victime. Puisque j’ai réfectionné moi-même ce qui pouvait l’être, pour loger ma famille. Et lors des évènements du coup d’Etat où je n’étais même plus président de la jeunesse du CDP, où je n’étais même pas à Ouagadougou, il  y a une certaine opinion qui disait que le  RSP, accompagné des éléments du CDP, est allé incendier le domicile de Salifou Diallo. Curieusement, dans la même nuit, mon domicile a été encore brûlé. Moi même j’étais à Pouytenga, avec ma mère qui était convalescente. Heureusement, j’ai eu encore la chance d’amener ma famille chez mon cousin.  Les gens sont encore sortis pour s’interposer. Puisqu’après l’insurrection, des jeunes sont venus chez moi pour s’excuser et dire qu’ils ont été manipulés. Ce sont eux qui ont voulu  s’interposer, mais ils les ont laissé brûler pour éviter qu’il y ait des affrontements physiques. Mais depuis lors, vous avez en face de vous quelqu’un qui a un moral robuste. Quelqu’un qui a gravi les échelons par rapport aux mouvements de lutte dans la formation politique, qui a été trempé dans le mouvement estudiantin. Donc, ce sont des évènements qui n’entament pas notre moral. En tout cas, je remercie Dieu d’être toujours en bonne santé et de retrouver ma profession. Tenez-vous bien, après l’insurrection, tous les députés qui étaient des fonctionnaires, c’est presque vers la fin de la Transition qu’une circulaire a appelé chacun à rejoindre son poste. Nous avons passé presqu’une année sabbatique sans travail, sans salaire.  Aujourd’hui, l’évolution des choses nous montre que le problème politique qui se posait, c’était la succession de Blaise Compaoré. Ce n’était pas des problèmes de changement. Nous, à l’époque, nous nous battions  pour qu’on puisse aller à ce changement sans qu’il n’y ait un choc sur la stabilité et les fondamentaux en ce qui concerne le développement du pays. Aujourd’hui, votre journal qui a considéré que nous avons été des victimes, est à saluer. En effet, depuis les évènements, on dirait qu’il y a eu une lecture orientée. L’histoire retiendra que moi, en tant que président des jeunes du CDP, je n’ai jamais organisé des jeunes pour aller casser, saccager ou brûler chez quelqu’un, endeuiller une famille ou rendre une famille mécontente. L’histoire retiendra que j’ai eu des convictions politiques que j’ai défendues, conformément aux libertés garanties par nos textes et lois.  Quand on parle de victimes, nous sommes royalement ignorés. Souvenez-vous, je rends toujours hommage au grand camarade Salifou Ouédraogo qui était le président des anciens et qui, vu l’âge, n’a pas échappé. Il est resté dans l’incendie du siège du parti. Mais quand on parle de victimes, il n’est pas cité.

Comment vous sentez-vous après ce douloureux évènement ?

Personnellement, je me sens très bien. Ma famille aussi. Toute épreuve nous permet de tirer des leçons, des expériences. Sur le plan professionnel, je continue à donner le meilleur de moi-même. Mon engagement politique reste intact et je fais partie des principaux cadres qui travaillent pour la réforme du parti, pour que nous puissions peser sur l’échiquier politique pour les consultations de 2020. Et je reste ferme et convaincu que malgré les critiques, en 27 ans de pouvoir, le Président Blaise Compaoré a apporté au peuple burkinabè. Il a contribué à l’avancée du pays, sur tous les plans. Et je suis conscient que comme toute œuvre humaine, il y a eu des insuffisances, des erreurs, notamment cette grande erreur politique qui a conduit aux évènements de 2014. Aujourd’hui, nous disons qu’il faut rapidement que nous trouvions le moyen de nous réconcilier avec nous-mêmes. Au CDP, nous avons été clairs. Aucun militant, aucun cadre ne peut se soustraire aux procédures judiciaires. Nous souhaitons que chacun puisse répondre de ses actes. Nous voulons une justice égale pour tous.

Propos recueillis par Ousmane TIENDREBEOGO

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