SIBIRI ERIC KAM, MEMBRE DE LA CEI A PROPOS DE L’AFFAIRE NORBERT ZONGO : « Abdoulaye Barry, Dramane Yaméogo et Adama Sagnon doivent être poursuivis »

SIBIRI ERIC KAM, MEMBRE DE LA CEI A PROPOS DE  L’AFFAIRE NORBERT ZONGO : «  Abdoulaye Barry, Dramane Yaméogo et Adama Sagnon doivent être poursuivis »

Le Pays : Comment  vous êtes-vous retrouvé dans la Commission d’enquête internationale (CEI) dans l’affaire Nobert Zongo ?

Sibiri Eric Kam : Après l’assassinat de Norbert Zongo, il y a eu un mouvement de population qui a réclamé la mise en œuvre d’une commission d’enquête. Le pouvoir a pris un premier décret qui a été récusé par le Collectif des organisations de masse et de partis politiques. On a demandé que la société civile soit plus représentée. On a donc fait une contre-proposition qui a été prise en compte et c’est  ainsi que mon association, la Ligue pour la défense de la liberté de la presse, m’a désigné pour être membre de la commission.

 Pourquoi le Collectif a-t-il récusé le premier décret de mise en place de la CEI ?

On l’a récusé parce que la composition n’était pas paritaire. L’Administration était plus représentée que  la société civile et comme il y avait  déjà une méfiance vis-à-vis de l’Administration, nous avons demandé que la société civile soit majoritairement représentée.

Dans quelle ambiance la CEI a-t-elle travaillé ?

Je crois qu’au sein de la commission, on avait à cœur d’aboutir à un résultat satisfaisant. On ne voulait pas que cette commission soit mise en place pour rien. Nous y sommes allés pour mener une enquête qui allait permettre d’identifier  ceux-là  qui ont tué Norbert Zongo.

Est-ce que tous les membres de la CEI étaient dans cette dynamique ?

En tout cas, au départ, nous sommes partis sur cette base. On avait foi en chacun et on estimait que tous ceux qui étaient là, avaient cette volonté d’aboutir à un résultat et ce d’autant qu’en dehors même de la commission, les membres se connaissaient. On n’avait pas d’a priori vis-à-vis de quelqu’un.

Quel commentaire faites-vous du sort réservé aux résultats de la CEI à l’époque ?

L’Etat de droit a des limites. Quand nous avons remis nos conclusions  au Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo, beaucoup avaient craint que le rapport reste caché quelque part. Mais dès la semaine qui a suivi, le Premier ministre a fait distribuer une copie du rapport à l’ensemble des organes de presse dont certains ont publié in extenso le document. Déjà, pour nous, c’était un bon signe que le rapport soit rendu public. Et nous, au niveau de la commission, nous avons transmis tous les dossiers, tous les documents sur lesquels nous avons travaillé, au juge d’instruction. Le rapport faisait peut-être 40-45 pages, alors que les documents qu’on avait, faisaient plus de 400 pages. On se disait qu’au-delà du rapport qu’on lui a transmis, les documents devaient faire comprendre au juge que nos conclusions n’étaient pas ce que nous croyions, mais ce que nous savions. Ce qui est différent. A l’époque, tout le monde indexait le pouvoir politique, mais une chose est de croire qu’untel est l’auteur d’une infraction, une autre est d’avoir les éléments qui montrent qu’il en est l’auteur. Dans le rapport et dans les documents joints, il y avait plein d’indices convergents, qui montraient d’où le coup était venu. Et logiquement, à partir du moment où la commission avait identifié des suspects sérieux, nous nous attendions à ce que le Procureur  requière contre ces personnes-là déjà identifiées, mais il a requis contre X. Contre X signifie qu’on ne sait même pas qui.

Voulez-vous dire que le Procureur n’a pas utilisé les résultats des travaux de la CEI ?

