SORTIE DE CHEFS D’ETAT AFRICAINS SUR LES MARCHES D’ESCLAVES EN LIBYE : Aller au-delà des larmes de crocodile  

SORTIE DE CHEFS D’ETAT AFRICAINS SUR LES MARCHES D’ESCLAVES EN LIBYE : Aller au-delà des larmes de crocodile   

« Choquant » ; « révoltant », « répugnant », « putride »…les réactions n’ont pas tardé, depuis la publication de la vidéo sur la vente aux enchères publiques de migrants africains à quelques encablures de la capitale libyenne, quelques mois seulement après une OPA similaire organisée dans les garages et les parkings de la ville de Sebha, dans le Sud de la Libye. Cet « outrage à la conscience de l’humanité » comme le qualifie le Haut commissaire des Nations Unies aux droits humains, Zeid Ra’ad Al-Hussein, met en lumière la misère et le malheur de ces grappes humaines entassées dans des endroits de fortune et destinées à la vente au plus offrant, exactement comme on le faisait à l’époque médiévale. Les images de ce commerce honteux sont évidemment choquantes à plus d’un titre, mais derrière le choc, se cachent, bien tapis au fond de certaines sociétés libyennes et dans les pays d’origine des migrants, objet de cette transaction d’un autre genre, les monstres qui ont pour noms  racisme, xénophobie, intolérance et mal gouvernance. Car, n’oublions pas que tous ceux qui ont été vendus à la criée devant la caméra cachée de la télévision américaine CNN, sont de race noire et originaires de l’Afrique au sud du Sahara. Or, être Noir et Africain, cela fait double peine aux yeux de bon nombre de Maghrébins dont l’imaginaire collectif méprise le nègre parce que descendant d’esclave et pauvre. Quoi qu’on dise ou quoi qu’on fasse, ce n’est pas du jour au lendemain et à coup de déclarations indignées ou de condamnations tous azimuts, même émanant de chefs d’Etat, qu’on viendra à bout de cette hydre esclavagiste, mais plutôt en s’attaquant courageusement et franchement aux causes qui ont conduit ces milliers de jeunes Africains pleins d’ambitions entre les mains peu recommandables des passeurs et de trafiquants d’êtres humains comme ceux récemment filmés en Libye. Pour y arriver, il n’y a pas trente-six mille manières : il faudrait commencer par mettre fin à la fuite de responsabilité des dirigeants des pays d’origine des migrants qui, ayant érigé la corruption, le népotisme et le clientélisme en mode de gouvernement, n’offrent aucune perspective à leurs bras valides et aux cerveaux porteurs de projets.

Il faudra élaborer une stratégie continentale fiable pour résoudre l’épineuse question de l’immigration clandestine

Le comble, c’est que face à leur incapacité à apporter des solutions pertinentes au problème du chômage, ils considèrent ces départs volontaires comme des bouffées d’oxygène, d’autant qu’ils les débarrassent de la frange de la population qui est potentiellement contestataire et donc dangereuse, la jeunesse. Ce calcul mesquin et irresponsable des dirigeants de bon nombre de pays sub-sahariens, qui consiste à se vider de compétences en espérant plus de quiétude et de rapatriement de fonds de la part de ceux qui ont risqué leur vie pour atteindre l’Eldorado européen, ne fera qu’accentuer les traitements inhumains et dégradants auxquels on assiste aujourd’hui en Libye et dont on s’émeut. Il en sera malheureusement ainsi, aussi longtemps que nos pays seront dirigés par des tartufes, que la Lybie sera un terreau fertile pour des contrebandiers impitoyables et des négriers des temps modernes en raison de sa balkanisation depuis la chute de Mouammar Kadhafi, et aussi longtemps que les dirigeants occidentaux continueront à bâtir des remparts physiques et juridiques contre l’immigration pour répondre certainement aux préoccupations de leurs opinions nationales, car « la France et l’Europe ne peuvent pas continuer à accueillir toute la misère du monde », comme l’avait méchamment prévenu en 1989 déjà, l’ancien Premier ministre français, Michel Rocard. En vérité, il faudra aller au-delà des tremolos et des larmes de crocodile suscités par la négrophobie et la vente abjecte des migrants sub-sahariens en Libye et élaborer une stratégie continentale fiable pour résoudre l’épineuse question de l’immigration clandestine. On ne le dira jamais assez, seuls la bonne gouvernance, la synergie d’action entre les différents pays de départ, de transit et de destination et l’appui financier conséquent de l’Union européenne pour la création d’emplois, pourront fixer ces jeunes en quête d’un avenir meilleur et qui sont prêts à se donner en sacrifice aux dieux de la mer ou aux racistes et autres esclavagistes pour parvenir à leurs fins. Espérons que le sommet des chefs d’Etat annoncé par le président de l’Union africaine, Alpha Condé, ne sera pas un sommet juste pour se donner bonne conscience et calmer les opinions publiques de plus en plus remontées contre l’inertie voire l’indifférence de leurs dirigeants face à ce que l’on peut bien qualifier de crime contre l’humanité perpétré avec un sang froid déconcertant en Libye. Mais avec ces « présidents-fondateurs » dont l’hypocrisie et la fuite en avant sont les principales caractéristiques, il faudrait inviter tous les Africains qui s’étranglent de rage et ruent dans les brancards depuis la publication de la vidéo de la honte, à plus de lucidité et à s’attendre davantage à des discours convenus et à des condamnations de principe plutôt qu’à des actes ou à des actions hardies visant à mettre fin à ces scènes cauchemardesques qu’on croyait à jamais révolues depuis le XIXe siècle.

Hamadou GADIAGA

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1 Commentaire

  1. Sacksida

    Ecoutez, les premiers responsables indirectes de cet esclavage instituer par des brigands et des escrocs en Lybie sont d’abord les dirigeants africains eux-mêmes et ceux des occidentaux. Les premiers pour avoir depuis des décennies entretenus la mauvaise gouvernance et pillés les richesses nationales qu’ils vont cacher dans des paradis fiscaux. Et les seconds pour avoir été complices de ces pillages économiques et sans prendre des mesures pour y remédier. C’est une véritable honte pour tous ces dirigeants africains qui n’ont pas mis en place des politiques économiques et créateurs d’emplois pour tous ces bras valides qui ne cherchent qu’à travailler. Pendant, que certains sont très riches en milliards de francs et les masses africaines croupissent dans misère crasse. La solution ? Une véritable révolution démocratique et sociale afin de réduire de manière draconienne les inégalités sociales et la promotion de politique vitale pour la jeunesse. Thomas Sankara l’avait dit : Sans rupture politique consciente et la promotion d’une économie planifiée sociale et indépendante, ce sera la faillite dans tous les domaines. Courage et Salut !

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