Lignes de force

SOMALIE 23 ans après, les américains reviennent sur leurs pas

Le 3 juin dernier, la sous-secrétaire d’Etat américaine, Wendy Sherman, annonçait, à Washington, la nomination imminente par le président Barack Obama, d’un ambassadeur en Somalie. Quand on sait que depuis la chute du président Siad Barre en 1991 et le déclenchement de la guerre civile, les Etats-Unis n’avaient pas de diplomate en poste dans ce pays, l’annonce est d’importance.
Toutefois, l’ambassadeur ne résidera pas en permanence en Somalie et sera à cheval entre Mogadiscio et Nairobi, la capitale kényane, où il aura sa résidence officielle.

Ils ont surmonté le traumatisme de l’échec de l’opération Restaure hope

En plus, les locaux diplomatiques seront situés dans une zone hautement sécurisée, à l’aéroport de Mogadiscio. Toutes ces mesures de précautions montrent à souhait que l’environnement n’est pas totalement propice au pays du président Hassan Sheikh Mohamoud, et que l’Aigle américain y revient avec la prudence d’un Sioux. Toutefois, l’on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les Américains tiennent à ouvrir une ambassade dans de telles conditions, surtout que l’on n’a pas connaissance d’une abondante diaspora américaine dans ce pays.
Quand on sait que les Américains ont la réputation de ne jamais rien faire au hasard, l’on peut se convaincre qu’ils ont tiré leçon de leur échec du passé et que leurs services de renseignements ont travaillé à fournir à l’exécutif tous les éléments nécessaires avant la prise d’une telle décision.
De prime abord, l’on pourrait dire qu’ils ont surmonté le traumatisme de l’échec de l’opération Restaure hope en 1993, au cours de laquelle les milices Shebabs de Mohammed Farah Aidid avaient infligé une déculottée mémorable aux Yankees. Surtout lors de la bataille épique de Mogadiscio, en octobre 1993, où les terroristes avaient tué dix-huit soldats américains parmi les troupes lancées à leurs trousses et avaient traîné certains corps dans les rues de la capitale en guise de trophées de guerre. Ces images avaient profondément choqué l’opinion aux Etats-Unis. Par la suite, constatant leur incapacité à restaurer l’espoir, encore moins la paix, dans ce pays alors durement frappé par la famine et la guerre, les Américains s’étaient progressivement retirés, presque la queue entre les jambes.

Un retour est nécessaire, pour conjurer le mauvais sort

21 ans après, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais les Shebabs continuent de dicter leur loi dans un pays où les institutions peinent à établir leur autorité. Et c’est dans ces conditions que les Américains reviennent sur leurs pas pour rouvrir une représentation diplomatique.
Toute analyse faite, cette volonté affichée des Etats-Unis de marquer leur présence dans une zone aussi sensible est loin d’être fortuite. C’est bien parce qu’ils y trouvent leur intérêt qu’ils ont décidé de revenir en ces lieux de douloureux souvenirs. Et ces intérêts peuvent être de plusieurs ordres : économique, politique, géostratégique, sécuritaire, etc.
Sur le plan politique, officiellement, il s’agit « d’approfondir les relations avec ce pays avec l’espoir de voir arriver des jours meilleurs ». Mais d’un autre côté, il pourrait bien s’agir de ne pas l’abandonner entre les mains des terroristes Shebabs dont les attentats rythment le quotidien des populations.
Sur le plan économique, les Américains n’entendent pas rester les bras croisés, face à l’offensive des pays asiatiques. Ainsi, dans l’optique de la conquête de marchés nouveaux, les autorités de la Maison blanche entendent engager les investisseurs américains à explorer les possibilités offertes par ce pays. Sur le plan géostratégique, ce pays est situé dans la corne de l’Afrique où transitent de nombreux navires, d’une part, et où sévissent de nombreux pirates et autres trafiquants de drogue et d’armes, d’autre part. Cela pourrait justifier la nécessité d’une telle présence pour apporter une contribution au combat général contre l’insécurité dans la zone. Sur le plan sécuritaire, les Shebabs restent la principale préoccupation. Pour mieux combattre un ennemi, mieux vaut être à côté. Ce d’autant plus que l’ouverture de l’ambassade permettra d’avoir beaucoup plus de moyens humains et matériels sur place. En outre, l’on peut aisément imaginer que la déculottée de 1993 leur est restée en travers de la gorge et qu’en tant que première puissance mondiale, leur orgueil peut en avoir pris un coup. Aussi un retour, même plusieurs années après, est-il nécessaire, pour exorciser le mal et conjurer le mauvais sort. Les Shebabs n’ont qu’à bien se tenir.

Outélé KEITA

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