C’est comme s’il avait écarté les résultats de la commission d’enquête et comme si on repartait de zéro. Or, la CEI avait identifié des gens. Ces derniers n’ont pas été identifiés au hasard.

Comment peut-on expliquer cette manière de procéder du Procureur ?

C’était une volonté délibérée de ne pas de traiter convenablement le dossier. Je me dis qu’au départ, l’autorité croyait que les membres de la Commission allaient s’asseoir et prendre tranquillement leurs perdiems. Elle ne pensait pas que les gens allaient se mettre au sérieux pour faire leur travail avec conviction, pour aboutir à ce à quoi on a abouti. Donc, les conclusions devaient déranger quelque part.  Maintenant, si on n’a pas pu empêcher la commission d’identifier les présumés auteurs, il faut empêcher le juge de prendre le relais. En la matière, je le dis toujours, quand vous voulez contrôler une juridiction, vous n’avez pas besoin de contrôler tous les juges. Il vous suffit de contrôler le Procureur du Faso et le Président du tribunal. Si vous contrôlez ces deux personnes dans une juridiction, c’est fini. Donc, le Procureur à l’époque, Yaméogo Dramane, au lieu de requérir contre Marcel Kafando et autres, a requis contre X. Le juge d’instruction qui avait suivi nos travaux et qui aurait pu passer outre et prendre en compte ce qu’on lui a transmis au niveau de la CEI, a également rejeté nos conclusions. D’un point de vue psychologique, si le Procureur avait requis contre Marcel Kafando et autres, et que tout de suite le juge d’instruction les avait mis sous mandat de dépôt, cela allait déclencher un processus parce que ceux-là qui étaient derrière l’assassinat de Norbert Zongo allaient avoir peur. Si on les avait inculpés et mis sous mandat de dépôt, certains allaient chercher à sauver leur peau. Au lieu de cela, ils vaquaient tranquillement à leurs occupations, peinards. C’est  comme si on leur disait « il n’y a rien à craindre, rien ne va vous arriver ».

Voulez-vous dire que les travaux de la commission n’ont servi à rien ?   

Non ! Puisque le juge les a écartés.  Et l’on se souvient que lors d’une conférence de presse, le Procureur du Faso a dit que c’était juste des renseignements généraux et que cela ne fait pas foi. Il a expliqué que la commission n’était pas constituée d’officiers de police judiciaire et que notre rapport ne faisait pas foi. C’est pour dire que tout ce qui a été fait, au-delà de l’argent que l’Etat a dépensé, au-delà du temps que les gens ont consacré à ce travail, pour le Procureur, cela n’avait aucune valeur juridique.

Quand on considère l’évolution actuelle du dossier Norbert Zongo, l’on constate que les conclusions des travaux ont servi  à quelque chose finalement. Comment expliquez-vous cela ?

Il  y avait une volonté délibérée de ne pas faire aboutir le dossier. Même la fameuse ordonnance de non-lieu et du renvoi au greffe dans l’attente de nouveaux éléments, et ma structure l’avait écrit. Si pendant qu’on cherche, on ne trouve pas, est-ce quand on va arrêter de chercher qu’on va trouver ? A l’époque, nous avons évoqué l’affaire Grégory en France, qui, depuis 20 ans, était en traitement dans un cabinet de juge d’instruction. On n’a pas mis cela de côté pour dire que ça faisait longtemps que le dossier était  là. Pour l’affaire Norbert Zongo, en moins de quelques années, on décide d’un non- lieu, dans l’attente de nouveaux éléments. Cela ne faisant même pas 10 ans de procédure. Au niveau de la Justice, il y a des dossiers qui ont plus de 10 ans mais on ne les a pas mis de côté en attendant que… ! Cette ordonnance de non-lieu en 2006, était un calcul. Les gens se sont dit que quelque part, il y a un régime qui est là, celui de Blaise Compaoré. Si on classe  le dossier aux archives, au bout de dix ans, 2006-2016, il y a prescription. Donc, après, même s’il y a de nouveaux éléments probants, on ne peut plus revenir sur le dossier.

