SOMMET DU G20 VU D’AFRIQUE

SOMMET DU G20 VU D’AFRIQUE

Juste pour sacrifier à un rituel

Le sommet du G20 s’ouvre aujourd’hui, 30 novembre 2018, à Buenos Aires, en Argentine. Cette grand-messe regroupe les dirigeants des pays riches et des grandes économies émergentes. Des 54 pays qui constituent le continent noir, seule l’Afrique du Sud a les attributs nécessaires pour siéger au sein de ce club très fermé des grands de ce monde. En effet, à eux seuls, ils représentent 85% de la production économique mondiale, 75% du commerce international et 66% de la population mondiale. En réalité, ce club respire essentiellement par les narines des Etats-Unis et de la Chine. Certains pays membres, notamment l’unique élu de l’Afrique, sont une sorte de caution morale pour la simple raison qu’économiquement et politiquement, ils ne pèsent pas plus que le duvet d’un poussin. En Afrique, en dehors de quelques milieux intellectuels bien au fait des choses du monde, l’écrasante majorité des populations vit dans l’ignorance totale des activités de ce fameux G20. Et pourtant, cette structure est censée apporter des éléments de réponses à une problématique qui les concerne en premier lieu, c’est-à-dire la problématique du réchauffement climatique. Malheureusement, sur la question, les plus grands pollueurs que sont les Etats-Unis et la Chine ne sont pas disposés à consentir des sacrifices allant dans le sens de la sauvegarde et de la protection de la planète. Pire encore, par ignorance ou par mépris, l’élément central du G20 ne reconnaît même pas la réalité du réchauffement climatique. En effet, Donald Trump, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a poussé la provocation au point d’assimiler le phénomène à un canular. Et la Chine qui, on le sait, est obnubilée par la croissance à tout prix de son économie, n’est pas loin de cette logique. Que la planète se transforme donc en boule de feu, capable d’embraser l’humanité est le cadet de leurs soucis. Et pour le malheur de tous, ce sont eux qui pilotent économiquement voire politiquement la gouvernance mondiale.

 On peut suggérer aux grands du G20 d’avoir plus d’égards pour le continent noir

Aujourd’hui, ils tiendront les premières places à Buenos Aires. Et la probabilité est grande que l’homme aux idées iconoclastes, c’est-à-dire Donald Trump, mette encore, comme il en a l’habitude, les pieds dans le plat, à l’occasion de ce sommet. Déjà, il a déchiré avec désinvolture tous les engagements de son prédécesseur, Barack Obama, en matière, entre autres, de lutte contre le réchauffement climatique. De ce point de vue, l’on peut légitimement se poser la question suivante : à quoi sert le G20 ? Le moins que l’on puisse dire est qu’il obéit plus à un rituel qu’à une volonté collective de recherche de solutions consensuelles et pertinentes aux grands problèmes auxquels l’humanité est confrontée. Et il ne pouvait pas en être autrement. En effet, les membres du G20 dorment sur la même natte mais ils sont loin de faire les mêmes rêves. Il est donc utopique de rassembler des gens que tout oppose fondamentalement et vouloir qu’ils s’accordent, comme un seul homme, sur les grandes questions liées à la gouvernance mondiale. Ces grandes questions se déclinent en termes de réchauffement climatique, de paix, de géopolitique, de sécurité, de terrorisme international, de commerce international, etc. Encore une fois, les préoccupations de la pauvre Afrique seront ignorées royalement. Or, ce qui paralyse ce continent est de notoriété publique. Ce sont les questions liées à l’enracinement de la démocratie, le fait que ses matières premières, fondement de son économie, ne soient pas achetées à leur juste prix et l’insécurité liée aux attaques terroristes. A cela, il faut ajouter le fait que l’Afrique est l’un des continents qui paient le plus un lourd tribut au dérèglement climatique. Il est donc temps que le G20 prenne à bras-le-corps toutes ces préoccupations. Les pays qui comptent le plus dans cette structure doivent d’autant plus le faire qu’ils sont à l’origine de ces problèmes qui font de l’Afrique un nain en termes de développement économique et social. Toujours dans le même registre, l’on peut suggérer aux grands des grands du G20 d’avoir plus d’égards pour le continent noir, en faisant en sorte que l’UA ait le même statut que l’UE (Union européenne) au sein de cette structure. Cela peut permettre à l’institution panafricaine de mieux défendre les intérêts du continent et de mieux contribuer à la recherche de solutions aux problèmes qui lui sont spécifiques. On peut suggérer également, de façon générale, que le G20 prenne des clauses à l’effet d’empêcher que ses grands engagements soient remis en cause selon les humeurs des dirigeants des pays membres. C’est à ce prix que le G20 peut susciter l’intérêt de tous, à chaque fois qu’il se réunit. Mais cette mue est-elle possible ? On a des raisons d’en douter.

 

Pousdem PICKOU

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