SOMMET UA–UE D’ABIDJAN : Les rencontres se multiplient, les malheurs de l’Afrique aussi

SOMMET UA–UE D’ABIDJAN  :  Les rencontres se multiplient, les malheurs de l’Afrique aussi

Hier, mercredi 29 novembre, s’est ouvert à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, le sommet Union africaine-Union européenne. C’est le 5e du genre, mais c’est le premier que l’Afrique au sud du Sahara a l’honneur d’abriter. Pour un évènement aux dimensions hors normes, c’en est  un, puisque 83 chefs d’Etat et de gouvernement et quelque 5000 participants de 55 pays d’Afrique et de 28 pays d’Europe sont attendus. Actualité oblige, les discussions ont porté essentiellement sur les questions d’immigration et de sécurité. Au-delà de ces deux préoccupations, il s’agit de repenser la politique de coopération entre l’Afrique et le vieux continent de sorte à ce qu’elle réponde efficacement aux problèmes des populations en général et à ceux de sa frange jeune en particulier. En tout cas, l’ordre du jour est magnifique, les intentions aussi. La grande question est de savoir si les fruits tiendront la promesse des fleurs. L’on peut avoir des raisons d’en douter.

La jeunesse africaine continuera à porter sa croix

Car, depuis 2000, au Caire, date à laquelle les deux continents se sont retrouvés pour la première fois pour échanger sur des sujets d’intérêt commun, l’on peut avoir l’impression que l’on ne fait que tourner en rond. Abidjan constitue la 5e édition du genre. Et si d’aventure, on devrait faire le bilan sans complaisance des 4 précédentes éditions, il y a de fortes chances que  l’on aboutisse à la conclusion que les rencontres se multiplient, les malheurs de l’Afrique aussi. En tout cas, et c’est le moins que l’on puisse dire, l’Afrique ne trouvera pas son salut dans ce genre de rencontres, tant que l’on n’aura pas le courage de s’attaquer aux racines des maux dont souffre le continent. Et la première de ces racines qu’il faut impérativement dessoucher, se rapporte au pilotage à vue des dirigeants de ce continent, à leur goût immodéré pour le pouvoir, rien que pour le pouvoir, à leur narcissisme politique. Tant qu’une thérapie appropriée ne sera pas apportée à ces grands maux, la jeunesse africaine continuera à porter sa croix. Et il n’est pas permis un seul instant d’en douter. Aujourd’hui, l’on envisage comme solution possible à la crise migratoire de créer des emplois, de repenser l’éducation et la formation, bref d’investir dans la jeunesse. Ce sont des pistes intéressantes à explorer. Et l’on n’a pas forcément besoin d’être un spécialiste des questions de développement pour prescrire cette ordonnance à l’Afrique. La vérité est que les vraies préoccupations des populations en général et des jeunes en particulier sont le cadet des soucis de bien des dirigeants d’Afrique. Ce qui fait courir ces derniers, c’est comment faire pour s’accrocher le plus longtemps possible à leur fauteuil. Et pour atteindre cet objectif, ils ne  se fixent aucune limite, pas même le ciel.  Dans ces conditions, l’on a beau multiplier les sommets du genre USA-Afrique, Inde-Afrique, Chine-Afrique, UE-Afrique et l’on en oublie, le continent noir pataugera toujours dans la boue de la médiocrité. Car, il faut le dire, ce sont les dirigeants qui pensent d’abord le développement, puis le mettent en route avec et pour les populations. Ce genre de dirigeants,  l’Afrique en cherche désespérément.

Il faut souhaiter que le sommet d’Abidjan soit celui de la rupture

L’autre racine qu’il faut absolument dessoucher pour permettre à l’Afrique de sortir la tête de l’eau, est d’ordre exogène. Et est liée de manière précise à l’hypocrisie des dirigeants des pays dits riches. Et parmi les dirigeants européens qui participent au sommet UA-UE d’Abidjan, il y en a qui traînent cette pathologie. Quelque part, l’on peut même se risquer à dire qu’ils sont de connivence avec les dirigeants  indélicats du continent noir pour que rien de grand, de beau et de bien ne voie le jour au profit des populations. De ce point de vue, l’on peut douter de la sincérité de toutes ces larmes qui ont été versées abondamment tant du côté des dirigeants africains que de ceux de l’Europe, lorsque le scandale du trafic des Noirs en Libye a été révélé et mis sur la place publique. En vérité, l’Afrique n’a pas besoin  d’émotions simulées pour grandir. Elle n’a pas non plus besoin de ces sommets qui s’apparentent beaucoup plus à des foires qu’à autre chose pour panser ses plaies. Elle a plutôt besoin d’être portée par des hommes et des femmes qui  plantent des arbres aujourd’hui, qui les arrosent avec l’espoir que les fruits qu’ils vont donner dans le futur leur survivront. Autrement dit, l’Afrique, pour se développer, a besoin de dirigeants qui ont de la vision, qui sont capables de se sacrifier pour l’intérêt général. Bref, « il n’y a pas de vent favorable, dit-on, pour une personne qui ne sait pas où elle va ». Cet adage peut bien s’appliquer à la manière dont bien des dirigeants africains pilotent leurs pays respectifs. Et il faut plus que des sommets pour qu’ils retrouvent leur chemin  de Damas. De ce point de vue, la seule  alternance qui s’offre aux jeunes qui souffrent de leurs excès, est de s’assumer en les délogeant de leurs palais. Sans cela, tous les investissements dans la jeunesse, à l’effet de lui trouver des raisons d’espérer en un futur qui chante, seront à coup sûr de l’argent destiné à entretenir des embonpoints et à alimenter des comptes personnels. De plus en plus, l’on évoque l’impératif de repenser la coopération entre l’UE et l’UA. Car, l’aide au développement, dans sa formule initiale, a montré toutes  ses limites. Il faut souhaiter que le sommet UA-UE d’Abidjan soit véritablement celui de la rupture. Il faut notamment qu’il intègre le fait que le chômage des jeunes d’Afrique, qui pousse certains à braver  la Méditerranée pour rallier l’Europe, est la conséquence, entre autres, d’un grand mal qui ronge l’Afrique  comme un cancer. Et tous ceux qui sont réunis depuis hier, à Abidjan, dans le cadre du Sommet UA-UE peuvent facilement coller le nom qu’il faut à ce grand mal. Seulement, l’on peut avoir l’impression, pour parler comme les Ivoiriens, que « chacun a peur que l’on mange le piment dans sa bouche ».

« Le Pays »

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1 Commentaire

  1. Galbani soumai

    Franchement il faut que l ‘Afrique regarde en face d ‘elle car la solurion a ses problemes ne resident pas aux multiples rencontre avec ceux qui toujours les dominer.

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