Pensez-vous donc que la chute de Blaise Compaoré a sauvé le dossier Norbert ?

La chute de Blaise Compaoré a permis de réveiller le dossier. Sinon, si Blaise Compaoré avait été là, le dossier ne serait jamais ressorti. 2016 allait arriver et on allait avoir les dix ans de prescription. Le dossier aurait été prescrit et juridiquement, ce serait terminé.

Que peut-on dire du caractère politique du dossier ?

Nous sommes dans un Etat de droit. Un individu est conseiller spécial à la présidence. Son épouse est victime de vol. Il soupçonne ses employés domestiques. Dans ce cas, il devrait s’adresser à la police ou à la gendarmerie. Mais lui, il décide de remettre ses domestiques à la sécurité présidentielle pour mener l’enquête. Un militaire n’est pas formé pour mener des enquêtes de police. Et quelle méthode ont-ils trouvée ? C’est la torture : amener les gens en brousse, leur mettre une arme sur la tempe, les menacer de les abattre s’ils ne parlent pas ; allumer du feu et suspendre la personne au dessus du feu comme si l’on grillait un poulet…Même si vous n’avez pas volé, vous allez avouer que vous avez volé pour qu’on mette fin à votre torture. Et ce sont ces tortures qui ont occasionné la mort de David Ouédraogo. Le corps était tellement brûlé qu’on ne pouvait pas le remettre à la famille du défunt. C’est ainsi qu’on a enterré clandestinement David Ouédraogo. Ceux qui étaient au courant de cette affaire, c’est François Compaoré, c’est le Procureur du Faso, Dramane Yaméogo. Quand David est mort, on l’a appelé et il s’est présenté à l’infirmerie de la présidence et a vu le cadavre. Mais quand un prisonnier meurt en prison, on remet le corps à sa famille. Quand quelqu’un meurt au commissariat, on informe la famille et on lui remet le corps. David Ouédraogo est mort à l’infirmerie de la présidence. Pourquoi n’a-t-on pas remis son corps à sa famille pour qu’il soit enterré ? Comment a-t-on pu l’enterrer clandestinement sans informer sa famille ?  Voilà les faits de départ et qui ont révolté Norbert Zongo. On est dans un Etat de droit ; tout le monde a droit à la vie et tout le monde a droit à la justice. François Compaoré, le petit président comme on l’appelait, est conseiller à la présidence. Donc, dès le départ, l’affaire est politique.

Comment vous êtes-vous senti quand vous avez appris que François Compaoré a été interpellé en France ?

