SOMMET CEDEAO/CEEAC

SOMMET CEDEAO/CEEAC

Que peut-on en attendre de bon ?

Lomé, la capitale togolaise, abrite, les 30 et 31 juillet 2018, deux grands sommets grandeur nature. Le premier, et inédit, est le sommet conjoint de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC). Ouvert hier lundi en présence de nombreux chefs d’Etat de ces deux espaces communautaires, ce sommet a porté sur les questions sécuritaires, notamment la lutte contre le terrorisme. Eu égard à l’importance du thème, on ne peut manquer de saluer l’initiative, tant le terrorisme non seulement n’a pas de frontières, mais aussi n’épargne aucune nationalité. Du Nord du Burkina à l’Est du Nigeria, du Centre-Ouest du Cameroun au Sud-Est du Niger, du Centre du Mali à Ndjamena sans oublier l’extrême Est de la RDC, les terroristes ont fait parler d’eux en endeuillant diverses nationalités. C’est dire si l’initiative des deux entités communautaires de se pencher ensemble sur la question du terrorisme, est louable. Elles affichent ainsi une réelle détermination à mieux traquer les ingénieurs du mal. Quand on sait que la communauté de vues et d'action engendrent la force, on peut espérer que la CEDEAO et la CEEAC qui ont décidé de mutualiser leurs moyens de lutte, arriveront à réduire considérablement la voilure des terroristes à l’Ouest et au Centre du continent. Mais le plus important dans tout ça, c’est de ne pas ranger dans les tiroirs, les engagements pris au terme de ce premier
Sommet, d’autant que nos dirigeants nous ont habitués à des espoirs douchés.
Parlant de l’autre sommet, à savoir la 53e session ordinaire des chefs d’Etat de la CEDEAO, qui s’ouvre ce 31 juillet, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il suscite un grand intérêt pour les Togolais. Pas seulement parce qu’ils ont l’honneur de l’organiser. Mais aussi et surtout parce qu’il est inscrit dans l’ordre du jour du sommet, la situation politique dans la région avec en point d’orgue, la crise politique au Togo.

Il appartient à l’institution régionale de mériter davantage la confiance des peuples

Il faut le rappeler, depuis un certain temps, l’intention plus ou moins affichée du président, Faure Gnassingbé, de se maintenir indéfiniment au pouvoir, irrite l’opposition togolaise qui, de façon récurrente, bat le macadam pour l’en dissuader au point de demander sa démission hic et nunc, plongeant ainsi le pays dans une crise politique qui a déjà laissé de nombreux Togolais sur le carreau. Face à cette situation sociopolitique délétère qui pourrait créer l’instabilité dans une sous-région déjà en proie à la lutte contre le terrorisme, la plupart des chefs d’Etat de l’espace CEDEAO ont affiché une certaine indifférence jusqu’à présent, à l’exception du Nigérian Muhammadu Buhari qui avait assené ses vérités à Faure via son ambassadeur accrédité à Abuja. Reste que la médiation co-initiée par la CEDEAO et l’UA pour éviter un éventuel chaos, connaît toujours un retard à l’allumage. Si d’aucuns ont lié le difficile travail des médiateurs Nana Akufo-Addo et Alpha Condé au fait que le premier cité, en raison de la proximité géographique de son pays avec le Togo, n’a pas les coudées franches pour agir au risque de remettre en cause les relations de bon voisinage, le deuxième serait en mauvaise posture pour donner des leçons de démocratie à son jeune frère ; lui-même étant soupçonné de vouloir charcuter la Constitution de son pays pour s’offrir un troisième mandat. Quant au principal concerné de cette crise, il se trouve être le président en exercice de la CEDEAO. Que peut-on attendre de bon, de ce sommet ? Maintenant que l’occasion est donnée à tous les chefs d’Etat des pays membres de l’institution régionale, de se retrouver face à Faure Gnassingbé, sauront-ils l’amener à comprendre la nécessité de l’alternance et à entendre la voix de son opposition hostile à un troisième mandat ? En tout cas, le contexte y est favorable. En ce sens que d’abord, aux termes de ce sommet, il passera la présidence de la CEDEAO à son homologue nigérian dont on connaît déjà la position sur cette crise togolaise. Ensuite, le président Buhari dont le pays, l’un des plus puissants d’Afrique, a souffert, par le passé, des affres des présidences à vie et qui, aujourd’hui, est ancré dans la démocratie, sait bien ce que peut coûter une instabilité politique à la sous-région. Même si des chefs d’Etat vont continuer dans leur indifférence face à cette crise, tout le monde sait désormais la position du géant de la CEDEAO, qui est visiblement agacé de voir que le seul mouton noir de la démocratie dans cet espace communautaire, reste le Togo. C’est dire qu’il appartient à l’institution régionale de mériter davantage la confiance des peuples en évitant de se laisser passer pour un syndicat de chefs d’Etat.

Drissa TRAORE

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