SITUATION SECURITAIRE AU MALI : Les rapports se suivent et se ressemblent

SITUATION SECURITAIRE AU MALI : Les rapports se suivent et se ressemblent

Le dernier rapport de l’ONU sur la situation sécuritaire au Mali, publié en fin de semaine dernière, fait état d’un déplacement du centre de gravité des attaques terroristes du Nord vers le Centre du pays, avec la recrudescence des embuscades contre les forces armées maliennes, principalement dans les régions de Mopti et de Ségou. C’est du déjà entendu, serait-on tenté de dire, puisque toute cette partie du delta intérieur du fleuve Niger est gangrenée depuis quatre ans au moins par une constellation de groupes armés parmi lesquels on dénombre essentiellement les extrémistes fidèles au prédicateur ultra radical Amadou Koufa, et une myriade de combattants peuls en guerre pour la sauvegarde de leur identité. Résultat : les FAMA sont pris entre plusieurs feux, et l’autorité de l’Etat est de plus en plus en vacance dans ce nouveau ventre mou de la République, au grand dam des populations locales obligées de se calfeutrer dès le coucher du soleil afin de se mettre à l’abri des attaques terroristes et parfois des exactions-représailles d’une soldatesque qui s’en prend, sur la base d’un dangereux amalgame, à la communauté peule dont tout membre est assimilé injustement à un terroriste en arme ou en herbe. Pour dire vrai, le Mali ne se porte pas aujourd’hui mieux qu’en 2012, bien au contraire, puisque le « miragongo » politico-social du Nord qui a plongé le pays quasiment au fond de l’abîme est toujours actif, malgré les efforts inestimables de la communauté internationale accourue en pompier, et malgré les accords signés à Alger, puis à Bamako entre les belligérants en vue d’éteindre l’incendie et de stopper la coulée de lave qui se dirigeait inexorablement vers le Centre et le Sud du pays. Dans cette recherche effrénée de la paix, les négociateurs ont « oublié » de prendre dans leur embarcation les islamistes qui avaient pourtant supplanté par la force les rebelles touarègues dans les villes de Gao et de Tombouctou et qui allaient fondre sur Mopti et peut-être même sur Bamako, n’eût été la prompte réaction de François Hollande et de la France avec les frappes chirurgicales sur des colonnes de pick-up bourrés de combattants islamistes, dans les environs de Konna. Le monde entier avait, on s’en souvient, applaudi ce remède du « docteur Hollande » qui avait détruit, pensait-on à tort, les cellules terroristes de manière irréversible.

La force conjointe du G5 Sahel pourrait être utile à l’éradication du terrorisme dans la sous-région

L’euphorie qui s’en était suivie n’avait laissé aucune place au réalisme qui voulait que les islamistes les moins radicaux fussent associés aux négociations. La suite, on la connaît. Le cancer s’est métastasé et gangrène aujourd’hui non seulement le Mali mais toute la sous-région, et notamment le Burkina Faso où la dernière attaque a eu lieu vendredi dernier, dans la province-martyre du Soum. La question qui mérite donc d’être posée aujourd’hui est de savoir si, en lieu et place des rapports qui, du reste, se suivent et se ressemblent, ou des bombardements dont les résultats sur le terrain sont plus que mitigés, il ne serait pas mieux d’établir un contact et de prendre langue avec les terroristes les moins jusqu’auboutistes afin de connaître leurs motivations et leurs revendications, puis de leur montrer le caractère désespéré et aventuriste de leurs actions avant de leur faire entrevoir l’espoir d’une sortie de crise par la négociation et par la satisfaction, ne serait-ce que partielle de leurs attentes. Ils sont nombreux, en effet, au Mali comme au Burkina Faso à s’être engagés dans cette entreprise périlleuse parce qu’ils ont été manipulés par des marchands de rêves, mais ils n’en restent pas moins ouverts au dialogue et à la négociation, au besoin par médiateurs interposés, pour in fine accepter de revenir dans le giron de la République s’ils ont la garantie que leur repentance ne signera pas leur arrêt de mort. Ce qui se passe au Centre du Mali a beaucoup de similitudes avec la situation sécuritaire plus que volatile dans le sahel burkinabè, avec l’analphabétisme, l’oisiveté et les frustrations diverses comme principaux détonateurs, et nos deux Etats, en association avec la Communauté internationale, devraient davantage orienter leurs efforts vers la recherche de solutions à la fois légitimes et acceptables par ceux qu’on pourrait qualifier d’insurgés,  et bien évidemment par nos autorités. En brandissant à tout bout-de-champ l’argument selon lequel on encouragerait les terroristes à récidiver si on négociait avec eux, on finit par oublier que parmi eux, il y en a qui sont prêts à troquer leurs armes contre des conditions de vie décentes et contre des garanties de sécurité et de protection qu’ils sont en droit d’attendre des autorités de leurs pays respectifs. En revanche, ceux qui ont pris les armes au nom de la religion, que ce soit au Mali ou ailleurs et qui sont prêts à assassiner leurs semblables et à mourir eux-mêmes, sont notoirement difficiles à approcher pour une quelconque négociation. Car, toute tentative de dialogue ne ferait que renforcer leur détermination à commettre l’irréparable. Face à eux, il n’y a guère que l’option du glaive et de la mitrailleuse, et c’est pour cela que la force conjointe du G5 Sahel qui vient d’être portée sur les  fonts baptismaux, pourrait être éminemment utile à l’éradication du phénomène du terrorisme dans la sous-région. En attendant que cette force conjointe nous présente ses premiers trophées de guerre, nous devons croiser les doigts afin que le Centre du Mali ne devienne pas ce qu’étaient les provinces de Al-Anbâr et de Ninive en Irak, c’est-à-dire une partie du pays où vont converger les djihadistes du monde entier. Espérons que le tout nouveau Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maiga, qui a promis le 07 janvier dernier de prendre « des mesures fortes » pour sécuriser le Centre du Mali aura, en diplomate chevronné et en homme politique pétri d’expérience, assez de discernement pour alterner les offres « à prendre ou à laisser »  qu’il devra faire aux rebelles touarègues, la rigueur de la loi pour les terroristes incorrigibles et la main tendue aux Maliens qui se sont embarqués dans l’aventure terroriste pour des raisons autres que religieuses.

Hamadou GADIAGA

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