En tant que rapporteur de la CEI, connaissant les dossiers, les faits dont nous avons eu connaissance dans le cadre de notre enquête, je n’ai pas de preuves que c’est François Compaoré qui a ordonné le coup. Mais à partir du moment où ce sont des éléments du RSP qui ont exécuté Norbert Zongo, ils ne l’ont pas fait de leur propre initiative. Ils n’avaient pas de griefs  personnels contre Norbert Zongo, comme l’a dit Marcel Kafando à l’époque. Il avait dit qu’il n’avait rien contre Norbert Zongo. Et pourquoi il irait l’abattre ? Les éléments palpables sont là et indiquent la direction du RSP et de la présidence. L’arme qui a servi à abattre Norbert Zongo, c’est une arme qui, dans tout le Burkina, n’était détenue que par la Sécurité présidentielle. Et lorsque nous sommes allés pour perquisitionner l’armurerie de la présidence, on nous a fait poireauter une heure de temps avant qu’on ne puisse rentrer fouiller, sous prétexte que celui qui détenait la clé n’était pas là. Pouvez-vous imaginer qu’il faille attendre une heure pour trouver celui qui détient la clé de l’armurerie de la présidence et pouvoir y accéder ? Vous y croyez ? Cela peut-il se faire ? On a tous ces éléments. Ensuite, on a auditionné un élément de la Sécurité présidentielle. Il dit que pour connaître la position de chacun des éléments, il suffit de prendre le registre de garde. On a fini avec lui un soir autour de 20h et il nous a dit que le lendemain, il allait nous apporter le registre de garde. Le lendemain, il est venu nous dire que le registre n’existait pas. Or, tout le monde sait qu’il y a, dans les corps paramilitaires,  ce registre qui indique la position des uns et des autres quand ils sont de service. Autre élément qui montre que des éléments du RSP étaient impliqués dans  l’affaire : quand on les convoque, avant qu’ils ne viennent, il y a la hiérarchie qui les reçoit et qui leur donne des consignes. Voilà comment il faut répondre aux questions qu’on va vous poser. Quand ils nous quittent, ils repartent rendre compte. A la limite, les réponses qu’ils devaient nous donner étaient préparées à l’avance. Pourquoi la hiérarchie du RSP va-t-elle s’impliquer dans une telle affaire si les éléments  n’ont rien à se reprocher ? Ils nous ont menti sur leurs programmes et leurs positions. Mais il y a un élément qui nous a échappé. A l’époque, on ne savait pas qu’on pouvait localiser quelqu’un grâce à son téléphone portable. Si on l’avait su, on aurait pu positionner Marcel Kafando en son temps, car il avait un téléphone portable. On n’avait pas cette information technique à l’époque.

D’aucuns estiment que certains acteurs qui ont eu à piloter le dossier Norbert Zongo devraient être poursuivis pour entrave à l’enquête. Qu’en dites-vous ?

Si on veut rompre avec l’impunité, Abdoulaye Barry, Dramane Yaméogo, Adama Sagnon, doivent être poursuivis, ne serait-ce que pour faute professionnelle. Côté infraction, je ne peux pas qualifier mais d’un point de vue professionnel, ils ont manqué à leurs obligations. Quand on prend l’histoire de la Justice, nulle part on n’a mis un dossier de côté, en attendant que des éléments nouveaux apparaissent. Je n’ai pas encore vu ça dans un pays. Or, ces gens ont pris une telle décision au Burkina Faso et ont essayé de la justifier. C’est une forfaiture. Dramane Yaméogo est allé voir le corps de David Ouédraogo à l’infirmerie de la présidence. Dramane Yaméogo sait que David Ouédraogo a été enterré à l’insu de sa famille. Normalement, sur le plan pénal, on doit pouvoir poursuivre Dramane Yaméogo, François Compaoré pour recel de cadavre. Quand on jugeait l’affaire David Ouédraogo, François Compaoré n’y était pas. Pourtant, c’est lui qui a fait enterrer  le corps. Si la Justice fonctionnait, on devrait le poursuivre. Là, on ne peut plus parce que le temps est passé, mais au moins, pour ce qui est des magistrats impliqués dans le dossier, on peut les poursuivre pour faute professionnelle parce qu’il n’y a pas de prescription à ce niveau.

Au cours des travaux de la CEI, avez-vous tenté d’entendre François Compaoré ?

On ne convoque pas quelqu’un parce qu’on veut le convoquer. On convoque quelqu’un quand quelqu’un donne son nom ou bien quand on a un document qui l’incrimine. Personne, parmi tous ceux qu’on a entendus, n’a dit que « c’est François qui… ». Donc, on n’avait pas de raison de convoquer François Compaoré. On n’a pas trouvé un document qui liait François Compaoré à l’assassinat de Norbert Zongo.

Alors comment se fait-il que son nom apparaisse dans le dossier ?

Son nom est associé parce que tout simplement, au moins une chose est certaine, ce sont des éléments du RSP qui ont assassiné Norbert Zongo et ce sont les mêmes qui étaient dans l’affaire David Ouédraogo. Voilà comment on fait le lien avec François Compaoré.

Comment entrevoyez-vous les perspectives dans ce dossier ?

