SITUATION POLITIQUE AU GABON : Le jeu de Ping-Bong continue

SITUATION POLITIQUE AU GABON : Le jeu de Ping-Bong continue

Le dialogue politique national initié par le président gabonais, Ali Bongo, passe ce mardi 18 avril 2017 à une autre phase : celle des représentants politiques ; les organisations de la société civile ayant été concernées par la première phase dite citoyenne, qui a duré du 28 mars au 12 avril 2017. Les acteurs politiques issus de la majorité et d’une partie de l’opposition qui entrent en conclave aujourd’hui, auront sur la table les propositions de réformes faites par les citoyens et qu’ils devront examiner dans le sens de l’apaisement de la crise politique engendrée par la réélection d’Ali Bongo. Entre les deux phases (phase citoyenne et politique) de ce dialogue, le principal opposant, Jean Ping qui revendique toujours sa victoire à la présidentielle d’août 2016, a encore sonné le rassemblement de ses partisans, le samedi 15 avril dernier, pour demander à l’actuel locataire du Palais du bord de mer, Ali Bongo, de débarrasser le plancher. Même si cette nouvelle mobilisation de Ping n’a pas été celle des grands jours comme de par le passé, elle traduit tout de même la profondeur de la ligne de fracture entre lui et Ali Bongo qu’il accuse d’avoir opéré un hold-up électoral. C’est donc dire que ledit dialogue national est loin d’être inclusif et qu’il y a des grands risques que ses conclusions ne puissent pas apporter la solution à cette crise sociopolitique qui empoisonne plutôt la vie des Gabonais. Il est vrai qu’en Afrique subsaharienne, le dialogue est une vertu, et y recourir pour aplanir des difficultés, est une voie de sagesse. Et dans ce postulat, l’on pourrait applaudir des deux mains cette initiative d’Ali Bongo de vouloir prendre langue avec les forces vives de son pays, ou du moins avec ses opposants, pour tenter de décrisper l’atmosphère. Mais le refus catégorique de Jean Ping de participer à ce dialogue, le vide presque de son sens. Soit dit en passant, Ping, en décidant de pratiquer la politique de la chaise vide, est dans son beau rôle d’opposant conséquent.

Le pouvoir gabonais doit éviter de faire dans la politique de l’autruche

Maintenant qu’Ali Bongo sait que c’est presqu’une chimère pour lui d’obtenir la participation de son principal opposant, Jean Ping, à un quelconque dialogue qui serait comme une manière de légitimer son pouvoir, il lui appartient de jouer franc jeu avec ceux des acteurs politiques et de la société civile qui ont accepté d’aller sous l’arbre à palabres. En effet, le pouvoir gabonais doit, cette fois-ci, éviter de faire dans la politique de l’autruche, en prenant sur lui, la ferme résolution de mettre en œuvre les propositions de réformes qui sortiront de ce dialogue. Au regard des conclusions de la première phase, on voit que nombre de griefs faits par Jean Ping au régime Bongo, ont été repris par les représentants de la société civile qui ont proposé des réformes politiques et institutionnelles profondes, devant permettre de rétablir la confiance entre tous les acteurs de la classe politique. L’on convient donc que cette crise, quoique née de la réélection contestée d’Ali Bongo dans des conditions litigieuses, tire ses origines de la monopolisation du pouvoir, de la non-limitation et de la durée des mandats présidentiels, du mode de scrutin, etc. Et la meilleure façon pour Ali Bongo de calmer les ardeurs de son adversaire Jean Ping, c’est de prendre sérieusement en compte ces questions et d’aller à des réformes profondes. Car, une fois que les réformes seront opérées, il peut être certain que Jean Ping n’aura pas d’autre choix que de surfer sur autre chose que sur sa réélection. Seule cette attitude franche pourrait mettre fin à ce jeu de Ping-Bong (allusion faite aux deux principaux acteurs de la crise, Ping et Bongo) qui n’a que trop duré.

Drissa TRAORE

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