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SOMMET DE DAR-ES- SALAM SUR LE BURUNDI : Que peut la confrérie des sorcières contre l’une des leurs ?

 

Dar-es-Salam, la capitale de la Tanzanie, a accueilli, en l’espace d’un mois, son 2e  sommet sur la crise burundaise. Cette fois, le maître de Bujumbura n’y a pas pris part. Les raisons avancées par son porte-parole pour justifier son absence du sommet, ne volent pas haut. Elles sont aussi spécieuses que choquantes. Il est  en effet indécent de dire que Nkurunziza est occupé à battre campagne au point de ne pas pouvoir se rendre à un sommet où l’avenir de son pays est en discussion. Cette absence se présentait a priori comme  un manque de respect vis-à-vis des autres chefs d’Etat de la communauté des Etats de l’Afrique de l’Est. Mais les enjeux (pour l’avenir même de ces têtes couronnées) valaient bien plus qu’une irrévérence ! La vérité est que le porte-parole du satrape de Bujumbura ne pouvait pas avouer que son maître a eu peur de sortir du pays. « Chat échaudé craint l’eau froide », dit la sagesse.

Les attentes de l’opposition et de la société civile burundaise sont bien déçues

Nkurunziza qui a failli perdre son fauteuil la première fois où il s’est rendu à Dar-es-Salam en Tanzanie, pour discuter de la même crise, ne voulait plus prendre le moindre risque. Toute chose qui prouve à souhait qu’il y a de la frilosité chez le président burundais, malgré l’image de sérénité qu’il tente de donner. Il ne maîtrise pas les choses comme il veut le faire croire car, en dépit de la répression sauvage des manifestants par les forces qui lui sont fidèles, la contestation reste active.

Cela dit, au sortir de ce sommet, les chefs d’Etat de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est, réunis au chevet du Burundi, n’ont trouvé, comme seule potion pour remettre le malade sur pied, qu’un report des élections. Rien de plus. Sur la table des chefs d’Etats, deux options avaient été déposées par les ministres des affaires étrangères, venus baliser le terrain. La première était de reporter les élections et ouvrir une période transitoire sans Nkurunziza, moyennant l’acceptation de certaines conditions par l’opposition, toutes tendances confondues. La deuxième consistait à reporter les élections avec des conditions très strictes de respect de la liberté des médias et de la garantie d’un scrutin ouvert.

Finalement le sommet a opté pour le maintien de Nkurunziza dans la course pour un troisième mandat.   Quelle honte !  Les attentes de l’opposition et de la société civile burundaise vis-à-vis de ce sommet sont bien déçues. Mais, pour dire vrai, il ne fallait pas s’attendre au miracle. Le peuple burundais n’avait aucune raison de compter beaucoup sur les chefs d’Etats de la région.  Que pouvait-on en réalité espérer de ces princes régnants qui, en dehors du Tanzanien, auront montré toute leur aversion pour la démocratie ? Faire le procès de Nkurunziza aurait été, pour eux, se tirer une balle dans le pied. Dans de telles conditions, on a envie de se demander ce que peut une confrérie de sorcières contre l’une des leurs ? Rien ! Bien au contraire, ces sorcières travailleront plutôt à préserver les intérêts de chaque membre. Remonter les bretelles au président burundais aurait été, pour chacun de ces satrapes, se mettre dans une posture difficile. En vérité, tous autant qu’ils sont, souhaitent,  en secret, que Nkurunziza triomphe des contestataires burundais.  Car si Nkurunziza tombe, ils tomberont. Il fallait donc être bien naïf pour croire que l’Ougandais Museveni (une « calamité » démocratique), le Rwandais Kagame qui rêve aussi d’un troisième mandat, pour ne citer que ceux-là, indiqueraient la porte de sortie à Nkurunziza.

C’est au peuple burundais déjà héroïque, de montrer qu’il a conscience qu’il ne peut compter d’abord et surtout que sur lui-même

C’est dire si le salut du peuple burundais ne viendra que de lui-même. Les manifestants burundais ne doivent donc pas baisser la garde. D’autant qu’il est de plus en plus notoire que la seule solution pour venir à bout d’un  dictateur, c’est la rue. Le peuple burkinabè l’a bien compris. Comme le disait Thomas Sankara, le Père de la révolution d’août 1983 au Burkina : « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère ». C’est au peuple burundais déjà héroïque, de montrer qu’il a pleinement conscience qu’il ne peut compter d’abord et surtout, que sur lui-même. C’est à lui de prouver qu’il est capable d’assumer pleinement sa révolte en vue de briser les chaînes de la dictature Nkurunziza.  C’est à lui de refuser d’aller vers les portes de l’enfer que lui ouvre Nkurunziza.  Il ne doit pas flancher dans ce combat.  Et le soutien de certains pays européens, au premier rang desquels la Belgique et l’Union européenne elle-même, doit raffermir son combat et sa détermination. Il convient d’ailleurs de saluer au passage le courage et la fermeté de ces partenaires du Burundi, face aux dérives du régime Nkurunziza. Convaincues de la noblesse de leur lutte, la société civile et l’opposition politique burundaises doivent continuer à rester mobilisées. Elles ne doivent pas se laisser distraire par quelque promesse sans lendemains du camp Nkurunziza. C’est au prix d’une telle vigilance et d’une mobilisation sans faille que les contestataires auront raison de Nkurunziza et de sa folie « pouvoiriste ».

« Le Pays »

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Un commentaire

  1. Monsieur/Madame du Burkinafaso. Le Burundi a eu sa révolution en 1993 et le peuple l’a défendue jusqu’à prendre les armes pour chasser les putschistes que Madame Kinigi Sylvie alors première ministre a qualifié de sanguinaires. Vous connaissez sans doute le nom de Ndadaye Melchior, lui il peut dire qu’il était aimé par son peuple. Chez vous vous pleurez Sankara que vous citez dans votre article, avez-vous attendu combien de temps pour chasser son tombeur? Aujourd’hui ce qui se joue au Burundi n’est autre chose qu’une contrerévolution. Quand le peuple burundais le voudra, le Président Nkurunziza Pierre partira sans tergiverser. Les présidents de l’Afrique de l’Est le savent bien plus que vous. Les USA et la France peuvent toujours sortir des déclarations, mais c’est l’avenir de la souveraineté des pays de toute l’Afrique qui se joue aujourd’hui dans ce petit pays au cœur d’Afrique. Respect donc pour ce peuple burundais (et son président) qui veille bien sur sa constitution, sur ses institutions dont la cour constitutionnelle, sur son avenir. Des présidents-pions, on n’en veut pas. Merci pour le courage que vous aurez à lire l’histoire du Burundi, à le connaître et à connaître son peuple qui n’est pas sans doute représenté par quelques insurgés de Bujumbura, peuple foncièrement rural, agricole, patient,… N’en déplaise l’autre qui a dit que le pouvoir se perd ou se gagne en ville.

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