Le temps est passé, cela fait déjà 19 ans. Je ne suis pas sûr qu’on puisse trouver des preuves directes qui vont permettre d’établir clairement les faits. Mais ceux-là qui sont inculpés aujourd’hui, n’ont pas tué Norbert Zongo de leur propre initiative. Quelqu’un a donné l’ordre. Il leur revient de dire qui a donné cet ordre. Si eux, ils avouent, l’affaire est pliée. Qu’est-ce qu’ils ont à gagner, aujourd’hui, en se taisant ? En un temps donné, ils avaient à gagner parce qu’il y avait de petits cadeaux qu’on leur faisait. Marcel Kafando nous a raconté un jour de décembre, qu’on lui a payé un véhicule en son nom, pour service rendu.

Qui lui a donné cette voiture ?

Il dit que Blaise Compaoré était content de son travail et il lui a donné une voiture personnelle. Comment comprendre que le président fasse un cadeau à un élément de la sécurité présidentielle pour avoir bien fait son travail ?  Quel est ce travail-là ?

Si les inculpés n’avouent pas, cela voudra dire qu’on ne saura jamais la vérité sur l’affaire Norbert Zongo. Et on ne pourrait jamais établir les liens que vous évoquiez précédemment. N’est-ce pas ?

Essayez de revoir les évènements. L’affaire David Ouédraogo éclate un jour dans L’Indépendant. Pendant un certain temps, il y a des publications sur le sujet. Et puis, à un moment donné, il n’y a plus de publications. Que s’est-il passé ? Simplement, des gens ont fait les intermédiaires. Ils sont allés voir Norbert Zongo  qui leur a dit : il y a quelqu’un qui a fait du tort à quelqu’un d’autre. S’il reconnaît qu’il a fait du tort, moi je n’en parle plus. A l’époque, la médiation s’est faite chez Oumarou Kanazoé ; Cyrille Goungounga était un de ces intermédiaires ; (paix à leurs âmes). Et à la rencontre, il était convenu que la famille Compaoré  allait demander pardon à la famille Ouédraogo. Et c’est là que Norbert a arrêté d’écrire. Le temps passe et la famille Compaoré ne va pas demander  pardon à la famille Ouédraogo. Norbert dit qu’à partir du moment où la famille Compaoré n’a pas tenu  sa promesse, il n’y a pas de raison qu’il tienne la sienne. C’est à partir de là qu’il a recommencé à écrire sur l’affaire David Ouédraogo.  Quand on met tous ces éléments ensemble, cela vous donne une direction. La CEI a indiqué dans son rapport qu’il y a un lien. Ce n’est pas une preuve palpable, mais nous sommes doués de raison.

François Compaoré peut-il échapper dans cette affaire Norbert ?

Quelqu’un disait qu’il y a le droit et il y a la justice. Le droit, ce sont les règles qui sont écrites ; la justice, c’est ce sentiment que tout individu a que les choses doivent être justes. Et je dis souvent que la vérité judiciaire n’est pas forcément la vérité. Elle peut être différente de la vérité. Je me dis que si François Compaoré était extradé, tous ceux-là qui ont été inculpés aujourd’hui, qui ne veulent pas parler, vont comprendre qu’ils ont intérêt à parler puisque leur protecteur est dans les filets.

Revenant sur les travaux de la CEI, quel est la meilleure anecdote que vous pouvez nous raconter ?

Je parlerai de nos deux commissaires qui ont refusé de signer le procès-verbal d’adoption du rapport. Quand on a fini toutes les auditions et qu’on a estimé qu’on avait assez d’éléments pour entamer la rédaction du rapport, il fallait effectivement le rédiger et l’adopter page par page. De façon formelle, on a voulu marquer la fin de l’adoption du rapport et il a été demandé aux rapporteurs de faire un procès-verbal d’adoption. Il était 21h environ ; le temps qu’on finisse de saisir le procès- verbal, certains ont estimé qu’il se faisait tard et qu’ils allaient revenir le lendemain pour signer. Mais certains y étaient toujours. Il y avait le commissaire Gué qui représentait la Police nationale. Quand le procès- verbal a été imprimé, il a signé. D’autres commissaires ont également signé. J’ai appelé Jean Emile Somda, qui représentait le ministère de la Justice, mais il nous a dit qu’il ne signait pas ; qu’il a reçu instruction de ne pas signer. Le capitaine Hermann Traoré a dit également qu’il ne signait pas. Mais cela n’enlève en rien le contenu du rapport qui a été adopté par tout le monde, y compris ceux qui ont refusé de signer. Dans cette histoire, certains ont été récompensés après. Ils ont été nommés à des postes pour leur contribution à l’entrave du dossier. Les gens comme nous, on a plutôt subi des représailles.

Interview réalisée par Michel NANA

 

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1 Commentaire

  1. Anonyme

    Bonjour à tous,

    « Aussi longue que soit la nuit, le jour finit par poindre ». Notre cher regretté Norbert Zongo, alias Henri Sebgo, disait dans son dernier éditorial ceci: « Même si on tue Norbert Zongo, tôt ou tard, la vérité sur l’assassinat de David Ouédraogo se révèlera un jour ».

    Dix-neuf ans après, l’autodafé de Sapouy, cette conviction est plus que d’actualités et, tous ceux qui ont trempé leur barbichette, de près ou de loin, dans la manipulation de la justice pour éviter que les princes régnants de l’époque ne répondent de leurs forfaitures, sont aujourd’hui transis d’effroi et vivent la peur au ventre du lendemain ainsi que leurs familles.

    C’est que, quand même, la compaorose avait réduit la vie d’un être humain à celle d’un poulet qu’on pouvait braiser à volonté et  » y a rien ». Sinon, comment comprendre, que non seulement, vous braisez quelqu’un jusqu’à ce que mort s’en suive (cf photos des infortunés en son temps vendues comme des petits pains), et avec l’approbation et le conseil du procureur du Faso, vous l’enterrez en catimini comme un chien enragé. Bon sang! le quidam, il a quand même de la famille. Si le cadavre était si calciné qu’il ne faisait pas beau à voir (fallait y penser avant d’en arriver là), informer tout de même la famille pour qu’elle assiste à l’enterrement qui pouvait être l’affaire des militaires avec les artifices dont ces gens en avaient le génie machiavélique. Que nenni!

    Là-dessus, le journaliste émérite, reprenant un entre-filet de l’Observateur Paalga, premier canard à sonner le tocsin sur cette affaire, en fait un point d’honneur à ce que justice soit rendue ou, à tout le moins, que les responsables reconnaissent le crime et en demandent pardon à la famille éplorée et privée du corps de leur membre pour lui rendre hommage et faire dignement ses funérailles. Tout ça, c’était trop demander à nos « demi-dieux »; et la date maudite du 13 décembre 1998 arriva.

    L’évolution socio-politique du Faso depuis, ayant culminé avec l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, découle beaucoup plus de cette date que celle du 15 octobre 1987 qui a vu l’arrivée au pouvoir de la compaorose sur les cadavres sanguinolents du regretté Président Thomas Isidore Marie Noël Sankara et de ses douze collaborateurs (dossiers toujours pendants également).

    Au vu des développements récents des dossiers pendants de crimes de sang, il est à espérer qu’enfin, nos hommes et femmes en toges qui réclament, urbi et orbi, leur indépendance prouvent enfin au peuple que l’ère des juges « acquis » (dixit, Boureima Badina, Garde des Sceaux, Ministre ou Sinistre de la Justice à l’époque triomphale de la Compaorose) est à jamais révolue sur le sol béni du pays des hommes intègres. Ce sera le gage de la justice, de la vérité et enfin de la réconciliation. Le Burkina ne peut faire l’économie de ce triptyque et prétendre avoir la paix sociale encore moins, amorcer son décollage économique.

    C’est tout ou rien!

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